Agrivoltaïsme et photovoltaïque agricole : les Chambres d’agriculture interpellent l’État sur l’avenir de la filière

Le développement de l’agrivoltaïsme constitue une véritable opportunité pour l’agriculture française. Face aux aléas climatiques, à la hausse des coûts de l’énergie et à la nécessité de diversifier les revenus des exploitations, cette pratique innovante séduit de plus en plus d’agriculteurs. Les Chambres d’agriculture, en première ligne sur le terrain, ont accompagné cette montée en puissance. Aujourd’hui, elles tirent la sonnette d’alarme : les évolutions envisagées dans les prochains appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pourraient compromettre des centaines de projets et fragiliser une filière encore jeune. Décryptage.

L’agrivoltaïsme, une réponse concrète aux défis du climat et de l’énergie

L’agrivoltaïsme consiste à associer, sur une même parcelle, une production agricole et une production d’électricité photovoltaïque. Les panneaux solaires sont installés au-dessus des cultures ou des prairies, de manière à protéger les plantes des excès de soleil, de la grêle ou des fortes chaleurs. Ce système permet de maintenir une activité agricole tout en produisant une énergie propre et locale.

Les bénéfices sont multiples. Pour l’agriculteur, c’est un moyen de sécuriser les rendements face au dérèglement climatique, de réduire certaines charges d’irrigation ou d’ombrage et de percevoir un complément de revenu grâce à la vente d’électricité. Pour le territoire, c’est une contribution à la transition énergétique sans artificialiser les sols. De nombreuses études menées en France et en Europe montrent que l’agrivoltaïsme peut créer des synergies positives entre agriculture et énergie, à condition que le projet soit bien conçu et que la production agricole reste la priorité.

Les Chambres d’agriculture, un accompagnement de proximité pour les porteurs de projet

Conscientes du potentiel de cette pratique, les Chambres d’agriculture se sont mobilisées dès le début. Dans de nombreux départements, elles ont élaboré des chartes locales afin de donner un cadre clair aux porteurs de projets. Ces chartes définissent des critères exigeants pour garantir la compatibilité entre les installations solaires et l’activité agricole. Elles visent à préserver les surfaces cultivables, à protéger la biodiversité et à assurer un partage équitable de la valeur créée.

Les équipes techniques des Chambres d’agriculture accompagnent également les agriculteurs dans la conception de leur projet, de l’étude de faisabilité à la mise en service. Elles aident à évaluer l’impact sur les sols, le cycle des cultures et l’organisation du travail. Cet accompagnement est essentiel pour éviter les dérives et s’assurer que l’agrivoltaïsme profite réellement au monde agricole. Les retours de terrain montrent que les agriculteurs ont besoin d’un interlocuteur neutre et technique pour négocier avec les développeurs solaires.

Des chartes départementales pour encadrer les bonnes pratiques

Chaque territoire ayant ses spécificités, les chartes sont adaptées aux réalités locales. Certaines mettent l’accent sur la densité des panneaux, d’autres sur les types de cultures éligibles ou encore sur les conditions de démantèlement des installations. Cette approche pragmatique a permis de créer une dynamique de confiance entre les agriculteurs, les développeurs solaires et les collectivités. Elle a aussi favorisé l’émergence de projets de qualité, respectueux des paysages et des écosystèmes.

Le photovoltaïque sur bâtiments agricoles, un atout pour la modernisation des exploitations

Au-delà de l’agrivoltaïsme, les Chambres d’agriculture soutiennent activement le photovoltaïque sur les toitures des bâtiments agricoles. Il s’agit d’une solution simple et efficace pour produire de l’énergie sans consommer de foncier. Les hangars, les étables et les ateliers de stockage peuvent accueillir des panneaux solaires qui alimentent directement l’exploitation ou revendent le surplus au réseau.

Agrivoltaïsme et photovoltaïque agricole : les Chambres d'agriculture interpellent l'État sur l'avenir de la filière

Ce levier participe à la modernisation du parc agricole français. Il permet aux exploitants de réduire leur facture énergétique, d’amortir leurs investissements et de valoriser des surfaces déjà artificialisées. Soutenue par les pouvoirs publics, cette filière a connu un essor important ces dernières années. Mais elle reste aujourd’hui tributaire des conditions économiques fixées par l’État, notamment dans le cadre des dispositifs de soutien pilotés par la CRE.

Les annonces de la CRE fragilisent la dynamique actuelle

La loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, dite loi APER, promulguée en mars 2023, avait fixé un cadre ambitieux et sécurisant pour l’agrivoltaïsme. Elle a notamment défini, pour la première fois, les critères permettant de qualifier un projet d’agrivoltaïque, en exigeant que la production agricole demeure l’activité principale de la parcelle. Cette clarification a débloqué de nombreux dossiers et donné de la visibilité aux investisseurs.

Or, les orientations envisagées pour les prochains appels d’offres de la CRE remettent en cause cette stabilité. En réduisant les niveaux de soutien public et en mettant en concurrence les projets agrivoltaïques uniquement sur le critère du prix, ces orientations fragilisent la rentabilité économique des exploitations. De nombreux agriculteurs qui avaient engagé des démarches sur la base du cadre précédent se retrouvent dans l’expectative, sans savoir si leur projet pourra aboutir dans de bonnes conditions.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que la filière française est encore émergente. Les acteurs ont besoin de prévisibilité pour investir, innover et monter en compétence. Un changement brutal des règles du jeu risque de décourager les initiatives et de faire basculer des projets en dehors du cadre légal, avec des conséquences pour l’occupation des sols et l’acceptabilité locale.

Chambres d’agriculture France demande un cadre stable et une visibilité rapide

Dans ce contexte, Chambres d’agriculture France a décidé d’interpeller directement le Gouvernement. L’organisation demande une révision des évolutions annoncées et la mise en place d’un cadre stable pour l’ensemble de la filière photovoltaïque agricole. Elle insiste sur la nécessité de sécuriser les projets déjà engagés et de communiquer rapidement sur les futurs appels d’offres, afin de redonner confiance aux porteurs de projets et aux investisseurs.

« L’agrivoltaïsme est une innovation au service de l’agriculture. Les agriculteurs se sont engagés dans cette voie parce que l’État leur a donné un cadre et des perspectives. Modifier aujourd’hui les règles économiques revient à fragiliser une filière naissante et des

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