Le producteur indépendant d’électricité français Qair vient de franchir un cap décisif au Monténégro. La société a officiellement obtenu le permis de construire pour son projet de centrale solaire photovoltaïque Rudine, d’une puissance installée de 50 mégawatts (MW). Cette autorisation administrative marque une nouvelle étape dans le développement du groupe dans la région des Balkans occidentaux, où la transition énergétique prend progressivement son essor.
Implanté dans la commune de Nikšić, le projet Rudine s’inscrit dans une stratégie plus large de Qair, qui ambitionne de devenir un acteur majeur des énergies renouvelables en Europe du Sud-Est. Nikšić, deuxième ville du pays et véritable poumon économique du Monténégro, offre un ensoleillement particulièrement favorable au photovoltaïque, ce qui renforce la pertinence technique et économique du site retenu.
Avec ce permis de construire en poche, Qair dispose désormais de toutes les autorisations nécessaires pour lancer les travaux, même si le calendrier prévisionnel reste volontairement prudent. La mise en service de la centrale n’interviendra pas avant plusieurs années, le temps de finaliser les aspects financiers, techniques et environnementaux du projet.
L’obtention de ce permis de construire ne constitue que la partie émergée d’un engagement bien plus vaste. En juin dernier, Qair avait en effet officialisé son intention d’investir plus de 150 millions d’euros dans des projets d’énergies renouvelables au Monténégro. Cet engagement avait été annoncé dans le cadre du sommet UE-Balkans occidentaux, un rendez-vous diplomatique et économique de premier plan qui vise à accélérer l’intégration européenne des pays de la région.
Les projets présentés par le groupe français lors de ce sommet représentent une capacité cumulée d’environ 250 MW. Ils ont d’ailleurs été intégrés à l’Accord intergouvernemental signé entre la France et le Monténégro, un cadre bilatéral qui témoigne de la volonté des deux pays de renforcer leur coopération énergétique. Cette dimension diplomatique donne au projet Rudine une portée qui dépasse largement le simple cadre commercial.
Ce contexte explique également pourquoi le gouvernement monténégrin suit de près l’avancement des travaux de Qair. Le pays, qui ambitionne de rejoindre l’Union européenne à l’horizon 2028, voit dans ce type d’investissement étranger un levier stratégique pour moderniser son infrastructure électrique et diversifier ses sources de production, aujourd’hui encore fortement dépendantes des centrales au charbon.
Outre le permis de construire, le projet Rudine a déjà obtenu une autre validation essentielle : l’approbation du raccordement au réseau électrique national par le CGES (Crnogorski elektroprenosni sistem), le gestionnaire du réseau de transport d’électricité monténégrin.
Cette autorisation garantit que la future centrale solaire pourra injecter sa production sur le réseau haute tension du pays. C’est une condition sine qua non pour la viabilité du projet, car sans solution de raccordement fiable et validée, une centrale photovoltaïque ne peut tout simplement pas fonctionner à pleine capacité.
Le feu vert du gestionnaire de réseau constitue donc un signal fort pour les investisseurs et les partenaires financiers de Qair. Il démontre que le projet Rudine est techniquement mature et que les études d’impact sur le réseau ont été validées par les autorités compétentes.
Malgré ces avancées significatives, Qair reste mesuré concernant le calendrier de réalisation. Les travaux ne débuteront pas dans les prochains mois, mais « dans les prochaines années », indique le groupe français. Cette prudence s’explique par la complexité des projets de cette envergure, qui nécessitent une coordination étroite entre les équipes locales et internationales, ainsi que la mobilisation d’un financement de plusieurs dizaines de millions d’euros.
Les étapes restantes incluent notamment la finalisation du montage financier, la sélection des fournisseurs d’équipements photovoltaïques, la préparation détaillée du site et l’obtention éventuelle de financements verts européens. La centrale Rudine pourrait ainsi être opérationnelle d’ici la fin de la décennie, à condition que les conditions de marché et la stabilité réglementaire demeurent favorables.
L’échéance de 2028, évoquée par le gouvernement monténégrin pour l’adhésion à l’Union européenne, pourrait également jouer un rôle catalyseur dans l’accélération des projets énergétiques. Les investisseurs étrangers, comme Qair, voient dans cette perspective un facteur de sécurisation de leurs actifs et de leurs revenus à long terme.
Le développement de Qair au Monténégro bénéficie d’un appui politique de premier plan. Le premier ministre monténégrin, Milojko Spajić, suit personnellement le dossier et voit d’un œil très favorable les investissements français dans le secteur de l’énergie.
Pour le chef du gouvernement, l’accord intergouvernemental franco-monténégro représente un outil stratégique pour atteindre un double objectif : moderniser le système énergétique national et accélérer le processus d’adhésion du Monténégro à l’Union européenne. En attirant des investisseurs comme Qair, Podgorica envoie un signal fort de crédibilité et d’ouverture aux marchés internationaux.
Cette dynamique positive est d’autant plus importante que le Monténégro doit réduire considérablement ses émissions de gaz à effet de serre pour se conformer aux normes environnementales européennes. Les énergies renouvelables, et en particulier le solaire photovoltaïque, constituent un levier incontournable pour atteindre ces objectifs ambitieux.
Le projet Rudine n’est qu’une pièce d’un puzzle beaucoup plus vaste. Qair revendique aujourd’hui un portefeuille en développement avancé de 320 MW dans le pays. Ce chiffre dépasse la capacité initialement annoncée lors du sommet UE-Balkans occidentaux, preuve que la dynamique engagée par le groupe français dépasse les promesses initiales.
Ce portefeuille comprend probablement d’autres projets solaires, des installations éoliennes et potentiellement des capacités de stockage. La diversité de ces actifs permettra à Qair de proposer une offre énergétique complète et flexible, capable de s’adapter aux besoins du réseau monténégrin et aux fluctuations de la production renouvelable.
