PPE 2024 : La filière solaire française face à la crise et aux inquiétudes sur l’emploi

La publication tant attendue de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 2024-2033, avec près de trois ans de retard, a finalement fixé un nouveau cadre pour la transition énergétique en France. Si le soulagement était palpable chez les acteurs du solaire, il a rapidement laissé place à une vive inquiétude. Les objectifs revus à la baisse et le contexte économique difficile plongent la filière dans une période de turbulence, marquée par des plans sociaux et des défaillances d’entreprises, suscitant de profondes interrogations sur l’avenir industriel et l’emploi dans les énergies renouvelables.

Les objectifs de la ppe : Un cadre jugé insuffisant pour la filière

Le décret de la PPE, publié au Journal Officiel, établit une nouvelle trajectoire pour le développement des énergies renouvelables. Pour le photovoltaïque, la cible est fixée à environ 3,5 gigawatts (GW) de nouvelles installations par an. Ce chiffre, bien qu’en progression par rapport aux années précédentes, est considéré comme trop prudent par de nombreux professionnels du secteur.

Les syndicats, comme SUD Énergie, pointent du doigt un plafonnement du soutien public via les appels d’offres à environ 2,9 GW par an jusqu’en 2028. Ils estiment que ce rythme est « largement inférieur au potentiel industriel et aux besoins de la transition climatique ». Cette vision est partagée par le Syndicat des énergies renouvelables (SER), qui représente les professionnels de la filière. La révision à la baisse crée un décalage avec la dynamique de projets en attente, dont près de 10 GW disposeraient déjà d’une convention de raccordement, risquant de créer un « embouteillage » préjudiciable.

Un manque de visibilité à long terme

Au-delà des volumes, c’est la visibilité qui est en cause. Les cycles de développement des grands projets solaires ou éoliens s’étalent souvent sur cinq à dix ans. La nature triennale des périodes de programmation de la PPE, bien que révisables, ne fournirait pas, selon les industriels, le cadre stable nécessaire pour sécuriser les investissements et l’emploi sur le long terme. Cette incertitude fragilise la planification stratégique des entreprises.

Une crise sociale et industrielle qui s’amplifie

Les craintes exprimées par les syndicats et les Comités sociaux et économiques (CSE) se matérialisent concrètement sur le terrain. Le ralentissement du marché, amorcé en 2023, conjugué aux nouvelles orientations de la PPE, a déclenché une vague de restructurations.

  • Boralex France, développeur majeur, a engagé un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). L’entreprise affirme privilégier le dialogue social pour préserver au maximum ses implantations territoriales.
  • OKwind, spécialiste des trackers solaires, a annoncé une réorganisation importante et la fermeture de plusieurs agences.
  • La start-up nantaise Beem Energy, touchée par le ralentissement du marché résidentiel, a été placée en procédure de sauvegarde fin 2025 par le tribunal de commerce de Nantes.
  • D’autres acteurs, comme Elements, envisagent des réductions d’effectifs significatives.

À ces cas médiatisés s’ajoutent de nombreuses fermetures silencieuses de petites et moyennes entreprises (PME) et d’artisans, fragilisant l’ensemble du tissu économique local et menaçant la préservation des compétences techniques.

Les appels à une action publique renforcée

Face à cette situation, les acteurs de la filière et les représentants du personnel unissent leurs voix pour réclamer une intervention plus forte de l’État. Leurs demandes portent sur plusieurs axes :

  1. Une planification plus ambitieuse et stable : Revoir à la hausse les objectifs de la PPE pour les aligner sur les capacités industrielles et les impératifs climatiques de la France, tels que définis par la Stratégie Française pour l’Énergie et le Climat.
  2. Un soutien à l’industrie et à l’innovation : Mettre en place des dispositifs pour sécuriser la chaîne de valeur, de la production des panneaux à l’installation, et soutenir l’innovation pour améliorer la compétitivité.
  3. La sécurisation de l’emploi et des compétences : Anticiper les transitions professionnelles et former les salariés aux métiers d’avenir de la filière, en lien avec les régions et les organismes de formation comme l’AFPA.

La crise actuelle dans le solaire français met en lumière le défi de concilier ambition écologique, réalité économique et justice sociale. La réussite de la transition énergétique dépendra de la capacité des pouvoirs publics et des industriels à construire ensemble un cadre permettant de développer les énergies renouvelables tout en garantissant la pérennité des entreprises et des emplois sur le territoire national.

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