Après une longue attente, le gouvernement a dévoilé la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE 3). Ce document stratégique, présenté par le Premier ministre Sébastien Lecornu, fixe les objectifs de développement des différentes filières énergétiques pour la France métropolitaine jusqu’en 2035. Pour le secteur photovoltaïque, la trajectoire annoncée marque un infléchissement par rapport aux dynamiques récentes, tout en offrant une visibilité saluée par les professionnels.
La PPE 3 retient un objectif de 48 gigawatts (GW) de puissance photovoltaïque installée d’ici à 2030, contre environ 20 GW fin 2025. Pour atteindre cette cible, le rythme de déploiement nécessaire est estimé à environ 3,5 GW par an. Cette trajectoire correspond au scénario R3 du gestionnaire du réseau de transport d’électricité, RTE.
Ce cadrage représente un ralentissement significatif par rapport aux années 2024 et 2025, qui avaient vu un déploiement record avoisinant les 6 GW annuels. Ce recalibrage s’explique principalement par une prévision de croissance modérée de la consommation électrique et par la priorité accordée au développement du nucléaire. Néanmoins, le choix du scénario R3, plus ambitieux que l’option R2 (42 GW) qui était sur la table, est perçu comme un signal positif par la filière.
Malgré la baisse des ambitions, l’annonce de la PPE 3 a été accueillie avec un certain soulagement par les acteurs du solaire. Après plusieurs mois d’incertitude et de blocage des appels d’offres, la fixation d’un cap clair permet de relancer la planification des projets.
« Cette feuille de route redonne de la visibilité indispensable aux développeurs, aux investisseurs et à l’ensemble de la chaîne de valeur », a réagi le Syndicat des Énergies Renouvelables (SER). Cette stabilité est également cruciale pour les projets industriels nationaux, comme les futures giga-usines de fabrication de panneaux solaires portées par Carbon et HoloSolis, dont le développement nécessite une perspective de marché à long terme.
La PPE 3 ne se limite pas au solaire et dessine une stratégie globale pour la transition énergétique de la France, articulée autour de plusieurs piliers.
Contrairement à la PPE précédente, qui envisageait une réduction du parc nucléaire, la nouvelle programmation confirme la relance de la filière atomique. Elle acte la construction de six nouveaux réacteurs EPR2 et laisse la porte ouverte à huit supplémentaires. L’objectif est de porter la part des énergies bas-carbone dans la production d’électricité à 60% en 2030 et 70% en 2035.
Parallèlement, le texte mise sur l’électrification massive des usages (mobilité, chauffage, industrie) pour réduire la consommation d’énergies fossiles, qui devrait passer d’environ 900 TWh aujourd’hui à 330 TWh en 2035.
La PPE 3 réaffirme l’engagement de l’État envers les territoires insulaires (Corse, Antilles, Mayotte, etc.). Des consultations spécifiques seront relancées en 2026 pour adapter la transition énergétique à leurs contraintes et potentiels. Par ailleurs, la répartition des 48 GW de solaire entre les segments (toitures, centrales au sol, agrivoltaïsme) reste à préciser via les futurs appels d’offres de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE).
Si la PPE 3 donne un cadre, plusieurs points cruciaux restent à affiner. Le principal angle mort identifié par les experts est l’absence d’objectif chiffré pour le stockage d’énergie. Alors que les projets de batteries se multiplient dans les files d’attente de RTE (13 GW), la programmation n’intègre pas de cible nationale à horizon 2030.
« Le stockage et les mécanismes de flexibilité sont les grands oubliés de cette version, bien qu’ils soient essentiels pour accompagner le développement des renouvelables intermittentes », analyse Clément Le Roy, expert énergie chez Wavestone. La PPE 3 prévoit toutefois une clause de révision en 2027, qui pourrait permettre d’intégrer ces enjeux de manière plus explicite.
La publication de la PPE 3 marque donc une étape importante, mais non conclusive. Elle fixe une trajectoire réaliste, quoique moins ambitieuse, pour le solaire, tout en réaffirmant la priorité donnée à une électricité décarbonée, portée par un mix renouvelable-nucléaire. La réussite de cette transition reposera désormais sur la concrétisation des outils de soutien et la capacité à adresser les défis du réseau et du stockage.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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