Géothermie à Parly 2 : la plus grande copropriété d’Europe réduit sa consommation de gaz de 70 %

Symbole de modernité dans les années 1960, la copropriété Parly 2, située au Chesnay-Rocquencourt dans les Yvelines, vient de franchir un cap historique. Après dix ans de préparation, elle a mis en service une centrale géothermique capable de couvrir l’équivalent de la consommation de 10 000 habitants, soit environ 70 % des besoins en chauffage et en eau chaude sanitaire de ses 7 500 logements. Ce projet, le plus important du genre mené par une copropriété privée en Europe, marque une rupture nette avec la dépendance au gaz fossile.

Un réseau de chaleur unique en son genre

L’infrastructure géothermique de Parly 2 ne se limite pas aux seuls immeubles résidentiels. La ville du Chesnay-Rocquencourt, partenaire du projet, achète de l’énergie thermique à la copropriété pour alimenter des bâtiments publics emblématiques : l’hôtel de ville, la piscine municipale, l’hôpital Mignot et plusieurs écoles. Au total, ce sont près de 20 km de réseau de chaleur entièrement privé qui distribuent la chaleur produite par deux puits forés à 1 500 mètres de profondeur.

Le principe est simple : un premier puits dit « de production » pompe l’eau chaude du Dogger, une nappe aquifère située entre 1 500 et 2 000 mètres de profondeur, dont la température atteint environ 70 °C. Un second puits, dit « de réinjection », restitue l’eau refroidie à la même nappe, garantissant un cycle durable et sans prélèvement net. Cette technologie éprouvée assure une production annuelle de 71 GWh de chaleur, soit l’équivalent des besoins d’une ville de 10 000 habitants.

Le complément (environ 30 % de la consommation annuelle) est encore assuré par une chaufferie à gaz fossile, mais l’objectif à moyen terme est de réduire encore cette part, notamment par l’isolation des bâtiments et l’optimisation des réseaux. Selon le syndicat de la copropriété, le confort thermique des résidents reste identique, tandis que les charges devraient se stabiliser, voire diminuer à long terme, grâce à la maîtrise des coûts de l’énergie géothermique.

Un investissement massif mais rentable

Le projet a nécessité un investissement de 35 millions d’euros, financé par la copropriété, des subventions de l’ADEME et des aides régionales. Ce montant inclut le forage, les équipements de pompage, les échangeurs thermiques et la rénovation partielle du réseau de chaleur existant. En retour, la centrale évitera l’émission de 18 500 tonnes de CO₂ par an, soit l’équivalent de la consommation énergétique de près de 4 000 foyers français.

Ce type de projet s’inscrit dans la stratégie nationale de décarbonation du chauffage, qui vise à multiplier par cinq la production de chaleur renouvelable d’ici 2030. La géothermie profonde, bien que nécessitant des investissements initiaux élevés, présente un coût de fonctionnement très bas et une durée de vie de plusieurs décennies. De plus, elle valorise le patrimoine immobilier en améliorant le diagnostic de performance énergétique (DPE) des logements, un atout majeur pour la revente ou la location.

Comment fonctionne la géothermie profonde en Île-de-France ?

Le bassin parisien est particulièrement favorable à la géothermie profonde grâce à la présence du Dogger, une nappe d’eau chaude exploitée depuis les années 1970. Aujourd’hui, une quarantaine de réseaux de chaleur géothermiques sont en service en région parisienne, principalement dans des collectivités ou des bailleurs sociaux. Mais Parly 2 est le premier projet d’une telle ampleur porté par une copropriété privée, ce qui en fait un cas d’école pour d’autres grandes résidences.

La clé du succès réside dans la mutualisation des coûts et des risques. Contrairement à un particulier qui installerait une pompe à chaleur individuelle, une copropriété de 7 500 logements peut amortir un forage profond sur un grand nombre d’abonnés. De plus, la maintenance est centralisée, ce qui permet une optimisation des rendements. Pour en savoir plus sur le potentiel de la géothermie en Île-de-France, consultez l’étude GéoScan du BRGM : Géothermie profonde en Île-de-France : son potentiel déterminé grâce à GéoScan.

Géothermie à Parly 2 : la plus grande copropriété d'Europe réduit sa consommation de gaz de 70 %

Les bénéfices environnementaux et économiques

Au-delà de la réduction des émissions de CO₂, la géothermie évite les polluants atmosphériques liés à la combustion du gaz (oxydes d’azote, particules fines). Elle participe également à la sécurité énergétique en diminuant la dépendance aux importations de gaz russe ou norvégien. En période de flambée des prix, la stabilité des coûts de la géothermie constitue un bouclier tarifaire pour les copropriétaires.

L’exemple de Parly 2 montre aussi l’importance du partenariat public-privé. La ville du Chesnay-Rocquencourt a soutenu le projet en signant un contrat d’achat de chaleur sur 25 ans, offrant ainsi une visibilité financière aux investisseurs. Ce modèle pourrait être reproduit dans d’autres grandes copropriétés franciliennes, notamment celles construites dans les années 1960-1970, souvent équipées de réseaux de chaleur anciens mais compatibles avec une conversion géothermique.

Une initiative qui inspire d’autres territoires

Le projet de Parly 2 a été salué par les acteurs de la transition énergétique comme un exemple réussi de décarbonation à grande échelle. Il démontre qu’il est possible de sortir du gaz fossile sans attendre des solutions miracles, en utilisant des technologies matures et des financements intelligents. D’autres copropriétés – comme La Défense ou les grands ensembles de banlieue – pourraient s’en inspirer.

Pour approfondir le sujet, l’ADEME propose des guides pratiques sur la mise en place de réseaux de chaleur géothermiques : ADEME – Géothermie. Par ailleurs, un article de Révolution Énergétique détaille les alternatives à la géothermie profonde, comme les pompes à chaleur sur aquifère superficiel : Exploiter la géothermie sans creuser ? Voilà comment c’est possible.

En conclusion, la centrale géothermique de Parly 2 est bien plus qu’un simple équipement technique : c’est un signal fort envoyé aux copropriétés et aux collectivités. Avec 18 500 tonnes de CO₂ évitées chaque année et une réduction de 70 % de la consommation de gaz, ce projet prouve que la transition énergétique est possible, même à l’échelle d’une ville dans une seule copropriété. Il reste maintenant à convaincre d’autres acteurs de suivre cette voie, pour que la géothermie devienne une solution standard du chauffage urbain en Île-de-France.

Article mis à jour en février 2025.

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