L’agrivoltaïsme dans les Pyrénées-Orientales : une réponse concrète à la canicule

Dans un contexte de réchauffement climatique accéléré, les Pyrénées-Orientales s’imposent comme un laboratoire à ciel ouvert pour l’agrivoltaïsme. Alors que les épisodes de fortes chaleurs deviennent plus fréquents et plus intenses, les viticulteurs et arboriculteurs cherchent des solutions durables pour protéger leurs cultures. L’agrivoltaïsme, qui consiste à installer des panneaux solaires au-dessus des plantations, ne se contente plus de produire de l’électricité : il devient un véritable bouclier contre les aléas climatiques. Une visite au domaine de Nidolères, à Tresserre, ainsi que d’autres retours d’expérience dans la région, permettent de mieux comprendre cette révolution agricole en marche.

Le domaine de Nidolères : des vendanges sous protection solaire

Au domaine de Nidolères, situé à Tresserre, dans les Pyrénées-Orientales, l’organisation du travail a été profondément modifiée. Les vendanges débutent désormais avant le lever du jour afin d’éviter les températures extrêmes qui dépassent fréquemment les 38 °C au cours de la journée. Sur cette exploitation familiale, un peu plus de deux hectares de marselan, un cépage rouge issu du croisement entre le cabernet sauvignon et le grenache, sont cultivés sous des panneaux solaires orientables conçus par la société Sun’Agri, une entreprise pionnière dans le domaine de l’agrivoltaïsme dynamique.

Le constat est saisissant lorsque l’on compare cette parcelle à une parcelle témoin, non protégée, située à proximité. Sous les panneaux, les feuilles de vigne sont restées vertes et turgescentes, tandis que les raisins ont parfaitement résisté aux semaines de forte chaleur. En revanche, la parcelle non protégée n’a pu être sauvée que grâce à un recours massif à l’irrigation, une ressource de plus en plus précieuse et rare dans ce département.

Selon les premières estimations, le rendement de la parcelle agrivoltaïque serait supérieur d’environ 25 % par rapport à la parcelle témoin. Ce chiffre, avancé par Pierre Escudier, un expert reconnu en viticulture agrivoltaïque, illustre le potentiel de cette technologie pour maintenir la compétitivité des exploitations viticoles dans un environnement de plus en plus contraint.

Une double performance : agricole et énergétique

Le dispositif installé à Tresserre ne se limite pas à protéger la vigne. Il assure également une production électrique significative, équivalente à la consommation d’environ 1 500 foyers. Cette énergie propre et locale contribue à la transition énergétique du territoire. Fort de ce succès, une deuxième tranche du projet doit entrer en production viticole en 2027, ce qui permettra d’étendre la surface protégée et de consolider les résultats obtenus.

La technologie du pilotage dynamique : un atout majeur pour les cultures

Ce qui distingue l’installation de Tresserre des simples ombrières photovoltaïques, c’est la technologie de pilotage dynamique des panneaux. Ces derniers ne sont pas fixes : ils s’orientent en fonction des besoins de la plante et des conditions météorologiques.

  • Au printemps, les panneaux s’inclinent pour laisser passer un maximum de rayonnement solaire, favorisant ainsi la photosynthèse et la croissance de la vigne.
  • En été, en période de forte chaleur, ils s’orientent pour créer une ombre portée, réduisant le stress thermique des plants.
  • Lors des épisodes de gel printanier, ils peuvent également se positionner de manière à protéger les bourgeons du froid.

Cécile Magherini, directrice générale de Sun’Agri, précise que cette technologie permet d’abaisser la température de 6 °C au niveau des cultures et jusqu’à 20 °C au niveau du sol. Ces variations de température ont un impact direct sur le besoin en eau des plantes. Dans certaines configurations, les besoins d’irrigation seraient réduits de moitié, un argument décisif dans une région où la ressource en eau est soumise à une pression croissante.

Des résultats prometteurs pour l’arboriculture

Ces innovations suscitent un vif intérêt au-delà de la viticulture. Les arboriculteurs de la vallée du Rhône, confrontés aux mêmes problématiques de stress hydrique, ont constaté que leurs abricotiers et cerisiers ne produisaient des fruits commercialisables que lorsqu’ils étaient protégés par des panneaux agrivoltaïques. Sans cette protection, les fruits perdaient leur calibre ou n’atteignaient tout simplement pas leur maturité optimale. L’agrivoltaïsme pourrait ainsi devenir un outil de gestion des risques climatiques pour l’ensemble de la filière fruits et légumes.

L’objectif agricole prend le pas sur la production électrique

À l’origine, l’agrivoltaïsme était principalement perçu comme un moyen de produire de l’électricité sans artificialiser les sols. Aujourd’hui, la tendance s’inverse progressivement. Face à la multiplication des vagues de chaleur, l’objectif agricole tend à prendre le pas sur la seule production d’énergie. Protéger mécaniquement la vigne et les arbres fruitiers devient une priorité stratégique pour assurer la pérennité des exploitations.

