L’usine historique de panneaux solaires Reden Solar ferme en France : un signal fort pour la filière photovoltaïque

Une fermeture annoncée à Roquefort, près d’Agen

Après dix-sept ans d’activité, l’usine d’assemblage de modules photovoltaïques de Reden Solar, située à Roquefort dans le Lot-et-Garonne, va cesser définitivement sa production dans les prochaines semaines. Mise en service en 2009, cette unité était l’un des derniers sites français dédiés à la fabrication de panneaux solaires. Malgré un investissement de cinq millions d’euros en 2023 pour moderniser une ligne d’assemblage et porter sa capacité à 300 000 panneaux par an, l’entreprise a jugé la situation intenable. Neuf emplois sont directement concernés par cette fermeture.

Pourquoi l’écart de prix avec les modules chinois est devenu rédhibitoire

Reden Solar justifie cette décision par l’absence de débouchés suffisants pour les panneaux fabriqués en France. Selon Florence Burhin, responsable de la communication de l’entreprise, « cette usine est structurellement déficitaire parce qu’il n’y a pas de marché potentiel en France et en Europe ». L’écart de prix entre un module français et un module chinois atteindrait désormais environ 200 %, une différence difficile à combler sur un marché où le coût des équipements reste le facteur déterminant pour les installateurs et les développeurs de projets.

La France importe aujourd’hui plus de 80 % de ses panneaux solaires, principalement depuis la Chine, qui domine la production mondiale grâce à des économies d’échelle et des subventions massives. Même les dispositifs de soutien européens, comme le Net Zero Industry Act, peinent à enrayer cette tendance. Reden Solar regrette également que le Pacte solaire français, censé favoriser l’industrie nationale, ne soit pas contraignant et n’offre pas de garanties suffisantes aux producteurs locaux. L’entreprise a cherché un repreneur pour l’usine de Roquefort, mais sans succès.

Pour comprendre les mécanismes de cette concurrence, consulter l’analyse de PV Magazine France sur les difficultés du solaire made in France.

Un nouveau coup dur pour la filière photovoltaïque française

Cette fermeture intervient quelques mois après l’abandon du projet Carbon près de Marseille, une gigafactory qui devait produire douze millions de panneaux par an et créer 3 000 emplois directs. Le projet a été abandonné faute d’avoir réuni les deux milliards d’euros nécessaires. Ces deux événements mettent en lumière la fragilité de l’industrie photovoltaïque française face à la concurrence asiatique et aux lenteurs des mécanismes de soutien.

Pourtant, le marché français du solaire continue de croître : selon le dernier panorama du photovoltaïque publié par le ministère de la Transition écologique, la puissance installée a dépassé les 20 GW en 2024. Mais cette croissance repose presque exclusivement sur des panneaux importés.

En savoir plus sur l’état du marché français via le site du ministère de la Transition écologique.

Quelles capacités de production restent en France ?

Malgré ces difficultés, le pays conserve quelques acteurs industriels. Voltec Solar, basé dans le Bas-Rhin, continue de produire des panneaux en France grâce à une niche sur les modules spécifiques. Le projet Holosolis, en Moselle, prévoit de lancer une gigafactory capable de produire dix millions de panneaux par an à partir de 2028. Ce projet ambitieux bénéficie de soutiens européens et devrait créer plusieurs centaines d’emplois.

D’autres initiatives émergent, comme la relance de la production de cellules photovoltaïques, segment clé où l’Europe est quasi absente. Des start-up comme Carbon (bien que son projet ait été abandonné) ou Enel Green Power en Italie explorent des technologies de rupture (hétérojonction, pérovskite) pour réduire l’écart de compétitivité.

L'usine historique de panneaux solaires Reden Solar ferme en France : un signal fort pour la filière photovoltaïque

Pour suivre l’actualité d’Holosolis, visiter le site de Holosolis.

Reden Solar : une entreprise qui recentre ses activités

La fermeture de l’usine de Roquefort ne remet pas en cause les autres activités de Reden Solar. L’entreprise emploie environ 275 personnes, exploite plus de 1,1 GW de capacités solaires en France et à l’international, et vient de finaliser un refinancement de plus d’un milliard d’euros. Elle continue à développer des projets de centrales au sol et des toitures solaires, ainsi qu’à fournir des services d’exploitation et de maintenance.

Cependant, la disparition de son site historique d’assemblage reste hautement symbolique. Elle illustre la difficulté de maintenir une production locale de panneaux standards dans un marché mondialisé dominé par la Chine. La question se pose désormais : faut-il miser sur des technologies de rupture, des niches (panneaux bifaciaux, modules intégrés au bâti) ou un protectionnisme renforcé pour sauver l’industrie photovoltaïque européenne ?

Pour approfondir, lire l’article de Enerzine sur les enjeux de cette fermeture.

Les leçons à tirer pour l’avenir du solaire en France

La fermeture de l’usine Reden Solar met en évidence plusieurs défis :

  • La nécessité d’un cadre réglementaire contraignant pour favoriser l’achat de panneaux fabriqués en Europe (comme des clauses de contenu local dans les appels d’offres publics).
  • L’importance d’investir dans la R&D pour développer des technologies à plus forte valeur ajoutée, moins sensibles à la concurrence par les prix.
  • La consolidation des acteurs pour atteindre des économies d’échelle viables, comme le tente le projet Holosolis.
  • Un soutien financier accru de l’État et de l’Union européenne via des aides directes à la production, à l’image du mécanisme de soutien aux batteries en France.

Le photovoltaïque reste une énergie clé pour la transition énergétique, mais sans une volonté politique forte, le « made in France » risque de devenir un symbole sans substance industrielle.

Sources : communiqué de Reden Solar, PV Magazine France, ministère de la Transition écologique.

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