Conformément aux directives de l’Union européenne, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a transmis son rapport annuel à la Commission européenne et à l’ACER (Agence de coopération des régulateurs de l’énergie). Ce document de référence couvre l’année 2025 et le premier semestre 2026. Il dresse un bilan complet des évolutions des marchés français de l’électricité et du gaz, tout en détaillant les actions menées par la CRE pour accompagner la transition énergétique. Ce rapport intervient dans un contexte marqué par une accélération de la décarbonation, une électrification massive des usages et une montée en puissance des énergies renouvelables, au premier rang desquelles le solaire photovoltaïque.
Ce rapport annuel ne se contente pas de compiler des données : il éclaire les choix structurants pour l’avenir énergétique de la France. Il met en évidence l’adaptation progressive du système électrique français aux transformations induites par les objectifs européens de neutralité carbone à l’horizon 2050. Pour les professionnels du secteur photovoltaïque, ce document offre des signaux forts sur les orientations réglementaires, les mécanismes de soutien et les investissements à venir.
Sur le segment de l’électricité, la période 2025-2026 a été caractérisée par une variabilité accrue des prix sur les marchés de gros. Cette instabilité reflète à la fois la part croissante des énergies renouvelables intermittentes et la sensibilité du système aux aléas climatiques et géopolitiques. La montée en puissance de la production renouvelable, notamment solaire et éolienne, modifie profondément la gestion du réseau électrique. L’électrification des transports, du bâtiment et de l’industrie entraîne une hausse de la demande qui doit être anticipée avec précision.
Pour garantir l’équilibre entre l’offre et la demande, la CRE souligne la nécessité de renforcer les leviers de flexibilité : effacements de consommation, stockage stationnaire, pilotage intelligent des réseaux et interconnexions européennes. Dans ce contexte, le développement des installations couplant production solaire et stockage devient un enjeu majeur pour lisser la production photovoltaïque et éviter les congestions sur le réseau.
Le rapport de la CRE met en avant la validation du Schéma décennal de développement des réseaux (SDDR) de RTE. Ce plan anticipe des investissements considérables pour le réseau de transport d’électricité au cours des dix prochaines années. Ces investissements visent à moderniser les infrastructures existantes, à créer de nouvelles liaisons et à intégrer toujours plus de capacités renouvelables décentralisées. Pour les porteurs de projets photovoltaïques, ces évolutions sont essentielles : elles conditionnent les délais de raccordement et la capacité d’accueil des nouvelles installations.
Le SDDR prévoit notamment un renforcement des axes reliant les zones de production solaire aux grands centres de consommation. Il intègre également des solutions de flexibilité comme le pilotage à distance des centrales et le déploiement de compteurs intelligents nouvelle génération. Ces orientations confirment que le réseau français doit devenir plus résilient, plus digitalisé et plus flexible pour absorber la croissance du solaire photovoltaïque.
Côté gaz, la France a consolidé son statut de porte d’entrée stratégique du gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Europe. Toutefois, la consommation intérieure de gaz a poursuivi sa baisse, une tendance de fond liée à la décarbonation du chauffage et de l’industrie. Cette diminution structurelle interroge l’avenir des infrastructures gazières, qui doivent s’adapter à un monde où le gaz fossile laissera progressivement place à des gaz renouvelables et bas-carbone : biométhane, hydrogène vert, e-méthane.
Dans cette perspective, la CRE a publié un rapport spécifique sur l’avenir des infrastructures gazières évaluant l’impact de leur maintien à l’horizon 2050. L’objectif est d’éviter que le coût de ces infrastructures ne repose uniquement sur les consommateurs de gaz de 2050, alors même que leur volume diminuera. Le rapport esquisse plusieurs pistes : mutualisation des coûts, diversification des usages, reconversion des réseaux vers l’hydrogène et la valorisation du biogaz. Pour la filière photovoltaïque, cette réflexion ouvre des perspectives intéressantes en matière de couplage électrification et gaz vert, notamment via la production d’hydrogène par électrolyse alimentée par des centrales solaires.
La CRE a poursuivi ses travaux pour améliorer l’intégration des énergies renouvelables et rendre les dispositifs de soutien plus efficaces. Parmi les avancées majeures, elle a publié des recommandations spécifiques sur le développement des installations couplant solaire photovoltaïque et stockage. Ces recommandations visent à encourager les configurations où l’énergie solaire produite en journée est stockée pour être réinjectée en soirée, en période de pointe de consommation.
Le couplage photovoltaïque-stockage présente plusieurs avantages : il réduit la dépendance aux réseaux pendant les heures critiques, il sécurise l’approvisionnement des sites isolés et il contribue à la stabilité du réseau. La CRE préconise d’adapter les mécanismes d’appels d’offres pour valoriser la fourniture d’électricité décalée dans le temps, plutôt que la seule production immédiate. Elle recommande également de simplifier les procédures de raccordement pour ces installations hybrides, qui combinent panneaux solaires et batteries.
