Dans le secteur du photovoltaïque, l’innovation naît souvent de la rencontre entre des expertises complémentaires. C’est exactement ce qui s’est produit avec le système EOflex, fruit d’une collaboration entre l’installateur photovoltaïque Ronald Riahi, le designer industriel Christophe Barreau, et le spécialiste de la colle industrielle Innotec. Leur objectif commun : permettre l’installation de panneaux solaires sur des toitures plates auparavant jugées inexploitables, en respectant les normes françaises les plus strictes.
Ronald Riahi, ingénieur électronicien et installateur depuis 2013, et Christophe Barreau, expert en plasturgie automobile, se sont rencontrés lors d’un chantier chez un client commun. Le constat était clair : des millions de mètres carrés de toitures terrasses restaient inutilisables avec les solutions traditionnelles, trop lourdes ou mal adaptées. Les panneaux souples collés directement sur la membrane bitumineuse posaient des problèmes d’évacuation d’eau, de surchauffe (jusqu’à 80°C), de baisse de rendement et de risques incendie.
C’est ainsi qu’est née Electrione, entreprise dédiée à la création de solutions d’intégration photovoltaïque adaptées à tous les types de toitures. Le nom fait référence à Électryone, fille d’Hélios, le dieu grec du soleil. La startup, basée à Perpignan, emploie moins d’une dizaine de personnes mais vise un marché immense.
Le support EOflex est conçu pour recevoir des panneaux solaires ultralégers (type SUNMAN, GoodWe ou Serapp de Seraphim). Son inclinaison à 8° offre plusieurs avantages décisifs :
Selon Electrione, le système est deux fois plus cher qu’une pose conventionnelle à même la membrane, mais sur des installations de plusieurs MW, les gains de performance et la durée de vie prolongée (garantie 20 ans) peuvent générer des économies de plusieurs centaines de milliers d’euros sur le cycle de vie.
La loi Zéro Artificialisation Nette (ZAN) rend de plus en plus difficile la création de nouveaux espaces au sol pour les centrales solaires. Les toitures plates, notamment celles avec une étanchéité de classe B (incombustible), deviennent donc une cible prioritaire. Ronald Riahi estime qu’en France, près de 17 millions de m² de grandes toitures terrasses pourraient être équipés avec EOflex. Le système permet d’exploiter des surfaces à faible capacité de charge, là où les panneaux lourds en aluminium et verre sont interdits.
L’innovation d’EOflex ne repose pas uniquement sur le support mécanique. C’est le couplage avec la colle Innotec, spécialement développée pour ce système, qui a permis d’obtenir l’ETN. Laurent Favier, expert chez Innotec, insiste sur la rigueur des tests : « Nous réalisons des tests sur 100 % des installations sur une durée de neuf semaines. Pour chaque projet, je monte sur le toit pour valider le collage via notre fameux Quik Knife test. »
Ces procédures sont validées avec l’INES (Institut National de l’Énergie Solaire). L’assureur Generali considère cet ETN comme l’un des plus solides de son catalogue (voir encadré). Cette rigueur rassure les poseurs et les maîtres d’ouvrage, facilitant l’obtention d’une assurance décennale.
Le processus de validation comprend des essais de vieillissement accéléré, de résistance aux UV, de tenue au vent et de compatibilité avec les membranes d’étanchéité. L’ETN couvre le système complet : support EOflex + adhésif Innotec + module photovoltaïque. Les installateurs doivent suivre une formation et utiliser des outils de contrôle comme le Quick Knife Test, qui consiste à inciser un échantillon de colle polymérisée pour vérifier sa cohésion.

L’assureur Generali, via son agent Farid Midey, propose une solution dédiée aux professionnels utilisant EOflex. Les avantages : connaissance parfaite du procédé, cohérence fabricant-poseur, étude facilitée des dossiers et garanties adaptées. Les installateurs peuvent ainsi obtenir une responsabilité civile professionnelle et une assurance décennale dans des conditions optimales.
Pièces à fournir pour une étude d’assurance : attestations N et N-2, relevé d’information des 5 dernières années, Kbis, RIB, certification QualiPV36, chiffres d’affaires HT sur 3 ans, et la liste des procédés utilisés avec leurs ETN/ATEC/ATEX.
Malgré l’enthousiasme technique, le passage à l’échelle reste un défi. Ronald Riahi confie : « Notre objectif est de convaincre les gens de la solution. Nous avons beaucoup de projets sur la table. Mais dans le contexte actuel, c’est assez long. Il faut avoir les reins solides. » Il évoque un projet de 350 kWc en autoconsommation collective (ACC) sur plusieurs bâtiments, qui a nécessité un an de montage avant le raccordement.
La distribution est assurée par la société Enecsol, qui croit au produit et le soutient activement. Une piste future serait une alliance avec le fabricant français Heliup pour des modules légers 100 % français, mais aucune annonce officielle n’a encore été faite.
EOflex représente une rupture technologique simple mais puissante. En combinant un support incliné, une ventilation optimisée, une colle certifiée ETN et un partenariat assureur, il ouvre la voie à la solarisation de millions de m² de toitures jusqu’ici délaissées. Les retours des premiers chantiers, comme celui du SIDS de Perpignan, sont positifs. Si les défis commerciaux et administratifs persistent, la solution a tous les atouts pour s’imposer dans le paysage photovoltaïque français.
Farid Midey, agent général Generali, précise : « En tant qu’assureur du fabricant Electrione, nous proposons une solution dédiée aux professionnels qui utilisent leurs supports pour panneaux solaires. Notre objectif : sécuriser l’activité et simplifier l’accès à l’assurance, avec des garanties adaptées aux spécificités techniques du procédé. Les poseurs utilisant le système Electrione peuvent bénéficier d’une Responsabilité Civile Professionnelle et d’une Assurance Décennale auprès d’une agence Generali. Pourquoi passer par nous ? Connaissance du procédé Electrione, cohérence entre fabricant et poseur, étude facilitée et plus rapide des dossiers, et solutions adaptées aux installations photovoltaïques. »
Cet article a été rédigé à partir d’informations fournies par les acteurs du projet et de sources publiques, en octobre 2023.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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