Par Alix Lajoie, présidente du groupe Photosol
Il y a quelques mois, le Parlement français semblait tracer une voie claire pour la transition énergétique. L’Assemblée nationale réaffirmait son soutien aux énergies renouvelables (EnR) en rejetant un moratoire sur l’éolien et le solaire, tandis que le Sénat votait des objectifs ambitieux pour 2030, incluant 200 TWh d’électricité renouvelable et la relance du nucléaire. Aujourd’hui, la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3) en cours de révision laisse craindre un revirement, au détriment des filières éolienne et photovoltaïque. Analyse d’un risque de moratoire déguisé et de ses conséquences.
La feuille de route énergétique de la France, débattue au Parlement, était pourtant équilibrée. Elle actait la nécessité de développer à la fois le nucléaire et les énergies renouvelables pour atteindre la neutralité carbone. Cependant, les orientations actuelles du gouvernement pour la PPE3 semblent sacrifier le solaire et l’éolien terrestre, deux piliers pourtant compétitifs, créateurs d’emplois et générateurs de revenus pour les collectivités locales.
Ce revirement intervient dans un contexte d’urgence climatique et de crise énergétique. Réseau de Transport d’Électricité (RTE) estime que la part de l’électricité dans notre consommation finale d’énergie devra atteindre 40 à 45% d’ici 2035. Or, les premiers nouveaux réacteurs nucléaires (EPR2) ne seront pas opérationnels avant 2040 au mieux. Dès lors, freiner le déploiement des EnR, qui peuvent être déployées rapidement, crée un dangereux vide dans nos capacités de production décarbonée.
Opposer nucléaire et énergies renouvelables est un non-sens stratégique. La France a besoin de tous ses atouts : un parc nucléaire historique, un développement accéléré des EnR, couplés à un effort massif sur la sobriété et l’efficacité énergétique. Aujourd’hui, le nucléaire produit environ 65% de notre électricité, tandis que les EnR (hydraulique, éolien, solaire) en fournissent déjà plus de 25%, une contribution essentielle et croissante.
La politique énergétique nécessite de la stabilité et une vision à long terme. La filière nucléaire a souffert des hésitations passées (comme avec la PPE2). Il serait contre-productif d’infliger le même « stop-and-go » aux filières renouvelables, qui ont besoin de visibilité pour investir et innover. L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) prévoit d’ailleurs que le solaire deviendra la première source d’électricité mondiale d’ici 2030.
Plusieurs idées reçues sont régulièrement invoquées pour justifier un ralentissement des EnR. Examinons-les :
Un rabotage des objectifs de la PPE3 aurait des impacts directs et négatifs sur plusieurs fronts :
L’agrivoltaïsme, qui concilie production agricole et énergétique, est un levier de résilience pour de nombreuses exploitations. Un objectif annuel réduit à 1,5-2 GW pour le solaire (toitures incluses) priverait trop d’agriculteurs de cette opportunité et porterait un nouveau coup aux territoires ruraux, premiers bénéficiaires des retombées économiques de la filière.
La filière craint l’abandon du scénario R4 de RTE, qui prévoyait 54 GW de solaire d’ici 2030. Retenir un objectif plus bas nous éloignerait mécaniquement de la trajectoire « zéro émission nette » en 2050. Comme le rappelle RTE, un scénario de « décarbonation rapide », accélérant l’électrification des usages et le déploiement des EnR, est bien plus efficace qu’un ralentissement de ces dernières.
Le ministre de l’Économie a déclaré vouloir « bâtir la puissance énergétique de la France ». Cette puissance ne peut se construire sur l’exclusion d’une filière aussi dynamique et prometteuse que le solaire photovoltaïque, aux côtés de l’éolien en mer et du nucléaire.
Il appartient maintenant au gouvernement et aux parlementaires d’adopter une PPE3 à la hauteur des enjeux : ambitieuse, crédible et équilibrée. Une programmation stable et volontariste est la seule à même de concilier souveraineté énergétique, réindustrialisation verte, création d’emplois et respect de nos engagements climatiques. Dans le cas contraire, ce serait un « grand bond en arrière » aux conséquences économiques, industrielles et écologiques désastreuses.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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