L’entreprise affirme d’ailleurs vouloir « continuer d’explorer activement les opportunités de se diversifier dans des solutions complémentaires telles que le stockage d’énergie et les centres de données ». Cette orientation stratégique témoigne d’une vision à long terme, dans laquelle les énergies propres ne se limitent pas à la production d’électricité, mais s’intègrent dans un écosystème numérique et industriel plus large.
La diversification annoncée par Qair répond à une tendance de fond du secteur énergétique européen. Le stockage par batteries devient en effet incontournable pour compenser l’intermittence des énergies solaires et éoliennes. En parallèle, les centres de données, très gourmands en électricité, représentent un débouché majeur pour les producteurs d’énergies renouvelables en quête de contrats de long terme.

Le Monténégro pourrait tirer un bénéfice considérable de l’implantation de centres de données alimentés par des énergies propres. Cela créerait des emplois qualifiés, attirerait d’autres investisseurs technologiques et contribuerait à la diversification d’une économie encore trop dépendante du tourisme et de l’aluminium.
Cette synergie entre production photovoltaïque, stockage et infrastructures numériques constitue un modèle de développement énergétique vertueux. Qair semble bien décidé à l’expérimenter au Monténégro, dans un pays qui offre une stabilité politique relative et un potentiel solaire sous-exploité.
Le Monténégro bénéficie actuellement d’une conjoncture particulièrement favorable au développement des énergies renouvelables. La guerre en Ukraine et la crise énergétique qui a secoué l’Europe ont en effet accéléré la prise de conscience collective sur la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement et de renforcer la souveraineté énergétique du continent.
En tant que pays candidat à l’Union européenne, le Monténégro est appelé à jouer un rôle actif dans cette transition. Sa situation géographique, en bordure de l’Adriatique, pourrait d’ailleurs en faire une plateforme énergétique régionale, notamment pour le transport d’électricité vers l’Italie voisine.
La modernisation de ses infrastructures électriques, avec le renforcement des interconnexions transfrontalières, constitue ainsi un chantier prioritaire pour Podgorica. Les investissements de Qair s’inscrivent pleinement dans cette perspective d’intégration énergétique régionale.
La réussite d’un projet solaire de cette envergure dépend aussi de son acceptation par les populations locales. La commune de Nikšić a été choisie notamment pour la disponibilité de terrains plats et bien exposés, mais aussi pour la relative proximité du réseau de transport existant.
Qair devra toutefois veiller à minimiser l’empreinte environnementale du projet Rudine. Le choix d’un site ouvert, potentiellement utilisé pour le pâturage, devra faire l’objet de concertations avec les éleveurs et les riverains. Des mesures de compensation pourraient être nécessaires pour préserver la biodiversité locale et limiter l’artificialisation des sols.
L’expérience d’autres pays des Balkans montre que les projets photovoltaïques peuvent rencontrer des oppositions, notamment lorsqu’ils sont perçus comme une accaparement de terres agricoles. Une communication transparente et un ancrage local solide seront donc essentiels pour garantir la bonne réalisation du projet.
Fondé en 2010, Qair est un producteur indépendant d’électricité qui a connu une croissance rapide sur le marché européen des énergies renouvelables. Le groupe français développe, finance, construit et exploite des installations solaires, éoliennes, hydroélectriques et de stockage dans plusieurs pays, et cherche à étendre sa présence dans les Balkans.
Au-delà du Monténégro, l’entreprise est présente dans d’autres pays de la région, comme la Grèce ou la Croatie et explore des opportunités dans l’hydroélectricité.
La stratégie de Qair repose sur une approche intégrée : développer des projets sur mesure en fonction des spécificités locales, tout en s’appuyant sur des standards internationaux de qualité et de sécurité. Cette méthode a fait ses preuves dans plusieurs marchés émergents, où la complexité réglementaire et les délais administratifs commandent une bonne connaissance du terrain.
Le Monténégro présente un potentiel solaire estimé prometteur pour un pays de sa taille. La partie côtière et le centre du pays bénéficient de plus de 2 000 heures d’ensoleillement par an, ce qui permet d’envisager des rendements photovoltaïques comparables à ceux du sud de la France ou de l’Espagne.
Pourtant, le pays accuse un certain retard dans le développement de cette filière. Les énergies renouvelables représentent encore une part modeste du mix électrique national, dominé par la grande centrale hydroélectrique de Piva et par le parc à charbon de Pljevlja. La capacité solaire installée demeure très limitée, ce qui offre une marge de progression considérable.
Le gouvernement monténégrin a bien compris l’enjeu et multiplie les initiatives pour attirer les investisseurs : simplification des procédures, appels d’offres pour de nouvelles capacités renouvelables, et réformes réglementaires alignées sur l’acquis communautaire. L’arrivée de Qair, aux côtés d’autres groupes internationaux, pourrait ainsi marquer le point de départ d’une véritable filière solaire au Monténégro.
La centrale Rudine de 50 MW, financée dans le cadre d’un accord intergouvernemental soutenu par Paris, constituera un test grandeur nature. Si le projet aboutit dans les délais et avec les performances attendues, il pourrait ouvrir la voie à de nombreux autres investissements dans le pays et, plus largement, dans toute la région des Balkans occidentaux.
Il reste bien sûr quelques étapes à franchir, notamment la levée des financements et le choix final des équipements. Mais avec l’obtention du permis de construire et l’accord de raccordement de CGES, Qair a déjà réalisé les démarches les plus sensibles. L’histoire de la transition énergétique monténégrine est peut-être enfin en train de s’écrire.
Sources : communiqué de Qair, CGES, données publiques du gouvernement du Monténégro.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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