Moins de trois ans après son inauguration, l’usine d’assemblage de panneaux solaires de Reden, située à Roquefort dans la banlieue d’Agen, a définitivement cessé son activité. L’annonce, faite discrètement en fin de semaine dernière, marque la fin d’une ambition qui devait permettre au producteur d’énergie français de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur photovoltaïque. Près de 4,5 millions d’euros avaient été investis pour moderniser la ligne de production, mais l’écart de compétitivité avec les fabricants asiatiques s’est révélé insurmontable.
Floriane Burhin, responsable communication du groupe Reden, a expliqué à pv magazine France que la situation n’était « plus tenable financièrement ». L’usine, qui avait été inaugurée à l’automne 2023, s’est retrouvée dans le rouge dès ses premiers mois d’exploitation, victime de la concurrence des importations asiatiques et de l’absence de mécanismes de préférence industrielle européenne dans l’attribution des marchés publics.
Le marché mondial du photovoltaïque est dominé par les fabricants chinois, qui produisent des panneaux à des coûts très inférieurs grâce à des économies d’échelle massives et à des subventions publiques. En Europe, les fabricants peinent à rivaliser. Le « Net Zero Industry Act » et le « Pacte solaire » européens, censés soutenir la production locale, n’ont pas encore produit d’effets suffisamment significatifs pour renverser la tendance. En interne chez Reden, on reconnaît que « l’écart de compétitivité par rapport aux acteurs asiatiques devient trop important. Cela ne nous laissait aucune autre porte de sortie économiquement raisonnable ».
Cette fermeture intervient dans un contexte où la filière solaire européenne traverse une crise profonde. Selon SolarPower Europe, la part de marché des fabricants européens est tombée en dessous de 5 % en 2024, et plusieurs usines ont déjà mis la clé sous la porte, comme Photowatt (ex-filiale d’EDF Renouvelables) en janvier 2025.
Neuf salariés étaient directement employés sur la ligne d’assemblage de Roquefort. Selon nos informations, tous feront l’objet de procédures de reclassement au sein du groupe Reden, qui conserve ses autres activités, notamment dans l’agrivoltaïsme. Le groupe, fondé en 2008, est l’un des leaders français de la production d’énergie solaire, avec un portefeuille de centrales au sol et en toiture, ainsi que des projets agrivoltaïques en développement.
Pour Reden, l’arrêt de la production de panneaux ne remet pas en cause la pérennité de l’entreprise. Au contraire, cette décision vise à préserver la santé financière du groupe, comme l’avait été l’abandon antérieur du projet Carbon. L’entreprise se recentre sur ses métiers historiques de producteur d’énergie et de développeur de projets, où elle estime être plus compétitive.
Avec la fermeture de l’usine de Reden, il ne reste plus qu’un seul fabricant français de panneaux photovoltaïques : Voltec Solar, basé en Alsace. Voltec, qui produit des panneaux à partir de cellules majoritairement importées, résiste tant bien que mal grâce à un positionnement sur des segments de niche et à un soutien de la commande publique locale.

Cette situation met en lumière la fragilité de la filière industrielle solaire en France. Alors que le pays s’est fixé des objectifs ambitieux de déploiement du photovoltaïque (100 GW en 2035 selon la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie), la production nationale ne couvre qu’une infime partie des besoins. Les importations, principalement chinoises, représentent plus de 90 % des panneaux installés sur le territoire.
La fermeture de l’usine de Reden relance le débat sur la nécessité d’une politique industrielle européenne forte. Le « Net Zero Industry Act », adopté en 2024, prévoit des critères de résilience et de durabilité dans les appels d’offres, mais sa mise en œuvre est jugée trop lente par les professionnels. Le « Pacte solaire » européen, lancé en 2023, vise à soutenir la fabrication de panneaux en Europe, mais les effets concrets se font attendre.
Certains experts plaident pour l’instauration de droits de douane ou de barrières non tarifaires sur les panneaux importés, à l’instar de ce que fait l’administration américaine avec l’Inflation Reduction Act. D’autres estiment que la compétitivité européenne passe par l’innovation technologique, notamment avec les cellules à hétérojonction ou les panneaux pérovskite-silicium, des technologies où les chercheurs européens sont en pointe.
En attendant, la filière solaire française se trouve à un tournant. Si la production de panneaux semble compromise à court terme, le développement des projets de centrales et l’agrivoltaïsme offrent des perspectives de croissance. Reden, de son côté, mise sur ses compétences en développement et exploitation pour continuer à se développer, sans la charge de sa ligne d’assemblage déficitaire.
Article basé sur des informations de pv magazine France et des sources internes au groupe Reden.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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