Le producteur indépendant d’énergies renouvelables CVE, basé à Marseille, a inauguré un démonstrateur agrivoltaïque unique en son genre : Fructus Aqua Solar. Installé sur un verger de poiriers à la station expérimentale de La Pugère, à Mallemort dans les Bouches-du-Rhône, ce projet de 50 kWc vise à produire des données scientifiques de référence sur l’interaction entre panneaux photovoltaïques semi-transparents et cultures arboricoles. L’objectif est de développer des solutions adaptées aux défis climatiques du Sud de la France, notamment pour les fruits à pépins comme la poire.
Ce programme de trois ans, mené en partenariat avec La Pugère et suivi scientifiquement par INRAE, s’inscrit dans une démarche d’agrivoltaïsme de nouvelle génération. Il ne s’agit plus seulement de produire de l’électricité sous des panneaux, mais de créer un microclimat favorable aux arbres fruitiers tout en générant une énergie décarbonée locale. Le démonstrateur doit apporter des réponses concrètes aux arboriculteurs confrontés à des épisodes de chaleur intense, de sécheresse prolongée ou de gel tardif.
Dans le Sud de la France, les arboriculteurs subissent de plein fouet les effets du changement climatique. Les températures estivales record, les rayonnements UV excessifs et le manque d’eau impactent directement la floraison, le développement des fruits et leur qualité. Les poiriers, emblématiques de la région, sont particulièrement vulnérables. C’est pourquoi CVE et ses partenaires ont conçu Fructus Aqua Solar dès 2021 autour d’une question simple : un ombrage photovoltaïque peut-il atténuer ces stress sans dégrader les rendements ?
Le choix du poirier n’est pas anodin. Cette culture, représentative du terroir provençal, nécessite des conditions spécifiques pour produire des fruits de qualité. L’ombrage apporté par des panneaux semi-transparents pourrait réduire l’évapotranspiration, limiter les brûlures sur les fruits et créer un microclimat plus stable. Les premières hypothèses, étayées par des travaux de recherche menés par INRAE sur l’agrivoltaïsme, laissent espérer une meilleure résilience des vergers face aux aléas climatiques.
Le démonstrateur couvre une parcelle de 1 459 m², dont 840 m² effectivement sous panneaux, répartis sur six rangées de poiriers. Les ombrières fixes, installées à une hauteur de 4,5 mètres, sont équipées de modules photovoltaïques semi-transparents offrant une transparence de 33 %. L’orientation sud-est a été choisie pour optimiser la captation solaire tout en filtrant le rayonnement direct aux heures les plus chaudes.
CVE a délibérément opté pour une structure en acier fixe, sans tracker ni motorisation. Ce choix technique privilégie la robustesse, la simplicité d’exploitation et une maintenance réduite. Une fois installée, la solution ne nécessite aucun pilotage quotidien de la part de l’agriculteur : elle fonctionne de manière autonome. L’espacement de 4 à 4,5 mètres entre les rangées permet le passage des engins agricoles et la taille des arbres, garantissant une compatibilité totale avec les pratiques culturales traditionnelles.
Le volet scientifique est central dans Fructus Aqua Solar. Pendant trois ans, de 2026 à 2028, les équipes de La Pugère et d’INRAE suivront plusieurs indicateurs clés : l’écophysiologie des arbres (photosynthèse, transpiration), les besoins en eau (via des sondes capacitives), la productivité du verger (rendement et qualité des fruits) et la protection face aux aléas climatiques (gel, canicule, excès d’ensoleillement).
Un dispositif de thèse CIFRE, démarré en avril 2026 et s’achevant en avril 2029, permettra d’approfondir la compréhension des mécanismes en jeu. Une zone témoin, sans panneaux, servira de référence pour comparer les résultats. L’objectif est de consolider un retour d’expérience technico-économique, agronomique et scientifique robuste pour évaluer les conditions de déploiement de l’agrivoltaïsme sur les vergers de fruits à pépins à grande échelle.
Les retombées potentielles de ce démonstrateur sont multiples :

Pour les agriculteurs, ce modèle constitue aussi un levier économique : perception d’un revenu foncier complémentaire via la location de l’espace aérien, et accès à un fonds de développement agricole pour financer des équipements modernes (irrigation de précision, filets, etc.). CVE insiste sur la préservation de la vocation agricole des sols : les panneaux sont installés en hauteur, sans emprise au sol significative.
L’une des forces de Fructus Aqua Solar est sa rapidité d’exécution : la réalisation complète du démonstrateur n’a nécessité qu’un mois. Cette agilité démontre que des solutions agrivoltaïques simples et robustes peuvent être déployées rapidement chez les arboriculteurs intéressés.
Comme l’explique Vicky Sallier Viguet, responsable innovation et prospective chez CVE : « Avec Fructus Aqua Solar, nous voulons passer de l’intuition à la donnée scientifique pour démontrer ce que l’agrivoltaïsme peut réellement apporter aux vergers. Ce démonstrateur doit nous permettre de préparer des solutions simples, robustes et reproductibles pour les arboriculteurs. »
À terme, ce projet doit contribuer à structurer une filière agrivoltaïque adaptée aux cultures arboricoles, en s’appuyant sur des données fiables et open science. Il s’inscrit dans les objectifs nationaux de développement des énergies renouvelables tout en répondant aux besoins d’adaptation au changement climatique de l’agriculture méditerranéenne. D’autres essais sur d’autres espèces fruitières (pommes, cerises) pourraient suivre, en fonction des résultats obtenus sur les poiriers.
Pour en savoir plus sur les travaux d’INRAE dans le domaine, vous pouvez consulter cette page dédiée à l’agrivoltaïsme. Le site de CVE présente également d’autres initiatives innovantes dans le secteur photovoltaïque.
Le démonstrateur Fructus Aqua Solar est donc bien plus qu’une installation technique : c’est un outil de recherche appliquée au service d’une agriculture durable et résiliente, où la production d’énergie solaire devient un allié des vergers plutôt qu’un concurrent.
Les premières récoltes sous panneaux sont attendues dès 2026, avec des résultats préliminaires qui pourraient ouvrir la voie à un déploiement massif de l’agrivoltaïsme arboricole dans les régions méditerranéennes françaises et au-delà.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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