Le débat sur les cellules solaires en pérovskite a changé de nature : les obstacles ne sont plus le rendement en laboratoire ni la stabilité, mais la fabrication sur grande surface, les rendements de production et la chaîne d’approvisionnement. C’est l’analyse développée par le cabinet d’études IDTechEx dans son rapport consacré au photovoltaïque pérovskite à l’horizon 2027-2037.
Le récit autour de la pérovskite a longtemps été dominé par les jalons scientifiques : progression rapide des rendements, réduction de l’instabilité à l’humidité, questions de toxicité. Ces sujets restent importants, mais ils ne déterminent plus ce qui bloque la commercialisation.
Les difficultés se situent aujourd’hui du côté de l’ingénierie industrielle : produire de façon homogène sur de grandes surfaces, atteindre des rendements de fabrication acceptables, réduire les coûts et sécuriser un approvisionnement fiable. C’est un déplacement classique dans l’histoire des technologies photovoltaïques — le silicium l’a connu lui aussi —, et il explique pourquoi l’écart entre un record de cellule et un produit commercial se compte en années.
Conséquence directe de ce basculement : les grands fabricants de modules silicium ne restent plus en retrait. Plusieurs acteurs de premier plan investissent dans la recherche et la commercialisation de la pérovskite, en particulier sur les architectures tandem, qui leur permettent de valoriser leurs lignes de production existantes plutôt que de les remplacer. Cette diffusion industrielle est suivie par l’Agence internationale de l’énergie.
La Chine mène la phase de commercialisation précoce. Cette avance ne tient pas seulement aux politiques publiques : elle s’appuie sur la chaîne d’approvisionnement silicium déjà en place, sur l’accès à des fabricants d’équipements nationaux et sur une culture industrielle centrée sur la vitesse de montée en cadence.
Le détail le plus contre-intuitif du dossier est là : alors que la pérovskite est surtout connue pour ses applications flexibles et en intérieur, une grande partie des premiers déploiements commerciaux chinois concerne des modules à jonction unique destinés à des parcs solaires de grande taille — soit précisément le terrain du silicium classique.
Le Japon suit une trajectoire inverse. Porté par des politiques publiques volontaristes et des subventions, il accélère la commercialisation au nom de la sécurité énergétique nationale, en concentrant ses efforts sur des modules légers et flexibles intégrables aux bâtiments urbains et aux infrastructures. Un choix cohérent pour un pays densément bâti où le foncier disponible pour des centrales au sol est rare.

Ces éléments sont issus d’un rapport commercial d’un cabinet d’études de marché, dont le modèle économique repose sur la vente de ces analyses. La lecture qu’il propose — un basculement des enjeux scientifiques vers les enjeux industriels — recoupe toutefois ce qu’observent les acteurs de la filière, notamment la montée en puissance des architectures tandem chez les fabricants établis.
C’est une cellule utilisant un matériau à structure cristalline dite pérovskite comme absorbeur de lumière, à la place ou en complément du silicium. Ses propriétés — flexibilité, légèreté, semi-transparence, bon comportement sous éclairage indirect — permettent des usages inaccessibles aux modules rigides classiques.
Superposer une couche de pérovskite à une cellule silicium permet de capter des portions différentes du spectre solaire et donc de dépasser la limite théorique de rendement d’une cellule silicium seule. C’est la voie privilégiée par les fabricants déjà installés, car elle réutilise leurs lignes de production.
Essentiellement industriels : produire de manière homogène sur de grandes surfaces, obtenir des rendements de fabrication suffisants, réduire les coûts et sécuriser l’approvisionnement. Les questions de stabilité et de toxicité demeurent, mais ne sont plus le principal frein à la commercialisation.
La Chine domine la commercialisation précoce, en s’appuyant sur son écosystème silicium et ses équipementiers, avec des premiers produits à jonction unique pour grandes centrales. Le Japon mise sur des modules légers et flexibles destinés aux bâtiments et infrastructures urbaines.
En résumé — la pérovskite ne se juge plus aux records de rendement mais aux lignes de production. Deux modèles s’affrontent : la Chine qui applique sa méthode éprouvée du silicium à une technologie neuve, et le Japon qui vise d’emblée les usages que le silicium ne sait pas couvrir. Le premier pari est celui de l’échelle, le second celui de la différenciation.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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