Face à l’explosion prévisible des déchets photovoltaïques, une innovation majeure voit le jour en Australie. Des chercheurs de l’Université de Newcastle ont développé un procédé mécanique propre permettant de récupérer plus de 97% de l’argent contenu dans les panneaux solaires en fin de vie. Cette avancée, détaillée dans une pré-publication sur ChemRxiv, ouvre la voie à une économie circulaire plus efficace et moins polluante pour l’industrie solaire.

Les limites des méthodes de recyclage actuelles

Actuellement, la récupération des métaux précieux comme l’argent à partir de modules photovoltaïques usagés repose principalement sur des techniques de lixiviation acide. Si ces procédés chimiques sont efficaces, ils présentent des inconvénients majeurs pour un déploiement à grande échelle. Ils génèrent d’importants volumes de déchets chimiques et nécessitent l’utilisation de grandes quantités de réactifs, ce qui alourdit le coût et l’impact environnemental du recyclage. La recherche d’alternatives plus durables est donc devenue une priorité.

Un procédé inspiré de l’industrie minière

L’équipe du Centre pour les minerais critiques et l’extraction urbaine a eu l’idée de transposer des techniques éprouvées dans le secteur minier au recyclage des panneaux solaires. Leur méthode innovante combine deux étapes mécaniques :

La comminution

Les panneaux en fin de vie sont d’abord broyés et réduits en une fine poudre. Cette étape permet de libérer les différents matériaux qui composent le module pour les séparer ultérieurement.

La flottation en mousse

C’est le cœur de l’innovation. La poudre obtenue est mélangée à de l’eau (y compris de l’eau du robinet), à des bulles d’air et à une faible quantité de réactifs de flottation standards. Par ce procédé physico-chimique, les particules d’argent, hydrophobes, s’attachent aux bulles et remontent à la surface sous forme de mousse, tandis que les autres matériaux (verre, silicium, polymères) coulent. Cette séparation selective s’effectue en seulement trois minutes.

Des avantages décisifs pour l’industrie du recyclage

La professeure associée Mahshid Firouzi, chercheuse principale, souligne les atouts de cette découverte. Non seulement le taux de récupération atteint 97,6%, mais la méthode présente des avantages clés :

  • Réduction drastique des produits chimiques : Elle élimine le besoin d’acides forts, réduisant l’intensité chimique et la dangerosité du processus.
  • Génération minimale de déchets : L’empreinte environnementale du traitement est considérablement allégée.
  • Rapidité et efficacité : La séparation est quasi-instantanée comparée aux méthodes traditionnelles.
  • Évolutivité : Basée sur une technologie minière mature, elle est facilement adaptable à une échelle industrielle.

Vers la récupération de tous les matériaux critiques

Cette percée ne se limite pas à l’argent. L’équipe de recherche explore déjà l’application de ce procédé pour récupérer d’autres matériaux de valeur, comme le silicium de qualité solaire. La professeure Firouzi voit plus loin : « Il existe probablement d’importantes opportunités d’appliquer la comminution, la science de la flottation et des techniques hydrodynamiques pour libérer des milliards d’euros d’autres métaux et minéraux actuellement piégés dans les déchets urbains et miniers ».

Cette innovation arrive à point nommé. Avec des dizaines de millions de tonnes de panneaux solaires arrivant en fin de vie dans les décennies à venir selon l’Agence Internationale pour les Energies Renouvelables (IRENA), développer des méthodes de recyclage rentables et écologiques est crucial. Cette technique australienne représente une étape prometteuse vers une filière solaire véritablement circulaire, où rien ne se perd et où les ressources précieuses sont perpétuellement réutilisées.

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