Le rapport annuel de la CRE revient en détail sur la refonte des dispositifs de soutien aux énergies renouvelables. Pour le photovoltaïque, l’accent est mis sur une meilleure visibilité pour les investisseurs, avec des tarifs d’achat et des compléments de rémunération ajustés en fonction des coûts réels de production et des conditions de marché. La CRE insiste sur la nécessité de simplifier les procédures administratives et de sécuriser les autorisations de construire et d’exploiter.
La CRE a également dressé un premier bilan de ses mesures destinées à restaurer la confiance des consommateurs après la crise des prix de l’énergie. Les constats sont encourageants : une implication plus forte des fournisseurs d’électricité et de gaz, une meilleure information des consommateurs et une baisse progressive des litiges. Cette confiance retrouvée est un préalable indispensable à l’acceptation des nouveaux projets de centrales au sol, d’ombrières de parking et d’installations résidentielles en autoconsommation.

L’année 2025 et le début de l’année 2026 ont été marqués par une évolution notable de la gouvernance de la CRE. Trois nouveaux commissaires ont rejoint l’institution : Victor Alonso, Nadia Faure et Didier Rebischung. Un nouveau directeur général, Jérôme Dupont, a également pris ses fonctions, ainsi qu’une nouvelle présidente du Comité de règlement des différends et des sanctions (CoRDiS), Paquita Morellet-Steiner. Ces changements traduisent la volonté de la CRE de renforcer son expertise et sa réactivité face aux défis de la transition énergétique.
En septembre 2025, la Présidente de la CRE, Emmanuelle Wargon, a pris la tête du conseil des régulateurs de l’ACER. Cette nomination stratégique place la France au cœur de la coopération européenne en matière de régulation de l’énergie. Elle permettra d’harmoniser les règles du marché intérieur, de coordonner les mécanismes d’urgence et de faciliter les échanges transfrontaliers d’électricité solaire, d’autant plus importants que l’Europe accélère dans sa transition collective vers la neutralité carbone.
Le rapport de la CRE publié en 2026 dessine un cadre global cohérent avec la stratégie énergétique française et européenne. La priorité est clairement affichée : accélérer le déploiement des énergies renouvelables, et en particulier du solaire photovoltaïque, tout en adaptant les réseaux et les mécanismes de marché. Les acteurs du secteur doivent retenir plusieurs enseignements forts.
Les objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) visent un parc solaire photovoltaïque nettement plus important à l’horizon 2030. Le rapport confirme que la CRE appuie cette trajectoire via des appels d’offres réguliers, des tarifs compétitifs et un cadre réglementaire assoupli pour l’autoconsommation. Les installations sur bâtiments industriels, commerciaux et agricoles bénéficient d’un traitement favorable, tout comme les centrales au sol sur foncier dégradé et les ombrières de parking.
La question du foncier reste un point de vigilance. La CRE préconise de favoriser les surfaces artificialisées et dégradées plutôt que les terres agricoles productives. Cette position rejoint les orientations nationales en faveur de l’agrivoltaïsme, qui permet de combiner production agricole et production d’électricité solaire sur une même parcelle, à condition de respecter des critères stricts de non-perturbation des cultures.
Le couplage systématique des nouvelles grandes centrales photovoltaïques avec des capacités de stockage devient une tendance structurelle. Les recommandations de la CRE en ce sens devraient accélérer l’émergence d’une filière industrielle française du stockage stationnaire. Les batteries lithium-ion dominent encore le marché, mais d’autres technologies émergent comme le stockage par hydraulique gravitaire, par air comprimé ou par hydrogène. À terme, le stockage permettra à l’énergie solaire de jouer un rôle encore plus central dans le mix électrique, en dépassant sa contrainte principale : l’intermittence journalière.
Les consommateurs particuliers sont également concernés. L’autoconsommation avec stockage individuel est encouragée, même si la rentabilité dépend encore largement des évolutions tarifaires et du coût des batteries. Les communautés énergétiques locales, qui mutualisent la production et le stockage entre plusieurs bâtiments, constituent une piste prometteuse que la CRE observe avec attention.
Au-delà des aspects techniques et économiques, le rapport annuel de la CRE met l’accent sur la dimension stratégique de la transition énergétique. Réduire la dépendance aux énergies fossiles importées, sécuriser l’approvisionnement en composants critiques pour les panneaux solaires et les batteries, encourager la production européenne d’équipements renouvelables : autant de chantiers qui dépassent la seule régulation nationale et appellent une coordination européenne renforcée.
La France dispose d’atouts considérables pour réussir cette mutation : un mix nucléaire décarboné, un ensoleillement significatif, un savoir-faire technologique et un réseau électrique robuste. Le rapport de la CRE à la Commission européenne et à l’ACER illustre la transition en cours. Il fournit une feuille de route claire pour les années à venir, où la production solaire et le stockage occupent une place centrale.
Les données et orientations publiées dans ce rapport confirment une dynamique positive. Pour les entreprises, les collectivités et les particuliers, le moment est venu d’investir dans le photovoltaïque et de participer activement à la construction d’un système énergétique plus propre, plus flexible et plus souverain.
Pour aller plus loin : la consultation du site officiel de la CRE, les données techniques de RTE et les travaux de l’ACER permettent de suivre l’actualité réglementaire du secteur.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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