Deuxième parc solaire le plus puissant de France : l’ancienne base aérienne de Creil transformée en centrale photovoltaïque

Un site historique au service de la transition énergétique

Dans l’Oise, entre Creil, Apremont et Verneuil-en-Halatte, l’ancienne base aérienne 110 « Lieutenant-colonel Guy de La Horie » vient de vivre une renaissance énergétique. Avec ses 202 MWc de puissance installée, le nouveau parc solaire développé par Rubis Photosol devient la deuxième installation photovoltaïque la plus puissante de France, derrière le parc de Cestas (Gironde) mais loin devant la plupart des projets récents. Inauguré en 2024, ce projet transforme plus de 250 hectares de tarmac et de terrains militaires en une véritable mer de silicium, capable de produire 202 GWh par an, soit l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 85 000 personnes.

Ce tour de force illustre parfaitement comment une friche militaire, longtemps symbole de la guerre froide et de l’aviation de chasse, peut devenir un fleuron de la transition énergétique française. L’emprise, qui a accueilli des chasseurs Mirage et même des composants de bombes nucléaires dans les années 1980, est aujourd’hui recouverte de panneaux solaires dernier cri.

Le plan « Place au Soleil » : une initiative du ministère des Armées

Cette reconversion n’est pas le fruit du hasard. En 2018, le ministère des Armées a lancé le plan national « Place au Soleil », visant à mettre à disposition jusqu’à 2 000 hectares de foncier militaire inutilisé pour le développement de l’énergie solaire. La base 110 de Creil fait partie des 32 sites sélectionnés à l’issue d’un appel à projets. L’ancienne zone aéronautique, désaffectée depuis l’arrêt des activités de vol, présentait un double avantage : de vastes surfaces planes déjà artificialisées et une pollution pyrotechnique héritée des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, rendant impossible toute reconversion classique (logements, activités économiques).

En y installant une centrale photovoltaïque, l’État et Rubis Photosol ont trouvé une solution pertinente pour redonner vie à ces terrains tout en contribuant à l’objectif national de neutralité carbone d’ici 2050. Selon le dernier rapport de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), la France doit multiplier par cinq sa capacité solaire d’ici 2030 pour atteindre les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Le parc de Creil représente donc une contribution majeure.

Un investissement de 150 millions d’euros soutenu par un consortium bancaire

Le financement de ce géant solaire est à la hauteur de son envergure : 150 millions d’euros d’investissement total, dont 130 millions levés sous forme de dette senior auprès de six banques françaises, parmi lesquelles la Caisse d’Épargne CEPAC et Bpifrance. La Banque des Territoires, via un protocole d’accord avec Rubis Photosol, a également apporté son soutien stratégique. Olivier Camau, directeur de la Banque des Territoires Hauts-de-France, souligne que cette reconversion « exemplaire » illustre le type d’opération que l’institution souhaite accompagner pour la transformation écologique.

Guillaume Thrierr, directeur financier de Rubis Photosol, insiste sur la confiance du secteur bancaire : « Ce parc solaire montre qu’un projet ambitieux comme Creil peut mobiliser des financements solides, malgré la complexité du chantier et les risques liés à la dépollution. » La viabilité économique du projet repose sur un contrat d’achat de l’électricité (PPA) de long terme, garantissant des revenus stables. Par ailleurs, Rubis Photosol a déjà fait ses preuves en développant plus de 1,5 GW de projets photovoltaïques en France et à l’international.

Une chaîne d’approvisionnement responsable et majoritairement européenne

Au-delà du financement, Rubis Photosol a mis un point d’honneur à privilégier des équipements européens et une chaîne d’approvisionnement responsable. Plus des trois quarts des investissements bénéficient à des matériaux et entreprises européens, dont plus de la moitié à des acteurs français. Les panneaux solaires, bien que souvent perçus comme l’élément le plus coûteux, ne représentent en réalité que 8 % du prix de vente d’un kWh sur la durée de vie totale de l’installation (30 ans). Le reste est absorbé par le génie civil, le câblage, les structures métalliques, la maintenance et la fiscalité.

Cette approche locale et responsable renforce la souveraineté énergétique française, un enjeu clé alors que la Chine domine encore la production mondiale de cellules photovoltaïques. En s’appuyant sur des fabricants européens et français pour les onduleurs, les transformateurs et les supports, Rubis Photosol contribue à relocaliser une partie de la filière solaire.

