Synergie entre solaire et recharge des véhicules électriques : où en sommes-nous vraiment ?

Une accélération de l’électromobilité portée par la prise de conscience des entreprises

L’électrification du transport connaît une dynamique sans précédent en France. Selon Pascal Delgrange, directeur général de Cap’Bornes, installateur de bornes de recharge électrique, la forte hausse du prix des carburants fossiles, exacerbée par des tensions géopolitiques comme le blocage du détroit d’Ormuz, a agi comme un véritable point de bascule. Les entreprises, qui avaient déjà amorcé l’électrification de leurs flottes, accélèrent désormais massivement ce mouvement.

Les chiffres du marché confirment cette tendance. En mai 2026, les immatriculations de véhicules 100 % électriques ont bondi de 94,1 % sur un an, d’après le baromètre de l’Avere-France, association professionnelle de référence pour la mobilité électrique. Le gouvernement français vise une part de deux voitures électriques neuves sur trois d’ici 2030. À plus long terme, près de 15 millions de véhicules électriques pourraient circuler en France en 2035, représentant environ 10 % de la consommation nationale d’électricité. À l’horizon 2050, ce besoin pourrait atteindre près de 100 TWh, selon les projections du Réseau de transport d’électricité (RTE).

Parallèlement, les infrastructures de recharge se déploient rapidement. La France compte aujourd’hui près de 200 000 bornes publiques et environ deux millions de points de recharge privés. D’ici 2030, ces chiffres pourraient atteindre respectivement 400 000 et sept millions. Cette expansion ouvre un débouché économique considérable pour la filière photovoltaïque.

Une complémentarité encore émergente mais prometteuse

Sur le papier, la convergence entre production photovoltaïque et recharge des véhicules électriques semble évidente : le solaire produit de l’électricité en journée, période où les véhicules sont souvent stationnés sur les parkings d’entreprise. Pourtant, sur le terrain, cette synergie reste encore marginale. « Cela tient principalement au fait que les ombrières photovoltaïques sont des équipements récents chez nos clients. Mais les demandes se multiplient », observe Éric Gaigneux, fondateur et président de Ze-Watt, spécialiste des infrastructures de recharge pour entreprises et administrations. La société exploite aujourd’hui près de 17 000 points de charge, dont 95 % installés sur des parkings d’entreprises ou au domicile des collaborateurs.

Pour que cette complémentarité devienne une réalité opérationnelle, il faut considérer la borne de recharge comme une brique d’un système énergétique global. « Les projets sont désormais conçus dans une logique d’autoconsommation, individuelle ou collective. Une même centrale photovoltaïque peut alimenter simultanément un bâtiment, les infrastructures de recharge et injecter les surplus sur le réseau », explique Tony Cleton, ingénieur R&D chez RossiniEnergy, concepteur d’ombrières photovoltaïques en bois intégrant des bornes de recharge.

Les ombrières photovoltaïques : un atout pour les parkings

Les ombrières photovoltaïques offrent une solution doublement avantageuse : elles protègent les véhicules des intempéries tout en produisant de l’électricité. Selon Tony Cleton, une ombrière de quatre places représente environ 9 kWc, permettant de recharger un véhicule de 20 à 80 % en moins de quatre heures en recharge lente. Ce type d’installation répond parfaitement aux besoins des flottes d’entreprise dont les véhicules stationnent plusieurs heures par jour.

La recharge pilotée maximise la valeur du solaire

Pour optimiser l’utilisation de l’énergie solaire, la recharge pilotée est essentielle. Les bornes AC lentes ou semi-rapides (entre 7 et 22 kW) sont privilégiées dans ce cadre. Leur puissance est mieux adaptée au profil de production photovoltaïque et permet de programmer la recharge en fonction de la disponibilité de l’énergie solaire et des besoins des utilisateurs.

Selon les acteurs interrogés, une installation photovoltaïque bien dimensionnée peut couvrir entre 30 et 50 % des besoins énergétiques liés à la recharge des véhicules. Ce taux varie selon les profils d’usage et la taille de l’installation. Par exemple, un parking solaire de 100 kWc peut alimenter quotidiennement une dizaine de véhicules électriques en parcours domicile-travail.

