L’Espagne a installé 10 105 MW de solaire en 2025, portant le photovoltaïque à près de 23 % du mix électrique — devenu la première technologie de production du pays. Mais cette réussite a un revers chiffré : le prix moyen capté par le solaire est tombé de 42,28 €/MWh en 2024 à 29,68 €/MWh au premier semestre 2026.
Les installations au sol représentent l’essentiel du volume : 8 966 MW, en hausse de 31 % par rapport à 2024. À l’inverse, le segment de l’autoconsommation recule de 4 % avec 1 139 MW ajoutés. Fin 2025, la capacité cumulée atteint 46 286 MW au sol et 9 276 MW en autoconsommation, selon le rapport annuel de l’association espagnole du photovoltaïque UNEF.
La forte production diurne fait baisser les prix de gros, et donc les revenus des actifs photovoltaïques eux-mêmes. Le prix moyen capté par le solaire a perdu près de 30 % en dix-huit mois : 42,28 €/MWh en 2024, 36,39 €/MWh en 2025, puis 29,68 €/MWh sur le premier semestre 2026.
Le phénomène s’accompagne d’une multiplication des périodes à prix nul ou négatif : 797 heures en 2025 sous les 0 €/MWh pendant les pointes de production solaire. Ce seuil était déjà atteint dès le 7 juillet 2026, et le pays approchait les 900 heures début septembre. C’est le même mécanisme que celui observé aux Pays-Bas et suivi en France par la Commission de régulation de l’énergie.
UNEF fait de l’électrification des usages finaux le principal défi de l’étape suivante. L’Espagne dispose de 71,5 GW de capacité de raccordement pour de nouvelles demandes d’électricité, déjà accordée ou intégrée à la planification du réseau à horizon 2030, auxquels s’ajoutent 24 GW de demandes en attente. Centres de données, industrie, production d’hydrogène, stockage et mobilité électrique constituent l’essentiel de cette demande attendue — un enjeu de dimensionnement analogue à celui que documente RTE côté français.
Les installations derrière le compteur ont progressé de 65 % en 2025, à 540 MWh, portant le cumul installé depuis 2022 à 2 745 MWh. À grande échelle, 261 MW sont en exploitation — dont 241 MW en systèmes hybrides et 20 MW en projets autonomes. Le vrai réservoir est dans les tuyaux : 33 031 MW supplémentaires ont obtenu leurs autorisations et 14 607 MW sont en cours de procédure.
Le solaire a contribué à hauteur de 9,84 milliards d’euros au PIB espagnol en 2025, soit environ 0,5 % du total, pour un impact économique global de 14,12 milliards. Le secteur soutient 134 708 emplois et a généré 3,21 milliards d’euros d’exportations. Les investissements en recherche et innovation atteignent 473 millions d’euros, pour une intensité d’innovation estimée à 3,6 % — plus du double de la moyenne de 1,6 % de l’industrie espagnole.

UNEF réclame des permis d’accès et de raccordement plus flexibles, une simplification administrative, une hybridation facilitée des centrales existantes et une accélération de l’électrification de la demande. L’association demande également une évolution du mécanisme de fixation des prix de gros, afin de mieux tenir compte de la pénétration renouvelable et de limiter la fréquence des périodes à prix nul.
10 105 MW, dont 8 966 MW en installations au sol et 1 139 MW en autoconsommation. La capacité cumulée atteint 46 286 MW au sol et 9 276 MW en autoconsommation.
Près de 23 % de la production électrique en 2025, ce qui en fait la première technologie de production d’électricité du pays.
C’est le prix moyen réellement obtenu par une centrale, pondéré par ses heures de production. Il baisse parce que la forte production solaire simultanée fait chuter les prix de gros aux heures où le solaire produit : 42,28 €/MWh en 2024, 29,68 €/MWh au premier semestre 2026.
261 MW à grande échelle en exploitation et 2 745 MWh cumulés derrière le compteur depuis 2022. Mais 33 031 MW supplémentaires sont déjà autorisés et 14 607 MW en cours d’instruction.
En résumé — l’Espagne fournit le cas d’école de ce qui attend les marchés matures : devenir la première source d’électricité d’un pays ne garantit pas la rentabilité, dès lors que la production simultanée détruit son propre prix. Les 33 GW de stockage déjà autorisés constituent la réponse structurelle — leur rythme de mise en service déterminera si le prix capté se stabilise ou poursuit sa chute.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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