Le 16 juillet 2026, le néerlandais Alfen et le géant chinois CATL ont officialisé un partenariat stratégique visant à déployer 5 GWh de batteries sodium-ion sur le territoire européen. Cette annonce marque une étape importante pour le stockage stationnaire d’énergie, à un moment où les chaînes d’approvisionnement traditionnelles du lithium et du cobalt sont soumises à de fortes tensions géopolitiques et économiques.
Pour Alfen, spécialiste des infrastructures énergétiques et des systèmes de stockage, cet accord ne constitue pas une première collaboration avec CATL. Depuis 2023, les deux entreprises travaillent déjà ensemble autour de batteries lithium-ion. Ce nouveau projet élargit toutefois le périmètre de leur coopération en intégrant une chimie de batterie encore émergente sur les marchés occidentaux : le sodium-ion.
Le choix du sodium-ion n’est pas anodin. Il s’explique par la volonté d’Alfen de diversifier ses sources d’approvisionnement et de réduire sa dépendance aux matériaux critiques comme le nickel et le cobalt. En associant son savoir-faire en matière d’intégration système à la capacité industrielle de CATL, Alfen entend accélérer la commercialisation de solutions de stockage plus résilientes et adaptées aux réseaux électriques européens.
Michael Colijn, PDG d’Alfen, a souligné que la technologie sodium-ion représente une évolution naturelle dans la stratégie du groupe. Selon lui, cette chimie offre une réponse plus diversifiée, plus robuste et mieux alignée sur les futures orientations du marché européen de l’énergie. Il a également insisté sur la position d’avant-garde que confère ce partenariat avec CATL.
Ce projet s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation du marché du stockage. L’Europe cherche en effet à sécuriser ses réseaux électriques tout en accélérant le déploiement des énergies renouvelables. Dans ce contexte, les batteries de longue durée deviennent un maillon essentiel de la transition énergétique.
La batterie sodium-ion développée par CATL se distingue avant tout par sa composition matérielle. Elle ne contient ni cobalt, ni nickel, deux métaux dont l’extraction est souvent critiquée pour son impact environnemental et ses implications éthiques. Le sodium, quant à lui, est un élément extrêmement abondant sur la planète, notamment présent dans l’eau de mer et le sel. Cette disponibilité réduit considérablement les risques liés aux chaînes d’approvisionnement.
Cette caractéristique fait du sodium-ion une alternative crédible aux batteries lithium-ion et LFP (lithium-fer-phosphate) pour certaines applications, en particulier le stockage stationnaire où le poids et la densité énergétique sont moins déterminants que dans la mobilité électrique.
Les spécifications annoncées par CATL montrent que la technologie a gagné en maturité. Les cellules sodium-ion développées par le fabricant atteignent une capacité supérieure à 300 Ah, avec une densité énergétique d’environ 160 Wh/kg. Ces valeurs, bien qu’inférieures à celles des meilleures batteries lithium-ion, sont parfaitement acceptables pour des installations fixes.
Cette dernière particularité est essentielle pour les industriels. En adoptant des formats standardisés, les batteries sodium-ion peuvent être intégrées dans les infrastructures de stockage déjà déployées sans nécessiter de lourds investissements de mise à niveau. Alfen pourra ainsi proposer à ses clients des solutions hybrides combinant lithium et sodium-ion selon les besoins.
Le déploiement de ces 5 GWh intervient dans un environnement économique complexe. Les prix des batteries LFP, qui dominaient jusqu’ici le marché du stockage stationnaire, ont augmenté d’environ 20 % au cours des six derniers mois. Cette hausse est liée notamment à la demande soutenue des constructeurs automobiles, mais aussi aux contraintes sur l’offre de matières premières.
CATL anticipe pour sa part un avantage de coût compris entre 30 et 40 % pour le sodium-ion par rapport au LFP. Si cette prévision se confirme, la nouvelle chimie pourrait rapidement devenir un choix économique pertinent pour les opérateurs de réseaux et les développeurs de projets solaires ou éoliens associés à du stockage.

Il faut toutefois nuancer ce constat. Le sodium-ion ne concurrencera pas immédiatement le lithium-ion sur tous les segments. Comme le souligne l’Agence internationale de l’énergie dans son rapport sur les batteries, les technologies de stockage doivent être évaluées en fonction de leur durée de décharge et de leur coût sur l’ensemble du cycle de vie. Le sodium-ion est principalement destiné au stockage stationnaire d’une durée de 2 à 8 heures, ce qui correspond aux besoins des réseaux électriques modernes : lissage de la production intermittente, arbitrage d’énergie et services réseau.
Pour les réseaux électriques européens, ce déploiement présente plusieurs avantages.
Le projet Alfen-CATL pourrait également jouer un rôle de démonstrateur. En testant les solutions sodium-ion sur les réseaux électriques européens, CATL validera ses technologies dans des conditions réelles d’utilisation. L’Union européenne, via son plan de soutien au stockage de l’énergie, suit avec attention ces initiatives. La Commission européenne considère en effet le stockage comme un pilier fondamental de la décarbonation du système électrique.
Malgré ses atouts, la technologie sodium-ion doit encore surmonter plusieurs obstacles. Le premier concerne la densité énergétique, toujours inférieure à celle des meilleures cellules lithium-ion. Cela signifie qu’il faut davantage de matériel pour stocker la même quantité d’énergie, ce qui augmente l’empreinte au sol des installations.
Le deuxième défi réside dans la standardisation des procédés de fabrication. Les lignes de production de batteries sodium-ion ne peuvent pas être converties sans adaptation à partir de celles du LFP, même si l’écart technologique s’est réduit ces dernières années. CATL bénéficie toutefois d’un avantage compétitif important grâce à son expérience industrielle accumulée depuis le lancement de ses premières cellules sodium-ion.
Enfin, il reste à démontrer la fiabilité à long terme de cette technologie sur des installations de grande échelle. Une durée de vie annoncée de plus de 15 000 cycles est prometteuse, mais elle doit encore être confirmée par des années d’exploitation dans des conditions réelles, notamment en Europe où les variations climatiques peuvent être importantes.
L’accord entre Alfen et CATL ouvre la voie à une industrialisation plus large du sodium-ion sur les marchés européens. Ce déploiement de 5 GWh pourrait bien n’être qu’une première étape. Les orientations du marché européen, ainsi que les performances techniques de la technologie et son avantage de coût structurel, suggèrent que cette chimie pourrait représenter une part significative du stockage stationnaire au cours de la prochaine décennie.
Ce partenariat illustre également les nouvelles formes de coopération industrielle qui se dessinent entre l’Europe et la Chine dans le domaine des technologies propres. Si les questions stratégiques et de souveraineté restent posées, les industriels européens ne peuvent pas ignorer la maturité technologique et les volumes proposés par les fabricants asiatiques. Une coopération pragmatique, encadrée par des conditions de concurrence équitables, semble donc se dessiner.
À l’heure où les prix de l’électricité et la sécurité d’approvisionnement deviennent des préoccupations centrales, le déploiement de batteries sodium-ion représente une bouffée d’oxygène pour le réseau européen. Alfen et CATL montrent qu’il est possible d’allier performance technologique, réduction des coûts et diversification des approvisionnements. Reste à présent à concrétiser cette feuille de route ambitieuse et à démontrer sur le terrain que la promesse du sodium-ion n’est pas seulement technique, mais aussi industrielle et économique.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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