Dans le secteur de l’énergie solaire, la sécurité numérique est un enjeu critique. Parmi les cybermenaces les plus insidieuses, les attaques de la chaîne d’approvisionnement (ou supply chain attacks) ciblent les systèmes photovoltaïques (PV) en compromettant des fournisseurs, logiciels ou composants matériels de confiance. Ces attaques contournent les défenses traditionnelles en utilisant des canaux légitimes pour s’introduire dans les infrastructures, représentant un risque majeur pour l’intégrité, la fiabilité et la sécurité opérationnelle des centrales solaires.
Une attaque de la chaîne d’approvisionnement consiste à introduire du code malveillant, des portes dérobées ou des vulnérabilités dans des produits ou services avant leur livraison à l’utilisateur final. Plutôt que de s’attaquer directement à une installation PV, les cybercriminels compromettent un maillon de l’écosystème — un éditeur de logiciel, un fabricant d’équipement ou un prestataire de services — et exploitent la relation de confiance pour accéder aux systèmes des clients. Les opérateurs peuvent ainsi déployer, sans le savoir, des composants déjà compromis.
Les environnements photovoltaïques modernes, qui reposent sur des onduleurs intelligents, des logiciels de supervision (SCADA), des mises à jour de firmware à distance et des services cloud, sont particulièrement vulnérables. La standardisation des composants sur de grands parcs solaires amplifie le risque : un seul fournisseur compromis peut impacter simultanément de nombreux sites. Comme l’explique Uri Sadot, Managing Director de SolarDefend et président du groupe de travail Digitalisation de SolarPower Europe : Ces attaques transforment des fournisseurs fiables en chevaux de Troie au sein d’infrastructures critiques.
Les cyberattaquants ciblent plusieurs points d’entrée critiques dans la chaîne d’approvisionnement photovoltaïque :
Une fois activés, ces composants malveillants peuvent permettre un accès non autorisé persistant, l’exfiltration de données sensibles (comme les schémas de production ou les données clients) ou la manipulation à distance des systèmes pour provoquer des instabilités ou des pannes.
Le mode opératoire suit généralement plusieurs étapes :
Face à cette menace complexe, une approche de sécurité multicouche et proactive est indispensable. Aucune mesure unique n’étant suffisante, les opérateurs de centrales solaires doivent combiner plusieurs pratiques.
La première ligne de défense consiste à évaluer rigoureusement la cybersécurité de ses partenaires. Cela implique :
Avant toute installation de mise à jour logicielle ou de firmware, il est crucial de vérifier son authenticité et son intégrité. Les mécanismes de signature numérique permettent de s’assurer que le code n’a pas été altéré depuis sa création par l’éditeur légitime. Des contrôles d’intégrité réguliers sur les systèmes en production permettent de détecter toute modification non autorisée.
Isoler les systèmes critiques (réseau des onduleurs, SCADA, outils de monitoring) grâce à une segmentation réseau stricte limite la capacité d’un composant compromis à se propager à l’ensemble de l’infrastructure. Cette mesure doit être couplée à une surveillance continue via des systèmes de détection d’intrusion (IDS) et des solutions de Security Information and Event Management (SIEM) capables de repérer des comportements anormaux, même provenant de sources réputées fiables.
Maintenir un inventaire précis et à jour de tous les composants matériels et logiciels (avec leurs versions et fournisseurs) est essentiel pour identifier rapidement les actifs vulnérables en cas de compromission d’un fournisseur. Cet inventaire doit s’accompagner d’un plan de réponse aux incidents clair, permettant de contenir et d’éradiquer rapidement une menace.
Les attaques de la chaîne d’approvisionnement représentent un défi de taille pour la résilience du secteur photovoltaïque. En exploitant la confiance inhérente aux relations avec les fournisseurs, elles sont difficiles à détecter et peuvent avoir un impact dévastateur à grande échelle. Comme le résume Uri Sadot : Ces attaques ne forcent pas les portes : elles passent par l’entrée principale. Un canal de confiance est utilisé pour les introduire, où elles restent invisibles jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
La défense repose donc sur une combinaison de vigilance humaine, de processus stricts de gestion des risques et de technologies de sécurité adaptées. En adoptant une approche de « zero trust » (confiance zéro) vis-à-vis de tout composant externe et en validant en continu l’intégrité de son écosystème numérique, l’industrie solaire peut renforcer significativement sa posture de sécurité face à cette menace persistante.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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