Le 19 août 2026, le Gouvernement a publié un arrêté actant la baisse du coefficient de conversion de l’électricité de 1,9 à 1,7 pour le diagnostic de performance énergétique (DPE), malgré une opposition massive des acteurs du logement et de la transition énergétique. Coénove, l’association qui regroupe les professionnels des énergies et du bâtiment, dénonce un « passage en force » et une décision dictée par des considérations politiques plutôt que par la réalité technique et scientifique.
Cette modification, qui doit s’appliquer au 1er janvier 2027, intervient alors que les consultations réglementaires ont rendu des avis très largement défavorables. Entre le 9 juillet et le 6 août 2026, une consultation publique ouverte a recueilli une très grande majorité de réponses négatives. En juillet 2026, le Conseil supérieur de l’énergie (CSE) et le Conseil supérieur de la construction et de l’efficacité énergétique (CSCEE) ont également émis des avis défavorables. Les organisations syndicales, les associations de défense des occupants et de nombreuses ONG avaient pourtant alerté le pouvoir exécutif sur les risques d’une telle décision.
Pour Coénove, la publication de cet arrêté constitue un déni de consultation. Jamais un texte touchant à la performance énergétique des logements n’avait été adopté dans des conditions aussi contestées. Le gouvernement a choisi d’outrepasser les avis des instances qu’il a lui-même saisies, sans apporter la moindre démonstration technique fondant la nouvelle valeur de 1,7.
En droit européen, la directive sur l’efficacité énergétique de 2023 autorise les États membres à retenir un facteur national spécifique pour le calcul de l’énergie primaire, à condition que cette valeur soit calculée et objectivement justifiée. En l’espèce, le gouvernement français anticipe une évolution du coefficient moyen européen, sans calcul préalable et sans justification précise.
Or, le mix électrique français actuel et prospectif ne plaide pas du tout en faveur d’une baisse. Sur la base des données disponibles, le calcul aboutirait à une valeur supérieure à 2,3, ce qui imposerait au contraire une hausse du coefficient. Cette dissonance interroge sur les véritables raisons d’une telle décision.
Le coefficient de conversion entre l’énergie primaire et l’énergie finale (Ep/Ef) est un paramètre central du DPE. Il permet de convertir la consommation d’électricité mesurée au compteur en énergie primaire, en tenant compte des pertes liées à la production, au transport et à la distribution. Pour l’électricité, ce coefficient était fixé à 2,3 dans l’ancienne version du DPE. Il a été abaissé à 1,9 lors de la réforme de 2021, afin de mieux refléter la part croissante des renouvelables et l’amélioration du rendement du parc nucléaire.
Après avoir été stable pendant 45 ans, de 1976 à 2021, ce coefficient aura donc connu trois modifications en cinq ans. Les experts dénoncent un « tripatouillage » d’un indicateur scientifique à des fins politiques. La valeur du coefficient relève pourtant d’une réalité physique : elle dépend de l’efficacité des moyens de production électrique et des pertes subies sur le réseau. En modifiant ce paramètre sans justification objective, le gouvernement introduit un biais majeur dans l’évaluation de la performance énergétique des logements.
La baisse du coefficient revient en réalité à nier les pertes d’énergie primaire qui surviennent tout au long de la chaîne électrique. Ces pertes se manifestent concrètement : par exemple, certains réacteurs nucléaires sont arrêtés en été pour éviter de réchauffer excessivement les cours d’eau, ce qui entraîne des indisponibilités et des reports de production sur des sources plus carbonées. Ne pas en tenir compte conduit à sous-estimer la charge réelle du système électrique et à donner une vision faussée de l’impact environnemental du chauffage électrique.
En passant de 1,9 à 1,7, le DPE classera artificiellement plusieurs dizaines de milliers de logements supplémentaires hors de la catégorie des « passoires énergétiques », sans qu’aucun travail de rénovation n’ait été réalisé. Les occupants ne verront ni amélioration de leur confort, ni baisse de leurs consommations, ni diminution de leurs factures. Il s’agit d’un pur artifice réglementaire, dont les premières victimes seront les ménages en situation de précarité énergétique.
