Singapour 2035 : le pari solaire d’une cité-état en quête d’indépendance énergétique

Singapour fait face à un défi énergétique de taille. Avec une superficie limitée, aucune ressource fossile domestique et une demande en électricité en hausse constante, la cité-état doit innover pour assurer son avenir. Sa réponse ? Une stratégie audacieuse qui place l’énergie solaire au cœur de sa transition, tout en garantissant la fiabilité de son réseau. D’ici 2035, le pays prévoit une transformation massive de son paysage énergétique.

Les défis structurels de Singapour

Le système électrique de Singapour est unique, modelé par des contraintes géographiques et économiques fortes. En tant qu’importateur net d’énergie et sans interconnexions terrestres avec d’autres pays, sa sécurité énergétique repose sur un équilibre délicat. La demande croît, tirée par le refroidissement des bâtiments, l’électrification des transports et l’expansion des infrastructures numériques. Pour y répondre, le gouvernement s’appuie sur le cadre des « Quatre Interrupteurs » : le gaz naturel, le solaire, les importations régionales d’électricité et les technologies émergentes bas-carbone.

L’essor spectaculaire du solaire photovoltaïque

Parmi ces leviers, l’énergie solaire est la seule option renouvelable domestique significative. Les projections sont impressionnantes. Selon les données de GlobalData, la capacité solaire photovoltaïque de Singapour devrait passer d’environ 1,57 GW en 2024 à 5,33 GW d’ici 2035. Cela représente un taux de croissance annuel composé (TCAC) d’environ 11,7% sur la période.

Les moteurs de la croissance solaire

Cette expansion fulgurante est rendue possible par plusieurs facteurs :

  • Diversification des installations : Pour pallier le manque d’espace, Singapour déploie des panneaux sur les toits des bâtiments publics et privés, sur des réservoirs d’eau (fermes solaires flottantes) et développe des projets à grande échelle.
  • Un cadre politique solide : Le Singapore Green Plan 2030 vise au moins 2 GW de capacité solaire d’ici 2030. Des programmes comme SolarNova facilitent les achats groupés, tandis que des régimes financiers comme le Enhanced Central Intermediary Scheme (ECIS) simplifient la vente du surplus d’électricité au réseau.

Le gaz naturel, pilier indispensable de la transition

Malgré la montée en puissance du solaire, le gaz naturel reste, et restera à moyen terme, la colonne vertébrale de la production d’électricité. Il représente aujourd’hui environ 95% de la génération. Son rôle est crucial : il fournit une énergie dispatchable, capable de répondre instantanément à la demande et de compenser l’intermittence des énergies renouvelables. La capacité gaz devrait ainsi augmenter, passant de 10,38 GW en 2024 à 14,82 GW d’ici 2035, tout en se préparant à intégrer à terme de l’hydrogène bas-carbone.

Diversification et vision à long terme

Singapour ne mise pas tout sur son territoire. La diversification est un axe clé de sa stratégie :

  • Importations d’électricité régionale : Le pays travaille à importer jusqu’à 6 GW d’électricité bas-carbone depuis ses voisins d’ici 2035, via des interconnexions sous-marines.
  • Préparation pour l’hydrogène : La Stratégie Nationale sur l’Hydrogène positionne ce vecteur énergétique comme une solution de décarbonation profonde pour l’après-2035, avec des investissements dans des centrales compatibles.

Une transition énergétique pragmatique

Comme le souligne Mohammed Ziauddin, analyste énergétique chez GlobalData, l’approche de Singapour est résolument pragmatique. « Le solaire photovoltaïque reste la pierre angulaire de la croissance nationale des énergies renouvelables à Singapour, soutenu par des mécanismes politiques ciblés. Dans le même temps, le gaz naturel, les importations régionales et la préparation à l’hydrogène garantissent collectivement la résilience du système. »

En somme, Singapour trace une voie réaliste vers 2035. En maximisant chaque rayon de soleil sur son territoire tout en renforçant la fiabilité et la diversification de ses approvisionnements, la cité-état montre comment une métropole dense peut orchestrer sa transition énergétique sans compromettre sa stabilité.

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