Le Comité économique et social européen (CESE) place désormais les batteries sodium-ion au cœur de la stratégie industrielle de l’Union européenne. Considérée comme une technologie stratégique majeure, cette alternative aux batteries lithium-ion promet de renforcer la souveraineté énergétique et industrielle du continent. Cet article fait le point sur les enjeux, le financement et dresse un panorama complet des fabricants européens positionnés sur cette technologie d’avenir.
L’UE entend faire des batteries sodium-ion un pilier de son avantage compétitif. Séamus Boland, président du CESE, a insisté sur l’urgence d’agir : « Les batteries au sodium (…) sont essentielles à l’avantage compétitif de l’UE, et il est urgent que le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) le reconnaisse ». Le prochain budget européen (2028-2034) devra ainsi prévoir des financements dédiés pour soutenir la recherche, l’innovation et le déploiement industriel de cette filière.
Cette technologie est perçue comme une alternative moins coûteuse et plus durable. Elle repose sur du sodium, un élément abondant et largement disponible en Europe, ce qui réduit la dépendance aux chaînes d’approvisionnement critiques pour le lithium, le cobalt ou le nickel. Le CESE plaide pour une mise à jour de la politique européenne des batteries, incluant une « trajectoire industrielle » commune pour les technologies au lithium et au sodium, soutenue par des investissements publics et des partenariats public-privé.
Les batteries sodium-ion (Na-ion ou SIB) présentent plusieurs avantages déterminants. Selon un rapport de l’International Renewable Energy Agency (IRENA), elles pourraient permettre des économies significatives, notamment pour le stockage stationnaire à grande échelle et certains segments de véhicules électriques. Leur coût pourrait descendre jusqu’à 40 dollars (environ 37 €) par kWh à l’échelle industrielle, les rendant très compétitives.
Elles offrent également une meilleure sécurité (moins de risques d’incendie), de bonnes performances à basse température et une durée de vie cyclique adaptée à de nombreuses applications. Face au leadership chinois, qui a investi massivement dans la recherche, l’Europe doit accélérer. « Nous devons capitaliser sur nos atouts existants et veiller à ce que l’innovation se traduise en production industrielle », souligne Fabrice Stassin, secrétaire général de la European Battery Alliance Association (BEPA).
Le European Energy Committee (EEC) poursuit ses travaux et prévoit une étude dédiée pour ancrer durablement les batteries sodium-ion à l’agenda industriel européen. L’objectif est clair : transformer l’innovation en capacités de production industrielle compétitives à l’échelle mondiale.
Plusieurs entreprises européennes sont déjà en phase de développement avancé ou de pré-production. Voici les acteurs principaux qui façonnent cette nouvelle filière industrielle.
Spécialiste des cellules haute puissance avec recharge ultra-rapide (5 minutes), Tiamat a lancé fin 2023 une ligne de production d’une capacité de 0,7 GWh. Elle vise des applications dans l’électronique portable et la mobilité.
Altris produit des cellules commerciales aux performances comparables aux batteries Lithium Fer Phosphate (LFP). L’entreprise collabore avec la société chimique Draslovka pour augmenter sa capacité de production en République tchèque.
Pionnier mondial des solutions sodium-ion pour le transport et le stockage stationnaire, Faradion a été racheté par le groupe indien Reliance Industries. Son savoir-faire et ses brevets restent un atout majeur pour le développement de la technologie.
Cette start-up espagnole prévoit la commercialisation de ses premières batteries sodium-ion d’ici 2026, en ciblant principalement le marché du stockage stationnaire d’énergie renouvelable.
Phenogy est récemment sorti de sa phase de discrétion en installant en Allemagne ce qui serait le plus grand système de stockage au sodium en Europe, d’une capacité d’environ 1 MWh.
AMTE Power se concentrait sur des cellules sodium haute performance pour des applications de niche. Début 2024, ses actifs ont été cédés à l’entreprise néerlandaise LionVolt, qui développe des batteries 3D à semi-conducteurs. Parallèlement, LiNa Energy poursuit le développement d’une technologie alternative de batteries sodium à électrolyte solide.
La dynamique est enclenchée en Europe. Avec un soutien politique affirmé, des financements à venir et un écosystème industriel en pleine structuration, la filière sodium-ion a le potentiel pour devenir un pilier de la transition énergétique et de la réindustrialisation du continent. Pour suivre l’actualité des technologies de stockage, vous pouvez consulter les analyses de pv magazine.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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