Le DPE a été conçu comme un outil de transparence pour aider les Français dans leurs décisions d’achat, de location ou de rénovation. Sa vocation est de donner une image fiable et stable de la performance énergétique d’un bien. Or, la multiplication de ces changements de paramètre rend cet outil de plus en plus illisible. Comment les propriétaires et les locataires peuvent-ils accorder leur confiance à une étiquette qui change régulièrement, sans que le logement n’ait subi aucun travaux ?
La crédibilité du DPE est en jeu. Chaque modification du coefficient de conversion, chaque changement de méthode, contribue à brouiller les repères. Les ménages ne savent plus si l’étiquette correspond à la réalité physique de leur logement ou à une simple décision administrative. Cette instabilité nuit également aux professionnels de la rénovation, qui s’appuient sur le DPE pour orienter leurs recommandations et chiffrer les travaux.

Coénove, par la voix de son président Jean-Charles Colas-Roy, dénonce fermement cette décision :
« Après 2,3, puis 1,9, voici 1,7. Jusqu’où ira-t-on ? À force de modifier les indicateurs scientifiques pour améliorer facticement les statistiques, on finit par perdre de vue l’objectif principal : rénover réellement les logements. Il est par ailleurs regrettable que le Gouvernement ait décidé de passer outre les avis négatifs des instances qu’il a lui-même consultées, sans démontrer que la valeur retenue correspond à la réalité du système électrique français. Changer artificiellement un coefficient ne réduit ni les consommations, ni les factures, ni la précarité énergétique. Ce n’est pas le coefficient Ep/Ef qu’il faut modifier, ce sont les bâtiments qu’il faut rénover. »
L’association rappelle que la priorité absolue doit être la massification de la rénovation énergétique du parc immobilier français. Le gisement d’économies est réel : plus de 4 millions de passoires thermiques restent à traiter. Changer un chiffre dans une formule ne suffira pas à les rendre plus confortables ni moins énergivores. C’est par des travaux d’isolation, de ventilation, de changement de systèmes de chauffage et par un accompagnement adapté que l’on parviendra à réduire les consommations et les factures.
Coénove n’est pas seul dans ce combat. De nombreux acteurs de la filière du logement, de l’énergie et de l’environnement demandent au gouvernement de revenir sur cette décision. Ils plaident pour une remise à plat du calcul du coefficient Ep/Ef, sur la base de données objectives et publiques, comme l’exige la directive européenne. Cette valeur doit être le fruit d’un calcul scientifique transparent, et non d’un arbitrage politique.
Le gouvernement est également invité à engager une concertation approfondie avec l’ensemble des parties prenantes avant toute nouvelle évolution réglementaire. La période de consultation a montré un rejet massif du passage à 1,7. Il serait plus que temps de tirer les conséquences de cette opposition et de rouvrir le dossier dans des conditions saines.
Le seau de l’eau tiède : le coefficient de conversion n’est pas une simple variable d’ajustement budgétaire. Il reflète le rendement global du système énergétique et conditionne l’affichage réglementaire de la performance des logements. Le faire varier à la baisse sans justification technique donne l’illusion d’une amélioration, mais aggrave en réalité la méfiance des citoyens envers les politiques climatiques.
Une reconsidération sérieuse du coefficient devrait notamment s’appuyer sur les bilans prévisionnels de RTE, sur les données de production du parc électrique et sur les taux de pertes en réseau. Ces éléments montrent que le système électrique français, malgré son faible contenu carbone, n’atteint pas un rendement justifiant un coefficient aussi faible que 1,7.
En abaissant le coefficient de conversion de l’électricité, le gouvernement installe un précédent dangereux. Il démontre que l’étiquette énergie d’un logement peut être modifiée par simple décision administrative, sans lien avec la réalité du terrain. Cette instabilité est préjudiciable à tous : ménages, professionnels, collectivités.
Coénove et les membres de la filière demandent une révision immédiate de l’arrêté du 19 août 2026 et une refonte du dispositif d’évaluation de la performance énergétique sur des bases stables et objectivement justifiées. Le DPE doit redevenir l’outil de confiance dont les Français ont besoin pour répondre aux enjeux de la précarité énergétique, de la rénovation du parc et de la transition écologique.
Pour en savoir plus sur le DPE et sa réglementation, consultez le site du ministère de la Transition écologique. Le texte de la directive européenne sur l’efficacité énergétique est accessible sur EUR-Lex.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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