Le groupe énergétique suisse Alpiq vient de franchir une étape déterminante dans son ambitieux projet de stockage par batteries à Niedergösgen, dans le canton de Soleure. Swissgrid, le gestionnaire national du réseau de transport d’électricité, a accordé un accord de principe garantissant la capacité de raccordement au réseau haute tension. Cette validation ouvre la voie à l’une des plus grandes installations de batteries d’Europe, avec une puissance de 300 MW et une capacité de plus de 1,2 GWh, soit l’équivalent de la consommation électrique de près de 500 000 ménages pendant quatre heures.
Ce système de stockage d’énergie par batteries (BESS) sera implanté à proximité de la centrale hydroélectrique au fil de l’eau de Gösgen, un site stratégique qui bénéficie d’infrastructures existantes et d’un nœud électrique majeur. Selon Amédée Murisier, responsable du domaine Assets chez Alpiq, cette localisation permet de réduire les coûts et d’accélérer le déploiement : « Le site de Niedergösgen réunit des conditions essentielles pour un projet de cette ampleur : la proximité d’une infrastructure énergétique existante et le raccordement à un important nœud du réseau. »
La future batterie d’Alpiq fonctionnera avec des accumulateurs lithium-ion de dernière génération, capables de fournir jusqu’à quatre heures de pleine puissance. Cela correspond à une capacité énergétique de 1,2 GWh, suffisante pour stabiliser le réseau lors des pics de demande ou pour intégrer davantage d’énergies renouvelables intermittentes comme le solaire et l’éolien. Le lancement des travaux est prévu en 2027, avec une mise en service commerciale en 2029. Le projet représente un investissement estimé à plusieurs centaines de millions de francs suisses, bien qu’Alpiq n’ait pas encore communiqué le montant exact.
Ce BESS s’inscrit dans la stratégie énergétique 2050 de la Confédération, qui vise à sortir du nucléaire et à développer massivement les renouvelables. La Suisse, avec ses barrages hydroélectriques, dispose déjà d’une capacité de stockage importante, mais les batteries apportent une flexibilité supplémentaire indispensable pour équilibrer un réseau de plus en plus décentralisé. Selon Swissgrid, les systèmes de stockage par batteries joueront un rôle clé dans la sécurité d’approvisionnement du pays, notamment pour les réserves primaire et secondaire.
L’accord de principe de Swissgrid ne constitue pas un permis de construire définitif, mais il garantit à Alpiq qu’une capacité de raccordement suffisante sera réservée sur le réseau de transport. Cette étape est souvent la plus délicate pour les grands projets de stockage, car le réseau doit pouvoir absorber des flux de puissance très élevés en charge et en décharge. Swissgrid a rappelé que ce type d’installation contribue à la stabilité du réseau en offrant des services de régulation rapide, essentiels pour compenser les variations de production solaire et éolienne.
Le gestionnaire de réseau souligne également l’importance de coordonner ces projets avec les besoins futurs du système électrique suisse, qui devra intégrer une part croissante d’électricité renouvelable. La batterie de Niedergösgen pourra par exemple stocker l’excédent de production photovoltaïque en été et le restituer en soirée, réduisant ainsi le recours aux centrales thermiques d’appoint.

Alpiq ne compte pas s’arrêter là. Le groupe dispose désormais d’un portefeuille de projets BESS totalisant plus de 1 GW sur plusieurs marchés européens. Environ un tiers de cette capacité est déjà opérationnel (130 MW) ou en cours de construction (230 MW). Parmi les réalisations récentes, on peut citer une batterie de 50 MW en Allemagne et un projet de 100 MW en Italie. La société vise à porter son portefeuille à plusieurs gigawatts d’ici 2030, en s’appuyant sur son expertise dans les actifs flexibles.
Outre les batteries, Alpiq détient des participations majeures dans l’hydroélectricité suisse, notamment le barrage de Grande Dixence et les centrales de pompage-turbinage de Nant de Drance et FMHL. Le groupe développe également un projet de pompage-turbinage en Espagne. Cette diversification permet à Alpiq de proposer une gamme complète de services de stockage, depuis les batteries rapides jusqu’au stockage hydroélectrique de longue durée.
Avec ce projet, la Suisse se dote de l’une des plus grandes batteries du continent, comparable à des installations comme celle de Hornsdale en Australie ou les méga-batteries britanniques de 300 MW+ en construction. Pour la transition énergétique helvétique, le BESS de Niedergösgen représente un atout majeur : il permettra de mieux exploiter l’énergie solaire, dont la production a doublé en Suisse ces trois dernières années, et de réduire la dépendance aux importations d’électricité en hiver.
Les experts du secteur estiment que la Suisse aura besoin d’au moins 2 GW de capacité de batteries d’ici 2035 pour atteindre ses objectifs climatiques. Avec ce projet, Alpiq démontre que le stockage à grande échelle est techniquement et économiquement viable, grâce à la baisse continue des coûts des batteries lithium-ion. Le feu vert de Swissgrid est donc bien plus qu’une simple autorisation : c’est un signal fort pour l’ensemble de la filière énergétique suisse et européenne.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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