À Kassel, en Allemagne, 300 modules photovoltaïques ayant fonctionné treize ans sur une toiture industrielle ont été inspectés, remis en état et transformés en 150 installations solaires de balcon. L’opération, menée par ClimateHub Kassel et le collectif SoLocal Energy, a détourné environ six tonnes de matériaux de la filière de recyclage.
La distinction est au cœur du projet. Le recyclage d’un module photovoltaïque ne permet aujourd’hui de récupérer qu’une partie des matériaux qui le composent ; le réemploi, lui, conserve l’intégralité de l’objet et la valeur du travail déjà investi pour le fabriquer. Les 300 modules concernés, qui auraient rejoint les filières de recyclage, représentent environ six tonnes de matériaux ainsi conservés en usage.
Le processus est resté simple : inspection des 300 modules, mise à l’écart des douze présentant des défauts mineurs, puis nettoyage et remplacement des connecteurs sur les autres. Un module qui a produit pendant treize ans conserve en général l’essentiel de sa puissance nominale — la dégradation annuelle des modules cristallins se situant typiquement autour de 0,5 % par an —, ce qui rend l’opération pertinente pour un usage domestique modeste. Ces enjeux de fin de vie et de réemploi des équipements photovoltaïques font l’objet de travaux de l’ADEME.
Les organisateurs ont mis en place trois niveaux de prix pour rendre les installations accessibles à des ménages aux budgets différents : un tarif subventionné, un tarif standard et un tarif solidaire — ce dernier, le plus élevé, permettant aux foyers qui le peuvent de financer les autres.
Les kits sont livrés complets — modules, onduleur, matériel de fixation, câblage et accessoires — et incluent le raccordement électrique, l’enregistrement de l’installation et la configuration du suivi. Les participants peuvent aussi récupérer eux-mêmes le matériel et procéder à l’installation.
Les configurations à deux modules sont fournies avec un micro-onduleur Hoymiles HMS-800W-2T. Celles à trois et quatre modules utilisent soit deux unités SUN-M80, soit un onduleur Hoymiles HMS-1600-4WB, associé à un dispositif de contrôle dynamique limitant la puissance totale injectée à 800 W.
Cette limitation n’est pas technique mais réglementaire : l’Allemagne autorise depuis 2024 les installations de balcon jusqu’à 800 W en injection, sous un régime déclaratif très allégé. C’est précisément ce cadre qui rend possible ce type d’opération à l’échelle de 150 foyers, là où un régime plus exigeant supposerait une démarche individuelle auprès du gestionnaire de réseau — en France, Enedis.
Un kit de stockage comprenant une batterie Zendure SolarFlow 800 Pro 2 et un compteur d’énergie est proposé pour 600 à 700 € supplémentaires selon le niveau tarifaire. Des modules de qualité professionnelle sont également disponibles, moyennant 30 € de plus par panneau par rapport aux modules Diamond.

Plusieurs organisations locales ont apporté un appui logistique et technique : Bauteilbörse a pris en charge treize palettes de modules, tandis que BürgerSolarBeratung et la coopérative Bürgerenergiegenossenschaft Kassel & Söhre ont fourni une assistance technique. Des vélos-cargos ont été mis à disposition pour le transport des modules, et l’association Deutsche Gesellschaft für Sonnenenergie a financé une réduction du coût des onduleurs et fixations pour certains ménages à faibles revenus.
Oui, dans la plupart des cas. Les modules cristallins perdent environ 0,5 % de puissance par an, si bien qu’un panneau de treize ans conserve généralement plus de 90 % de sa production initiale. Sur les 300 modules inspectés à Kassel, seuls douze présentaient des défauts justifiant leur mise à l’écart.
C’est une petite installation composée d’un à quatre modules, reliée à un micro-onduleur et branchée sur une prise du logement. Elle couvre une partie de la consommation de base du foyer sans travaux, ce qui la rend accessible aux locataires comme aux propriétaires d’appartement.
Parce que la réglementation allemande autorise les installations de balcon jusqu’à ce seuil sous un régime déclaratif simplifié. Les configurations comportant davantage de modules utilisent un dispositif de limitation dynamique pour ne jamais dépasser cette puissance injectée.
Il part en filière de recyclage, où seule une partie des matériaux peut être récupérée. Le réemploi permet à l’inverse de conserver l’objet entier en usage, ainsi que l’énergie et les matières investies lors de sa fabrication.
En résumé — l’opération n’a rien de spectaculaire par sa puissance, mais elle documente une voie peu exploitée : les premiers grands parcs photovoltaïques arrivent en fin de contrat, et leurs modules fonctionnent encore. Entre le recyclage partiel et la seconde vie, Kassel montre qu’il existe une option — à condition qu’un cadre réglementaire léger, comme celui des installations de balcon, offre un débouché à ces équipements.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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