Le Maroc confirme son statut de leader africain de la transition énergétique. Selon les derniers chiffres officiels, le royaume a installé 204 mégawatts (MW) de nouvelle capacité solaire à grande échelle au cours de l’année 2025. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie nationale ambitieuse visant à sécuriser son approvisionnement énergétique et à réduire sa dépendance aux importations de combustibles fossiles.

Un parc solaire à grande échelle qui franchit le cap du gigawatt

Cette nouvelle capacité porte le parc solaire marocain à grande échelle à un total cumulé de 1 285 MW, selon les données de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). À ce chiffre s’ajoutent 534 MW issus de la technologie solaire thermodynamique à concentration (CSP), déployée notamment dans le complexe Noor à Ouarzazate. Le plus grand projet solaire du pays, la centrale d’Oulad Farès (105 MW) développée par OCP Green Energy, est d’ailleurs entré en service l’an dernier.

Le solaire distribué : un marché caché de plus de 3 GW

Au-delà des grandes centrales, un marché solaire « distribué » connaît une croissance exponentielle, bien que plus difficile à quantifier précisément. Selon les experts Salma Boumhaouad et Soukaina Boudoudouh de l’Institut de recherche en Énergie solaire et énergies nouvelles (IRESEN), et Amine Iraqi Houssaini de Renpower, l’analyse des données d’importation d’équipements photovoltaïques suggère l’ajout de plus de 1 GW en 2025 dans les segments commercial & industriel (C&I), du pompage solaire et du résidentiel.

« Au total, ces segments représenteraient une capacité installée supplémentaire de plus de 3 GWc », estiment-ils. Une étude de marché de 2024 indique que le pompage solaire agricole domine ce marché (environ 60%), suivi par le C&I (30%) et le résidentiel (10%).

Les moteurs de cette croissance rapide

Les experts identifient deux facteurs clés derrière ce boom : la baisse continue des coûts des technologies photovoltaïques et l’amélioration significative de la bancabilité des projets, rendant le solaire de plus en plus compétitif.

Le cadre réglementaire et les perspectives d’avenir

Le Maroc a mis en place un cadre législatif solide, notamment la loi n° 82-21 et le décret n° 2.25.100, qui encadrent l’autoproduction d’électricité. Les procédures varient selon la taille et le niveau de raccordement au réseau, allant d’une simple déclaration pour les petits projets à une autorisation formelle pour les installations plus importantes.

Pour accélérer encore la transition, le programme « Solar Rooftop 500 » (SR500) vise l’installation de jusqu’à 500 MW de panneaux sur les toits des bâtiments commerciaux, industriels et publics. Par ailleurs, les autorités viennent d’annoncer de nouveaux tarifs de compensation (« net metering ») pour les installations raccordées en haute et moyenne tension. Un tarif pour le résidentiel en basse tension est attendu prochainement.

Les défis et opportunités à venir

Les analystes soulignent la nécessité de finaliser des cadres réglementaires pour des domaines émergents comme l’agrivoltaïsme et le bâtiment à énergie positive. D’autres leviers de croissance identifiés sont : l’autorisation d’exporter de l’électricité verte, des incitations pour le couplage solaire-stockage, et l’accélération des investissements dans les infrastructures de transport d’électricité, notamment sur l’axe nord-sud.

Une vision 2030 : objectifs et potentiel colossal

Le Maroc vise à porter la part des énergies renouvelables dans son mix de capacité électrique installée à 52% d’ici 2030. Mi-2025, cette part était déjà de 45,5%, avec un mix renouvelable composé d’hydroélectricité (44,6%), d’éolien (23,8%), de solaire (16,9%) et de stockage par pompage (14,8%).

Le potentiel reste immense. Une étude de l’Initiative Imal pour le climat et le développement estime que le pays pourrait installer jusqu’à 28,6 GW de solaire distribué, représentant un marché potentiel de 31 milliards de dollars. Un rapport de SolarPower Europe prévoit quant à lui que le Maroc devrait atteindre les 3 GW de capacité solaire totale d’ici 2028. La récente signature d’un accord pour une usine de production de polysilicium (matière première des panneaux) d’une capacité de 30 000 tonnes par an illustre également la volonté du royaume de développer une filière industrielle complète autour du solaire.

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