Une réforme discrète mais potentiellement lourde de conséquences agite le secteur de l’énergie en France. Un projet de décret, porté par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), vise à interdire l’ajustement ex-post (après coup) de la répartition de l’électricité dans les opérations d’autoconsommation collective (ACC). Présentée comme un rempart contre l’arbitrage sur les marchés de l’énergie, cette mesure est vivement contestée par une filière unie qui dénonce une approche disproportionnée, risquant de fragiliser la majorité des projets vertueux et d’entraver l’innovation.
L’autoconsommation collective permet à plusieurs consommateurs de partager localement l’électricité produite par une ou plusieurs installations de production, comme des panneaux solaires. Le cœur du système réside dans la « clé de répartition », qui définit comment l’énergie est attribuée entre les participants.
Le projet de décret entend imposer des clés strictement fixes ex-ante, rendant impossible tout ajustement dynamique basé sur le réel, une pratique pourtant essentielle à l’efficacité de nombreux projets.
Si l’objectif affiché de lutter contre les arbitrages de marché opportunistes fait consensus, la rédaction du texte est perçue comme un coup de massue. Selon Enerplan et le Syndicat des Énergies Renouvelables (SER), elle va bien au-delà de la cible initiale.
Un point cristallise l’incompréhension de la profession : l’absence de données chiffrées sur les pratiques frauduleuses que la réforme prétend combattre. La DGEC et l’ANODE (Association nationale des opérateurs détaillants en énergie) n’ont, à ce jour, pas fourni de preuves quantifiées sur le nombre d’opérations concernées par des arbitrages « omniscients ». Pour Pierre-Étienne Meunier de Coturnix, « Ils ont été incapables de nous dire en quoi [les comportements problématiques] consistaient ni combien de PMO seraient concernées. »
Cette réforme s’appliquerait ainsi à l’ensemble de la filière pour régler un problème dont l’ampleur réelle n’est pas documentée, alors que seules 30% des ACC utilisent des clés ex-post dynamiques.
La réforme soulève également un épineux problème technique et juridique. Si la Personne Morale Organisatrice (PMO) ne peut plus ajuster les clés en fonction de la réalité terrain, qui gérera les écarts entre prévision et production ? Le texte semble implicitement reporter cette responsabilité sur le gestionnaire de réseau, Enedis.
Cette perspective inquiète. Impliquer un gestionnaire de réseau dans l’arbitrage de flux relevant de contrats commerciaux privés créerait une complexité administrative majeure et pourrait ralentir le développement de l’ACC. « Juridiquement, est-ce que c’est le rôle du gestionnaire de rentrer dans les contrats ? » s’interroge David Gréau, secrétaire général d’Enerplan.
Face à une interdiction pure et simple, les acteurs de l’autoconsommation collective plaident pour une approche plus nuancée. Plutôt qu’un texte « disproportionné » qui pénalise tous les projets, la solution résiderait dans une plus grande transparence et un ciblage chirurgical des abus.
L’idée est de mettre en place des garde-fous et des obligations de reporting pour identifier et sanctionner spécifiquement les pratiques d’arbitrage de marché, sans remettre en cause la gouvernance locale et la flexibilité technique qui font le succès de l’ACC. Cette voie permettrait de moraliser le marché sans étouffer l’innovation et les modèles vertueux dont la transition énergétique a besoin.
Alors que les discussions se poursuivent, l’enjeu est de taille : trouver un équilibre entre la nécessaire intégrité du marché et le maintien d’un cadre favorable au développement décentralisé et citoyen de l’énergie.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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