Alors que son taux d’électrification national ne dépasse pas 12%, le Tchad affiche une performance surprenante : le solaire représente 36,7% de son mix électrique, le classant parmi les leaders africains. Cette part importante s’explique moins par un parc solaire massif que par la faiblesse du réseau électrique national. Avec 110 MW de photovoltaïque installés, le pays est à un tournant. De nombreux projets de grande envergure sont en cours, visant une capacité de 520 MW d’ici 2030, pour accompagner une ambition démesurée : porter l’accès à l’électricité à 90% de la population.
Les données de l’Association Africaine de l’Industrie Solaire (AFSIA) et de GOGLA dressent un portrait précis du parc solaire tchadien. Les 110 MW installés se répartissent entre :
Cette pénétration solaire record (36,7%) est donc un indicateur paradoxal. Elle souligne avant tout l’immaturité du réseau électrique national, qui laisse une large partie de la population dépendante de solutions décentralisées, souvent solaires.
Pour transformer son potentiel en réalité industrielle, le gouvernement tchadien a lancé le plan « Chad Connection 2030 ». Ses objectifs sont clairs :
Cet objectif d’accès quasi-universel à l’électricité nécessitera un déploiement simultané de grands réseaux et de solutions décentralisées (mini-réseaux et kits solaires) dans les vastes zones rurales.
La massification du solaire tchadien passe par la concrétisation de plusieurs centrales de grande puissance, concentrées autour de la capitale N’Djamena et de pôles économiques :
Pour attirer les investisseurs, les autorités ont mis en place des incitations fiscales notables : exonération de droits de douane et de TVA pour les équipements des projets renouvelables. Dans un contexte où le coût de l’électricité sur le réseau varie entre 0,153 et 0,225 $/kWh, le solaire devient de plus en plus compétitif, notamment en solutions hors-réseau.
Cependant, le pays ne propose pas encore de mécanismes de soutien financier de long terme comme les tarifs d’achat garantis. Le principal défi reste politique. Producteur de pétrole depuis 2003, le Tchad peine à convertir cette rente en développement énergétique pour sa population. L’échec de l’accord avec Savannah Energy, qui prévoyait de sécuriser des centaines de mégawatts d’énergies renouvelables via des garanties liées aux flux pétroliers, illustre les blocages. Les contentieux autour des actifs pétroliers et les arbitrages politiques autour de la rente hydrocarbure pèsent souvent plus lourd que la présence même du pétrole.
Le Tchad possède tous les atouts pour devenir un modèle de transition énergétique en Afrique centrale : un ensoleillement exceptionnel, une demande criante et des projets concrets sur la table. Le succès de sa stratégie solaire dépendra de sa capacité à stabiliser son cadre politique et réglementaire, à finaliser les projets annoncés et à conjuguer développement des grandes centrales et électrification rurale décentralisée. La massification tant attendue est à portée de main, mais elle devra surmonter l’ombre portée de la rente pétrolière.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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