Agrivoltaïsme en Italie : Stratégie, Financement et Défis d’un Modèle Innovant

L’Italie s’est positionnée comme un acteur majeur de l’agrivoltaïsme en Europe, en y consacrant un budget historique. Avec une enveloppe de 1,7 milliard d’euros, le pays a lancé un programme d’incitations spécifique pour les projets dits « avancés », visant à concilier production d’énergie solaire et activité agricole grâce à des solutions intégrées innovantes. Ce financement, issu du Plan national de relance et de résilience (PNRR), témoigne d’une ambition stratégique, mais sa mise en œuvre révèle aussi les défis techniques et logistiques de ce modèle prometteur.

Un cadre de soutien unique en europe

Contrairement à des pays comme la France ou l’Allemagne qui intègrent l’agrivoltaïsme dans leurs appels d’offres solaires classiques, l’Italie a choisi de créer un dispositif dédié. Piloté par le ministère de l’Environnement et de la Sécurité énergétique (MASE), ce programme cible spécifiquement les installations agrivoltaïques innovantes. La justification ? Un relief souvent montagneux qui limite l’accès au foncier et la conviction que cette technologie duale mérite un traitement et des investissements particuliers.

Le soutien public est substantiel : les projets lauréats peuvent bénéficier d’une subvention couvrant jusqu’à 40% des coûts éligibles, couplée à un tarif d’achat garanti pour l’électricité produite. Ce niveau d’aide, inédit à l’échelle mondiale, vise à compenser les coûts d’investissement (Capex) et d’exploitation (Opex) plus élevés que ceux des centrales solaires au sol conventionnelles.

Premiers résultats et engouement des acteurs

Le premier appel d’offres a rencontré un succès significatif, avec 747 projets sélectionnés pour une capacité totale de près de 2 GW. L’équilibre entre petits et grands projets est notable : 384 installations de moins de 1 MW (totalisant 253 MW) et 363 de plus de 1 MW (pour 1,76 GW).

Pour Italia Solare, l’association photovoltaïque italienne, ce taux de participation élevé, surtout dans la catégorie des petites puissances, démontre un intérêt réel du marché. Marco Balzano, coordinateur du groupe de travail agrivoltaïque de l’association, y voit le signe d’une « croissance rapide » possible, à condition que le cadre réglementaire reste clair et stable.

Des défis logistiques et techniques pointés du doigt

Derrière ces chiffres prometteurs, des difficultés concrètes de mise en œuvre sont rapidement apparues. Le calendrier très serré imposé par le PNRR, avec une échéance de réalisation fixée à fin juin 2026, s’est révélé problématique. Il génère des tensions sur la chaîne d’approvisionnement en composants et sur la disponibilité d’installateurs (EPC) qualifiés.

Ces contraintes ont poussé certains promoteurs, comme la société European Energy, à retirer des projets majeurs. Alessandro Migliorini, directeur Italie de l’entreprise, explique que des délais plus flexibles, comme ceux offerts par d’autres programmes de soutien (FER X), sont parfois préférables pour garantir la faisabilité, malgré des incitations financières attractives.

Viabilité économique et perspectives d’avenir

Les tarifs d’achat garantis obtenus lors de l’appel d’offres se sont situés entre 55 et 80 €/MWh, pour un plafond fixé à 90 €/MWh. Combinés à la subvention à l’investissement, ils offrent une base économique solide. Cependant, l’absence de protection contre les prix négatifs de l’électricité ou les limitations d’injection sur le réseau augmente l’incertitude pour les opérateurs.

Malgré ces écueils, les perspectives restent positives. Les experts voient dans ce programme italien un laboratoire à grande échelle. Les projets, comme ceux visant à replanter des oliveraies décimées par la xylella dans les Pouilles en les couplant à des panneaux solaires, pourraient créer des modèles vertueux d’agriculture de précision et biologique.

L’avenir de l’agrivoltaïsme reposera à moyen terme sur la baisse naturelle des coûts technologiques, l’innovation industrielle et la reproductibilité des modèles performants. L’accent doit également rester sur une intégration agronomique réelle : la hauteur et la configuration des structures doivent être dictées par les besoins des cultures, et non l’inverse, pour éviter des investissements excessifs et garantir une synergie authentique.

Ce programme italien, bien que probablement unique en son genre en raison du financement exceptionnel du plan post-Covid, aura le mérite d’avoir accéléré l’expérimentation et la diffusion de l’agrivoltaïsme « avancé », ouvrant la voie à de nouvelles pratiques agricoles et énergétiques.


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