Le paysage énergétique suisse est en pleine mutation. Après des années d’expansion vigoureuse, le marché photovoltaïque national anticipe un ralentissement pour 2025, marquant un tournant stratégique. Ce recalibrage n’est pas un signe de déclin, mais le reflet d’une maturation du secteur, qui se réoriente vers l’intégration au réseau, le stockage et la gestion intelligente de l’énergie. Cette évolution est cruciale pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050 de la Confédération.

Un marché photovoltaïque en phase de consolidation

L’association professionnelle Swissolar a annoncé, lors de son congrès annuel à Berne, une baisse attendue d’environ 15% des nouvelles installations solaires pour 2025. Cette correction fait suite à un pic historique en 2023 (1 798 MW installés) et une performance solide en 2024 (1 526 MW). Le principal facteur explicatif est la normalisation des prix de l’électricité après la flambée de 2022, qui avait fortement stimulé la demande des ménages.

Malgré ce ralentissement à court terme, l’optimisme reste de mise. Un baromètre sectoriel révèle que la majorité des entreprises prévoient une augmentation de leur chiffre d’affaires et de leurs marges dès 2026, avec des projets d’embauche. Les carnets de commandes se stabilisent, indiquant une phase de consolidation plutôt qu’une crise.

Le stockage résidentiel, moteur de la nouvelle croissance

La véritable dynamique se situe désormais dans les solutions complémentaires au simple panneau solaire. Le secteur évolue vers une électrification globale des bâtiments, intégrant production, stockage, gestion de l’énergie et recharge pour véhicules électriques.

Le stockage « behind the meter » (derrière le compteur) connaît une croissance explosive. En 2024, la capacité totale des batteries résidentielles en Suisse a atteint 2 461 MWh, avec 1 010 MWh nouvellement installés, soit une progression de 82% en un an. Cette autonomie accrue des bâtiments est un atout majeur pour le réseau électrique national. Comme l’explique l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), une gestion intelligente couplant solaire et stockage pourrait réduire les coûts d’extension du réseau de 20% à 60%.

La part du solaire dans le mix électrique suisse

La contribution de l’énergie solaire ne cesse d’augmenter. Swissolar prévoit qu’elle représentera 17% de la consommation nette d’électricité du pays en 2026, soit près de la moitié de la production du parc nucléaire historique. Cette montée en puissance, couplée à la volatilité croissante des prix sur le marché (environ 300 heures à prix négatifs en 2025 contre moins de 100 en 2023), rend la flexibilité indispensable.

Un nouveau cadre réglementaire pour sécuriser les investissements

Pour accompagner cette transition, la Suisse a adapté sa législation. Le deuxième paquet de la loi sur l’électricité, entré en vigueur le 1er janvier 2026, instaure une rémunération minimale garantie pour l’électricité injectée par les petites installations (≤ 150 kW). Ce tarif, calculé trimestriellement par l’OFEN sur la base des prix du marché, offre une visibilité aux propriétaires.

Ce mécanisme est appelé à évoluer. Dès le 1er janvier 2027, il pourrait basculer vers une rémunération basée sur les prix horaires du marché, connus la veille. Cette réforme vise à inciter fortement à l’autoconsommation et au report de l’injection via le stockage, alignant les intérêts des producteurs sur les besoins du réseau.

Flexibilité et équilibre du réseau : le projet pv4balancing

L’intégration massive du solaire pose des défis techniques pour la stabilité du réseau. Le gestionnaire du réseau de transport, Swissgrid, doit déjà mobiliser d’importantes réserves pour maintenir la fréquence, notamment lors des journées très ensoleillées en hiver.

Pour transformer ce défi en opportunité, le projet innovant « PV4balancing » a été lancé. Il permet aux exploitants d’installations photovoltaïques de se rémunérer en offrant leur flexibilité au réseau. En acceptant de réduire temporairement leur production (« production négative ») sur demande, ils contribuent à l’équilibre et perçoivent une rémunération fixe. Une première phase a préqualifié 75 installations pour une capacité de 60 MWc, et une seconde campagne est ouverte, signe que le solaire devient un acteur actif de la sécurité d’approvisionnement.

Le secteur photovoltaïque suisse entre ainsi dans une ère de sophistication. La croissance future ne sera plus seulement quantitative, mais qualitative, portée par la valeur ajoutée du stockage, de la gestion intelligente et des services au réseau.

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