Patrick Pouyanné à l’essec : la transformation stratégique de totalenergies vers l’électricité

Lors d’une conférence à l’ESSEC Business School, Patrick Pouyanné, le président-directeur général de TotalEnergies, a détaillé la mue profonde de la major énergétique. Loin d’être un simple verdissement d’image, cette transformation stratégique place désormais les énergies renouvelables et la construction d’un métier intégré de l’électricité au cœur du futur du groupe. Retour sur les motivations, les objectifs et les défis de cette transition énergétique menée à grande échelle.

Le déclic de paris : de l’offre à la demande

Patrick Pouyanné l’a reconnu : « En 2015, si on m’avait dit que j’allais changer le nom de l’entreprise et la faire entrer dans l’électricité, je ne l’aurais pas signé. » Le tournant décisif est intervenu avec l’Accord de Paris sur le climat. Jusqu’alors, Total était une entreprise « pilotée par l’offre », où trouver des ressources suffisait à assurer son avenir. L’électrification massive des usages, notamment avec le véhicule électrique, a introduit une rupture. Pour la première fois, la direction s’est interrogée sur la pérennité de la demande en hydrocarbures. Dans tous les scénarios, une énergie ressortait comme incontournable et structurellement croissante : l’électricité.

Une diversification ambitieuse dans les renouvelables

La décision de se diversifier a été décrite comme « la plus compliquée » du mandat du PDG. Elle repose sur deux piliers : une logique industrielle, pour prolonger la chaîne de valeur du gaz naturel vers la production d’électricité, et une logique stratégique, pour engager l’entreprise dans la décarbonation et assurer son avenir. L’ambition affichée était claire : « Si on le fait, il faut le faire en grand. » L’objectif est que 20 % de l’énergie produite par le groupe provienne de l’électricité renouvelable d’ici 2030. Partant de quasiment zéro, TotalEnergies affirme aujourd’hui que les renouvelables représentent environ 10 % de son mix énergétique.

Une stratégie intégrée, au-delà de l’alibi vert

Le dirigeant insiste : le développement des renouvelables n’est pas une opération cosmétique. Le groupe vise 35 GW de capacités renouvelables, un objectif qui devrait être atteint dès 2025. Cependant, sa vision est intégrée. « Un électron solaire seul, intermittent, ça n’existe pas économiquement », explique-t-il. La stratégie repose donc sur un portefeuille complémentaire :

  • Des capacités de production solaire et éolienne.
  • Des solutions de stockage par batteries.
  • Des centrales à gaz pour assurer la flexibilité et gérer l’intermittence.
  • Une activité de trading de l’électricité.
  • Une base de clients directs.

L’enjeu n’est pas la rentabilité d’une ferme solaire isolée, mais celle de l’ensemble de la chaîne de valeur de l’électricité.

Rentabilité et modèle économique : un débat ouvert

Contrairement à certaines idées reçues, Patrick Pouyanné affirme que le segment renouvelable du groupe affiche déjà une rentabilité d’environ 10 % sur capitaux employés et devrait bientôt contribuer pleinement au versement des dividendes. Il critique le modèle européen historiquement subventionné, lui préférant une approche plus « marché ». Il cite l’exemple des États-Unis, où les projets sont systématiquement couplés à des batteries, favorisant une approche économique plus intégrée et compétitive.

Décarbonation et acceptabilité sociale

TotalEnergies suit un indicateur clé : le contenu carbone moyen des produits énergétiques qu’elle vend. Celui-ci a déjà baissé de 18 % en dix ans, avec un objectif de –25 % d’ici 2030. La méthode est progressive et combine l’augmentation de la part des renouvelables et des biocarburants. Le PDG rappelle une contrainte majeure : la transition doit rester abordable pour les consommateurs et assurer la sécurité d’approvisionnement. L’acceptabilité sociale et économique reste un facteur déterminant pour sa réussite.

Un changement culturel interne profond

Pour ancrer cette transformation, le groupe a opéré un virage managérial. Depuis 2020, les émissions de CO₂ sont devenues un indicateur de performance clé (KPI) au même titre que la production pour les managers. Résultat revendiqué : une réduction d’environ 40 % des émissions sur les activités pétrole et gaz en cinq ans, souvent obtenue via des mesures d’efficacité opérationnelle. « Les gens agissent en fonction des critères sur lesquels ils sont jugés », résume Patrick Pouyanné.

La ligne de crête d’une transition graduelle

Face aux critiques sur la poursuite des activités fossiles, le dirigeant assume une stratégie de transition graduelle et intégrée : stabiliser la production pétrolière, laisser croître celle de gaz (considéré comme une énergie de transition), et accélérer fortement le déploiement des renouvelables. L’équation est délicate : il s’agit de financer la croissance bas-carbone grâce aux cash-flows générés par les activités traditionnelles, tout en maintenant la confiance des actionnaires et en préparant l’avenir.

Conclusion : une transformation en cours, pas une révolution

Le message délivré à l’ESSEC est sans équivoque : la transition d’un géant intégré de l’énergie ne peut être ni instantanée ni purement idéologique. Elle doit concilier rentabilité, acceptabilité sociale et vision de long terme. Pour TotalEnergies, les renouvelables et l’électricité ne sont plus une diversification marginale, mais un pilier stratégique. Avec l’objectif de 20 % de son mix en 2030 et une ambition de produire 50 % d’électricité à l’horizon 2050, le groupe s’est engagé sur une trajectoire qui redéfinit profondément son identité et son modèle économique.

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