Cette logique rappelle d’ailleurs les anciens systèmes agricoles, tels que les cultures associées ou les haies bocagères, qui permettaient de créer naturellement des zones d’ombre et de fraîcheur. L’agrivoltaïsme modernise ce concept ancestral en y ajoutant une dimension technologique et énergétique.

Des installations confrontées aux aléas climatiques et électriques

Malgré ses nombreux avantages, l’agrivoltaïsme n’élimine pas tous les risques. L’installation de Claira, près de Perpignan, qui couvre 2,8 hectares de vigne, en est un exemple concret. Au printemps dernier, la tempête Nils, avec des rafales atteignant 150 km/h, a perturbé le fonctionnement du dispositif. Les panneaux, dont la sécurité est primordiale, ont dû rester en position horizontale pendant plusieurs jours, ce qui a retardé certaines opérations viticoles et réduit l’ensoleillement disponible pour les plants. La production de sauvignon blanc sur cette parcelle devrait ainsi reculer d’environ 20 %, une contreperformance qui illustre les limites techniques de ces installations face aux événements extrêmes.

Des résultats contrastés selon les exploitations

Chez Francis Vila, un autre viticulteur engagé dans l’agrivoltaïsme dans la région de Perpignan, les résultats apparaissent plus favorables. Pour cette troisième année de culture sous panneaux, les rendements en grenache blanc et gris pourraient atteindre 70 hectolitres par hectare, un niveau très satisfaisant pour la région. L’installation aurait permis de réduire la température ambiante de 7 °C, protégeant efficacement les grappes de l’échaudage.

L'agrivoltaïsme dans les Pyrénées-Orientales : une réponse concrète à la canicule

Cependant, la production électrique a été pénalisée par les épisodes de prix négatifs sur le marché de l’énergie. Ces derniers ont conduit à plusieurs arrêts de fonctionnement de l’installation, diminuant la rentabilité du projet. Sur les 1 500 heures de production annuelles théoriquement possibles dans la région de Perpignan, près de 500 pourraient être perdues cette année. Cet écart montre que le modèle économique de l’agrivoltaïsme dépend encore fortement des conditions de marché.

Le stockage de l’électricité : le prochain défi à relever

Face à ces pertes économiques, le développement du stockage apparaît comme le prochain complément indispensable de ces installations. Francis Vila mise notamment sur les batteries au sodium, une technologie émergente moins coûteuse et plus respectueuse de l’environnement que les batteries au lithium. Ces batteries permettent de conserver l’électricité produite lorsque les prix sont faibles ou négatifs, pour la restituer sur le réseau lorsque la demande et les prix sont plus élevés.

Cette évolution vers le stockage est cruciale pour stabiliser les revenus des exploitants et garantir l’équilibre économique des projets agrivoltaïques.

L’agrivoltaïsme en 2026 : un outil d’adaptation au changement climatique

À travers ces retours d’expérience, l’été 2026 confirme une évolution majeure : l’agrivoltaïsme ne se limite plus à faire cohabiter agriculture et production solaire. Il devient progressivement un outil d’adaptation des exploitations agricoles aux dérèglements climatiques. En offrant une protection physique contre la chaleur, le gel et la grêle, tout en produisant une énergie propre, il répond à un double enjeu de résilience et de transition énergétique.

Les données collectées par les chercheurs de l’INRAE et par les entreprises comme Sun’Agri montrent que ces systèmes fonctionnent, à condition d’être pilotés avec intelligence et de s’adapter aux spécificités de chaque terroir. Le développement du stockage, les avancées technologiques et le retour d’expérience des exploitants permettront d’améliorer encore ces dispositifs.

Pour aller plus loin, l’ADEME recommande d’encadrer le déploiement de l’agrivoltaïsme afin de garantir la primauté de la production agricole. Un guide pratique est également disponible pour les porteurs de projets, afin de les aider à évaluer la pertinence d’une installation sur leur exploitation.

Alors que la filière viticole française est confrontée à une baisse structurelle de ses rendements en raison du réchauffement climatique, l’agrivoltaïsme pourrait bien représenter une piste sérieuse pour les exploitations souhaitant anticiper l’avenir. Le domaine de Nidolères et les installations de Tresserre et Claira démontrent que la technologie est prête. Reste à généraliser son usage, à en affiner les modèles économiques et à former les agriculteurs pour que cette pratique vertueuse se développe à grande échelle. L’avenir de l’agriculture des régions méditerranéennes se jouera peut-être à l’ombre des panneaux solaires.

Référence : Article original rédigé à partir d’un reportage de Christian Goutorbe publié dans Le Parisien.

Découvrez les solutions de Sun’Agri

Le point sur la réglementation photovoltaïque sur le site du ministère de la Transition écologique

FranceAgriMer, pour les données économiques des filières agricoles

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