L’Algérie se trouve à un carrefour énergétique crucial. Alors que le pays affiche des ambitions fortes en matière de transition verte, la réalité du terrain montre une dépendance persistante et structurelle au gaz naturel pour sa production d’électricité. Malgré un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde, les énergies renouvelables peinent à décoller, laissant au gaz un rôle dominant qui devrait se maintenir bien au-delà de 2035. Cette situation pose la question de la diversification du mix électrique et des défis à surmonter pour concrétiser les objectifs nationaux.

La domination du gaz naturel dans le mix électrique algérien

Le paysage électrique algérien est aujourd’hui largement dominé par le thermique, essentiellement alimenté au gaz naturel. Selon une analyse de GlobalData, cette source d’énergie représentait encore environ 97,5% de la capacité installée du parc en 2025. Les projections indiquent que, malgré une légère baisse, le thermique devrait encore constituer 85,2% de la production d’électricité à l’horizon 2035.

Cette prédominance s’explique par des atouts majeurs. L’Algérie dispose de réserves gazières considérables, notamment grâce au gisement géant de Hassi R’Mel. Cette ressource nationale, abondante et compétitive, a historiquement façonné la politique énergétique du pays. Elle alimente un réseau de centrales électriques réparties sur le territoire, garantissant une relative stabilité et sécurité d’approvisionnement. Le gaz reste ainsi un pilier économique et stratégique, fournissant des revenus à l’exportation et une énergie abordable pour le marché intérieur.

Un potentiel solaire exceptionnel mais sous-exploité

Le paradoxe algérien réside dans l’écart abyssal entre son potentiel et la réalité de ses installations. Le pays bénéficie d’un gisement solaire parmi les plus importants au monde, avec un ensoleillement annuel dépassant largement les 2 000 kWh/m² sur une grande partie de son territoire. Cette ressource inépuisable pourrait, en théorie, transformer le système énergétique national et permettre des exportations d’électricité verte vers l’Europe.

Pourtant, la part des énergies renouvelables (ENR) dans la capacité installée totale reste marginale. Les objectifs gouvernementaux, qui visaient initialement 22 000 MW d’ENR d’ici 2030-2035, dont une large part de solaire, ont été régulièrement révisés à la baisse et leur réalisation connaît d’importants retards. Le développement de grands parcs photovoltaïques et de projets d’énergie éolienne ou solaire thermodynamique (CSP) avance à un rythme bien plus lent qu’escompté.

Les freins structurels au décollage du solaire

Plusieurs obstacles majeurs entravent le déploiement massif des énergies renouvelables en Algérie, expliquant le maintien de la suprématie du gaz.

Un cadre réglementaire et économique incertain

Le principal frein identifié par les analystes et les investisseurs potentiels est l’environnement réglementaire. Comme le souligne Sudeshna Sarmah, analyste chez GlobalData, « l’absence d’un marché compétitif et d’un cadre réglementaire transparent dissuade les producteurs indépendants d’investir ». Les modalités de financement, les contrats d’achat d’électricité (PPA) et les garanties offertes aux investisseurs privés manquent souvent de clarté et de stabilité sur le long terme.

De plus, les exigences de contenu local, bien que compréhensibles pour développer une filière industrielle nationale, peuvent ajouter une complexité et un surcoût significatifs aux projets, décourageant les acteurs internationaux expérimentés.

La dépendance aux revenus des hydrocarbures

Le financement des projets d’ENR reste largement tributaire des recettes générées par les exportations de pétrole et de gaz. Cette dépendance crée un cycle vicieux : en période de flambée des prix, les fonds sont disponibles mais peuvent être prioritairement alloués au secteur des hydrocarbures ; en période de baisse des cours, les budgets pour les renouvelables sont parmi les premiers à être réduits ou gelés. Cette volatilité budgétaire nuit à la planification et à la continuité des programmes de développement des énergies vertes.

Perspectives : Une transition lente mais inéluctable

Malgré ces défis, la transition énergétique n’est pas à l’arrêt. Plusieurs signaux indiquent une évolution, bien que progressive. Le gouvernement a réaffirmé sa volonté de diversifier le mix énergétique, conscient des enjeux de durabilité et de la future pression sur les ressources gazières pour la consommation domestique. La baisse continue du coût des technologies photovoltaïques au niveau mondial rend le solaire de plus en plus compétitif, même face au gaz subventionné.

L’avenir réside probablement dans un modèle hybride. Le gaz naturel, moins polluant que le charbon ou le pétrole, pourrait servir de « pont » et de source d’appoint fiable pour compenser l’intermittence du solaire et de l’éolien. Le développement de centrales hybrides gaz-solaire représente une piste prometteuse pour intégrer progressivement les renouvelables tout en garantissant la stabilité du réseau.

Pour accélérer cette transition, l’Algérie devra impérativement réformer son cadre d’investissement, attirer des partenaires privés et internationaux, et renforcer ses infrastructures de réseau pour absorber une production décentralisée et variable. La route vers un mix électrique diversifié est encore longue, mais les premiers pas, bien que lents, sont engagés.


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