À l’inverse, la recharge DC ultra-rapide, notamment sur les aires autoroutières, repose sur une logique différente. Les puissances appelées (de 50 à 300 kW, voire plus) sont difficilement compatibles avec une production photovoltaïque directe. « Recharger une batterie de 20 à 80 % en une trentaine de minutes nécessite des niveaux de puissance difficilement couverts par le solaire seul », résume Éric Gaigneux.

Le stockage par batteries pour sécuriser la recharge rapide

Pour pallier l’intermittence du solaire et répondre aux besoins de recharge rapide, le stockage par batteries devient indispensable. Alexandre Cleret, directeur des opérations et cofondateur de Decade Energy, explique que le déploiement s’effectue par étapes : « Sur de nombreux dépôts, nous installons d’abord des systèmes de stockage de 3 à 5 MW afin de sécuriser la capacité de raccordement en haute tension. Chez Enedis comme chez RTE, la logique reste celle du « premier arrivé, premier servi ». Les entreprises déploient ensuite progressivement les bornes de recharge au rythme de l’électrification de leur flotte. »

Synergie entre solaire et recharge des véhicules électriques : où en sommes-nous vraiment ?

Un exemple concret est le site de Renault Trucks Grand Paris à Gennevilliers, où Decade Energy a installé un raccordement de 250 kW, un système de stockage par batteries de 110 kW / 220 kWh et un chargeur rapide DC de 200 kW pour poids lourds électriques. La batterie stocke l’électricité lorsque les conditions sont favorables (solaire, heures creuses) et la restitue lors des besoins de recharge.

Les poids lourds : le prochain accélérateur du stockage et du solaire

Après les véhicules légers, les poids lourds constituent le principal gisement de croissance pour les acteurs du stockage et des infrastructures de recharge. Le gouvernement vise 30 000 camions électriques en circulation d’ici 2030, soutenus par des aides pouvant atteindre 100 000 euros par véhicule et par la montée en puissance de la production française de véhicules utilitaires électriques.

Les professionnels anticipent une accélération du marché des poids lourds électriques à partir de 2027, avec l’arrivée de nouveaux modèles et la baisse progressive de leur prix. Les plateformes logistiques et les entrepôts devraient concentrer des besoins importants en recharge haute puissance, favorisant le déploiement de systèmes intégrés associant photovoltaïque, batteries et bornes de recharge.

Cette approche permet non seulement de réduire la facture énergétique des entreprises, mais aussi de sécuriser la capacité de raccordement électrique dans un contexte où les demandes de puissance augmentent. Les solutions de stockage jouent un rôle clé en lissant la consommation et en évitant des investissements lourds dans le renforcement du réseau.

Perspectives : vers une intégration généralisée du solaire dans la mobilité

La synergie entre solaire et recharge des véhicules électriques est encore à ses débuts, mais les signaux sont encourageants. Les ombrières photovoltaïques se multiplient sur les parkings d’entreprise, les collectivités lancent des appels d’offres pour des installations combinées, et les technologies de pilotage intelligent progressent.

D’ici 2035, avec près de 15 millions de véhicules électriques en circulation, le besoin en électricité sera considérable. Le solaire, qui produit en journée au moment où les véhicules sont stationnés, apparaît comme une solution naturelle pour couvrir une partie de cette demande. Les politiques publiques françaises soutiennent d’ailleurs cette complémentarité à travers des dispositifs d’aide comme le programme Advenir ou les certificats d’économie d’énergie.

Cependant, des défis subsistent : le stockage reste coûteux pour les petites installations, la réglementation sur l’autoconsommation collective évolue, et l’acceptabilité des ombrières dans l’espace public doit être travaillée. Malgré tout, les acteurs du secteur sont optimistes. Comme le résume Eric Gaigneux : « Les demandes se multiplient, et nous voyons bien que le solaire et la recharge ne feront qu’un à l’avenir. »

Pour les entreprises cherchant à réduire leur empreinte carbone et leurs coûts énergétiques, l’association photovoltaïque + recharge pilotée + stockage constitue une solution d’avenir, robuste et économiquement viable.

Article rédigé avec des informations issues de pv magazine France et des entretiens avec les acteurs cités.

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