La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a publié sa délibération annuelle le 15 juillet 2026, réévaluant à la baisse les charges de service public de l’énergie (CSPE) à compenser pour l’année 2026. Cette révision, qui réduit de 631 millions d’euros le montant initialement prévu, s’accompagne de recommandations ciblant le secteur photovoltaïque, visant à maîtriser la hausse des coûts tout en accompagnant la croissance des énergies renouvelables. Cet article décrypte les chiffres clés, les facteurs expliquant cette baisse et les mesures proposées par le régulateur.
La contribution au service public de l’électricité (CSPE) est une taxe perçue sur la consommation d’électricité en France. Elle sert à financer les surcoûts liés à la production d’électricité renouvelable (solaire, éolien, hydraulique, biométhane), à la péréquation tarifaire dans les zones non interconnectées (ZNI comme les Outre-mer et la Corse), et aux dispositifs de solidarité (tarifs sociaux, etc.). Son montant est réévalué chaque année par la CRE pour s’ajuster aux besoins réels. En 2026, le financement des énergies renouvelables représente la part la plus importante des CSPE. Pour en savoir plus sur le mécanisme, consultez la page officielle de la CRE.
La CRE annonce que les charges CSPE à compenser en 2026 s’élèvent désormais à 12,3 milliards d’euros, soit une diminution de 631 millions par rapport à l’estimation initiale. Sur ce total, 9,06 milliards seront financés par le budget de l’État, tandis que 3,25 milliards, correspondant aux coûts des ZNI, seront couverts par une part de l’accise sur l’électricité. Cette réduction intervient après un montant de 11,46 milliards en 2025, mais la tendance reste haussière : pour 2027, la première estimation atteint déjà 14,23 milliards d’euros.
Deux facteurs principaux expliquent la révision à la baisse :
Selon la CRE, les surcoûts unitaires (exprimés en €/MWh) se stabilisent autour de 90 €/MWh, un niveau comparable à celui d’avant la crise énergétique. Ce sont donc principalement les volumes de production renouvelable supplémentaire qui pèsent sur l’évolution des charges. Pour une analyse détaillée, le journal Les Échos propose un éclairage complémentaire.
Face à la perspective d’une hausse des volumes et donc des coûts, la CRE formule trois recommandations spécifiques au photovoltaïque, jugées prioritaires pour économiser près de 100 millions d’euros par an.

La CRE propose d’étendre l’obligation de réduire la production solaire en période de prix négatifs sur le marché de l’électricité à toutes les installations de plus de 1 MW. Actuellement, cette obligation ne concerne que les grandes centrales. Les prix négatifs surviennent fréquemment lors des pics de production solaire combinés à une faible demande (week-ends ou jours fériés). Forcer l’arrêt des centrales de taille intermédiaire éviterait un gaspillage d’électricité et réduirait les compensations versées aux producteurs. Cette mesure pourrait générer 100 millions d’euros d’économies annuelles.
Le régulateur recommande de lancer une expérimentation de « nouvelles modalités de soutien » pour les installations photovoltaïques de plus de 100 kWc couplées à des batteries de stockage. L’objectif est d’inciter à décaler la production solaire vers les heures de plus forte demande (soirée), où les prix de l’électricité sont plus élevés. Ce dispositif permettrait de mieux valoriser l’énergie solaire et de réduire le besoin de centrales thermiques de pointe. Les modalités exactes (prime à l’investissement, bonus de production, etc.) devront être précisées lors d’une consultation publique. Pour approfondir, l’ADEME publie régulièrement des études sur l’intérêt des batteries associées au solaire.
Enfin, la CRE préconise qu’EDF OA (l’obligation d’achat) propose à partir de 2027 de nouveaux contrats de couverture à terme adaptés au profil de production solaire. Actuellement, les producteurs solaires sont exposés aux fluctuations du marché spot. Des produits de couverture (type PPA virtuels ou contrats à terme) leur permettraient de sécuriser un prix de vente sur plusieurs années, réduisant ainsi le risque financier et potentiellement les surcoûts supportés via la CSPE. Cette innovation s’inspire de mécanismes déjà en place dans d’autres pays européens, comme le souligne le rapport de l’IRENA sur les enchères solaires.
Malgré la baisse ponctuelle en 2026, la trajectoire des CSPE reste orientée à la hausse sous l’effet de l’augmentation des capacités photovoltaïques et éoliennes. L’estimation pour 2027 de 14,23 milliards d’euros, soit une hausse de près de 2 milliards en un an, illustre le défi du financement de la transition énergétique. La CRE insiste sur la nécessité de maîtriser les coûts unitaires et d’optimiser les dispositifs de soutien. Les recommandations pour le photovoltaïque s’inscrivent dans cette logique de sobriété budgétaire, tout en accompagnant le développement massif du solaire prévu par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
Ces évolutions auront un impact direct sur les producteurs d’électricité solaire, les consommateurs (via la fiscalité) et les porteurs de projets. Les acteurs du secteur sont invités à participer aux consultations à venir pour façonner les mesures de 2027. Restez informés via le site de la CRE.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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