Les défis de la dépollution et de la préservation du patrimoine

Avant de pouvoir poser le moindre panneau, il a fallu sécuriser un terrain marqué par un siècle d’activités militaires. Le site présentait un risque élevé de présence d’engins explosifs non neutralisés (bombes, munitions, résidus) datant de la Seconde Guerre mondiale. Une campagne de dépollution pyrotechnique exhaustive a été menée, avec un déminage systématique des zones de pose. Par ailleurs, la pollution aux hydrocarbures et aux métaux lourds, héritée des décennies de maintenance aéronautique, a nécessité des traitements de sols spécifiques.

Deuxième parc solaire le plus puissant de France : l'ancienne base aérienne de Creil transformée en centrale photovoltaïque

Mais le projet a aussi veillé à préserver le patrimoine architectural et historique de la base. En concertation avec la DRAC (Direction régionale des Affaires culturelles) et les Architectes des Bâtiments de France, plusieurs vestiges ont été conservés et intégrés au paysage solaire : le dépôt d’armement, les antennes de radionavigation aérienne, l’ancienne soute à carburant, plusieurs bunkers uniques en France d’un point de vue architectural, et surtout un atelier spécialisé où étaient assemblées des pièces de bombes nucléaires pour les chasseurs basés sur le site dans les années 1980. Ces éléments rappellent l’importance stratégique de la base pendant la guerre froide.

Un chantier géotechnique d’exception

Le principal défi technique du chantier a été la diversité des sols. Entre les pistes en béton armé (tarmac), les zones de stationnement bitumées et les terrains naturels herbeux, les fondations des structures devaient être adaptées à chaque configuration. Les études géotechniques ont conduit à des solutions variées : fondations profondes par battage ou préforage sur sols naturels, ancrages mécaniques ou chimiques sur surfaces rigides, longrines en béton seulement là où le sol était trop meuble. Au total, près de 300 personnes et 11 entreprises ont travaillé en coordination étroite.

Hamza El Hassnaoui, responsable construction chez Rubis Photosol, explique : « La réussite de ce projet repose sur la coordination rigoureuse de notre équipe, garantissant une exécution fluide et une synergie optimale des différents corps de métier. » Le chantier a été organisé en tranches successives, avec des mises en service partielles au fur et à mesure de l’avancement, une méthode qui a permis de réduire les délais tout en maintenant les normes HSSE (hygiène, sécurité, santé, environnement) les plus strictes.

Un moteur de développement territorial et citoyen

Au-delà de ses aspects techniques et énergétiques, le parc solaire de Creil est un véritable levier de développement local. Pendant toute la durée d’exploitation (30 ans), les collectivités de Creil, Verneuil-en-Halatte et Apremont percevront plus de 600 000 euros par an sous forme de taxes (IFER, CFE, TFPB, etc.). Ces retombées financent directement des projets communaux : rénovation d’écoles, infrastructures sportives, équipements culturels.

Le projet a également su associer les citoyens. Plus de 3 millions d’euros ont été levés auprès de plus de 400 investisseurs particuliers, habitants de l’Oise et des départements voisins, via une offre de financement participatif. Cette dimension citoyenne renforce l’acceptabilité locale et crée un lien direct entre les riverains et la production d’énergie renouvelable. Le montant levé est l’un des plus importants pour un financement participatif solaire en France, preuve de l’engouement des Français pour les énergies vertes.

Chiffres clés du projet

  • Puissance installée : 202 MWc
  • Production annuelle : 202 GWh (équivalent consommation de 85 000 personnes)
  • Surface exploitée : 250 hectares
  • Réduction d’émissions : plus de 13 000 tonnes de CO2 évitées par an
  • Investissement : 150 millions d’euros (dont 130 millions de dette senior)
  • Financement participatif : 3 millions d’euros levés auprès de plus de 400 investisseurs
  • Emplois sur le chantier : 300 personnes, 11 entreprises
  • Durée de vie : 30 ans minimum

Alix Lajoie, présidente de Rubis Photosol, conclut : « Ce projet illustre notre capacité à concrétiser nos ambitions, entre confiance dans nos choix et dialogue permanent avec les acteurs du territoire. Aux côtés des collectivités, des services de l’État et de l’Armée durant six années, nous avons construit ensemble bien plus que le second parc solaire le plus puissant de France : une expérience fondatrice de notre trajectoire industrielle et une réussite collective aussi mémorable que fédératrice. »

Pour en savoir plus sur les enjeux du photovoltaïque en France, consultez le site de la Direction générale de l’énergie et du climat.

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