Un an après le blackout du 28 avril 2025, le système électrique espagnol a subi des transformations profondes. La panne, qui a plongé une grande partie du pays dans l’obscurité, a révélé des vulnérabilités structurelles liées à la forte pénétration des énergies renouvelables. Parmi les conséquences les plus marquantes, la capacité installée de stockage par batteries (BESS) a bondi de 589 % entre avril 2025 et avril 2026. Cet article analyse les causes de l’incident, les mesures mises en œuvre et les défis qui persistent.

Les causes structurelles du blackout d’avril 2025

Selon les rapports de Red Eléctrica et d’ENTSO-E, l’événement a débuté par la perte soudaine d’environ 15 GW de production en quelques secondes, provoquant une défaillance en cascade. Plusieurs facteurs ont contribué à cette situation :

  • Une capacité insuffisante de contrôle de la tension, due à la moindre présence de production synchrone (centrale thermique, nucléaire, hydroélectricité).
  • Un déploiement très limité du stockage d’énergie (seulement 28 MW de batteries installées en avril 2025), réduisant les capacités de réponse rapide.
  • Un faible niveau d’interconnexion avec les réseaux voisins, limitant le soutien externe en cas de perturbation.

Les experts concluent à une défaillance systémique plutôt qu’à une cause unique. Cette prise de conscience a guidé les réformes ultérieures.

Un essor remarquable du stockage par batteries

Croissance des projets BESS et de l’autoconsommation

La capacité installée de batteries en Espagne est passée de 28 MW en avril 2025 à 193 MW en avril 2026, soit une progression de 589 % sur un an. Parallèlement, le portefeuille de projets BESS en cours de traitement a augmenté de 464 % sur la même période, d’après Red Eléctrica.

Le stockage résidentiel a également connu une forte hausse : la capacité est passée de 155 MWh à 339 MWh en 2025, soit +119 %, selon APPA Renovables. Les installations dans les secteurs commercial et industriel ont bondi de 95 %.

Pour autant, l’Espagne reste en queue de peloton en Europe, loin derrière l’Allemagne, l’Italie ou le Royaume-Uni, qui comptent chacun plusieurs gigawatts installés.

Évolutions réglementaires et infrastructure

Nouveaux mécanismes de contrôle et transparence

La panne a accéléré l’amélioration des dispositifs de surveillance. De nouveaux protocoles imposent désormais un partage de données en temps réel entre tous les acteurs du système électrique. Les pouvoirs de supervision de la Commission nationale des marchés et de la concurrence (CNMC) ont été renforcés, et les procédures d’exploitation permettent désormais aux centrales renouvelables de moduler leur production de manière contrôlée.

Les producteurs d’énergies renouvelables peuvent désormais contribuer au contrôle de la tension grâce à des capacités de type « grid-forming », une avancée technologique défendue de longue date par le secteur.

Plan d’investissement pour 2025‑2030

Le ministère de la Transition écologique et du Défi démographique (MITECO) a présenté, peu après la panne, sa proposition de planification du réseau de transport d’électricité pour 2025‑2030. Ce plan prévoit environ 13,6 milliards d’euros d’investissements pour intégrer les énergies renouvelables, renforcer les interconnexions et soutenir l’électrification de l’industrie, avec l’objectif d’atteindre 81 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030.

Un décret royal approuvé en novembre 2025 facilite le raccordement de nouvelles activités économiques au réseau, avec une durée de validité de cinq ans pour les droits d’accès afin de limiter la spéculation. Les délais de réponse pour les extensions des réseaux de distribution sont également réduits.

Défis persistants : dépendance aux fossiles et saturation du réseau

Malgré les progrès des renouvelables, plus de 70 % de la consommation totale d’énergie en Espagne dépend encore des combustibles fossiles. Selon la Fondation des énergies renouvelables, les importations de gaz et de pétrole ont coûté plus de 51 milliards d’euros l’an dernier. Réduire cette dépendance et accélérer l’électrification des transports, de l’industrie et du chauffage reste une priorité.

Par ailleurs, les contraintes du réseau persistent. En 2025, 3,11 % de l’électricité renouvelable n’a pas pu être injectée, avec des pics dépassant 10 % en juillet. Au total, 5 414 GWh ont été écrêtés, et l’Espagne a enregistré un record d’heures de prix négatifs de l’électricité (397 heures au premier trimestre).

Conséquences négatives : hausse des émissions et des coûts

Une conséquence indirecte de la panne a été une dépendance accrue à la production à partir de gaz pour stabiliser le réseau. Red Eléctrica a activé des centrales à cycle combiné, entraînant une hausse de 50 % de la production électrique à base de gaz entre mai et décembre 2025. Les émissions de CO₂ du secteur électrique ont ainsi augmenté de 9 % sur un an, soit 2,44 millions de tonnes supplémentaires, selon l’Observatoire de la durabilité.

Les coûts d’exploitation du système ont atteint 1,8 milliard d’euros depuis le début de l’année, et les coûts des services auxiliaires sont passés de 0,017 €/kWh en février 2025 à 0,029 €/kWh en février 2026. Cependant, ces coûts semblent s’apaiser à mesure que davantage de producteurs renouvelables fournissent des services de contrôle de la tension.

La panne a également mis en lumière le faible niveau d’interconnexion de l’Espagne avec le reste de l’Europe : seulement environ 4 % de la capacité de production installée. Des progrès sont en cours : la construction de l’interconnexion sous-marine dans le golfe de Gascogne avec la France a débuté en 2025, et un protocole d’accord avec l’Irlande pour une nouvelle liaison sous-marine a été signé.

Enquêtes et sanctions en cours

La CNMC a engagé des procédures administratives après près d’un an d’enquête. Le 17 avril, elle a lancé 20 procédures de sanction : une pour infraction très grave visant Red Eléctrica et 19 pour infractions graves concernant des actifs d’Endesa, Iberdrola, Naturgy, Repsol et Bahía de Bizkaia Electricidad. L’enquête a depuis été élargie à 35 dossiers supplémentaires. La CNMC dispose d’un délai pouvant aller jusqu’à 18 mois pour conclure et, le cas échéant, prononcer des sanctions.

En somme, le blackout de 2025 a agi comme un électrochoc pour le système électrique espagnol, acc

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