La vision énergétique de Jordan Bardella : Nucléaire, souveraineté et réindustrialisation

La vision énergétique de Jordan Bardella : Nucléaire, souveraineté et réindustrialisation

À l’approche des débats parlementaires sur la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), Jordan Bardella, président du Rassemblement National, a exposé sa ligne politique énergétique lors d’un entretien sur LCI. Son discours articule une critique ferme des énergies renouvelables intermittentes, un plaidoyer assumé pour le nucléaire civil et une nouvelle inflexion notable concernant l’industrie solaire, le tout dans une perspective de souveraineté nationale et de réindustrialisation.

Une critique de la PPE : Opacité, coûts et intermittence

Jordan Bardella a d’emblée critiqué la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), l’estimant opaque et excessivement coûteuse. Il a avancé le chiffre de 300 milliards d’euros, accusant le gouvernement de dissimuler la « facture réelle » de la transition. Selon lui, le développement massif des énergies renouvelables intermittentes, notamment l’éolien, a fragilisé le système électrique français.

Son argument central repose sur l’interaction entre éolien et nucléaire. Il dénonce une organisation « inefficiente » où la production des réacteurs nucléaires doit être constamment modulée pour compenser l’intermittence du vent, générant selon lui des « coûts cachés » substantiels. Cette critique s’inscrit dans une opposition de longue date du RN à l’énergie éolienne terrestre.

Le nucléaire comme pilier de la souveraineté énergétique

Face à ces critiques, Bardella propose une stratégie énergétique recentrée sur le nucléaire, présenté comme la garantie historique d’une électricité abondante, décarbonée et compétitive. Son programme repose sur trois piliers :

  • Prolongation du parc existant : Allonger la durée de vie des réacteurs jusqu’à 80 ans, sous le contrôle de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN).
  • Nouveaux réacteurs : Lancer sans délai la construction de nouveaux réacteurs, de type EPR2 ou SMR (Small Modular Reactors).
  • Grands projets et souveraineté : Renouer avec une « culture des grands projets » industriels. Il cite la fermeture de la centrale de Fessenheim et l’abandon du réacteur nucléaire de quatrième génération Astrid comme des « erreurs stratégiques majeures ».

Concrètement, il promet, en cas d’accession au pouvoir, de fixer un prix régulé de l’électricité à 50 €/MWh, correspondant selon lui au coût historique du nucléaire, pour soulager ménages et entreprises. Son premier déplacement officiel serait à Bruxelles pour défendre cette politique et réaffirmer la souveraineté énergétique française face aux règles du marché européen.

Un fonds souverain pour la réindustrialisation

La politique énergétique de Bardella s’inscrit dans un projet économique plus large. Il plaide pour la création d’un « fonds souverain » destiné à financer la réindustrialisation, les relocalisations et l’innovation technologique, notamment dans le secteur énergétique. L’énergie n’est donc pas vue comme une simple commodité, mais comme un levier central de compétitivité et de croissance, condition d’un « paradis énergétique » français.

Une inflexion notable sur le solaire photovoltaïque

L’élément le plus nouveau de son discours concerne le solaire. Traditionnellement associé à l’éolien dans la critique RN des énergies intermittentes, le photovoltaïque fait l’objet d’une distinction inédite. Bardella a explicitement regretté la perte de la filière industrielle française dans ce domaine.

« Si on l’avait fait sur les panneaux solaires, on aurait encore une filière de photovoltaïque en France et on ne serait pas contraint de dépendre des productions chinoises », a-t-il déclaré, plaidant pour un « protectionnisme intelligent ». Cette déclaration marque un glissement sémantique et politique important : le solaire n’est plus seulement une énergie intermittente, mais aussi le symbole d’une filière industrielle perdue et d’une dépendance stratégique, en l’occurrence vis-à-vis de la Chine qui domine la chaîne de valeur solaire mondiale.

Cette nuance ouvre la porte à un possible soutien, au nom de la souveraineté industrielle et de la réduction des dépendances, à une relocalisation partielle de la production de panneaux solaires, même si le socle programmatique du RN reste fondamentalement ancré sur le nucléaire comme colonne vertébrale du mix électrique.

Conclusion : Une ligne claire avec une nuance stratégique

La ligne énergétique de Jordan Bardella se veut un retour aux fondamentaux : le nucléaire civil comme garant de l’indépendance, de la compétitivité et de la décarbonation. Elle s’accompagne d’une critique frontale de la politique énergétique actuelle et de l’intermittence des renouvelables, principalement éoliennes. La nouveauté réside dans le traitement distinct du solaire photovoltaïque, abordé sous l’angle industriel et géostratégique plutôt que sous le seul prisme technique de l’intermittence. Cette évolution reflète peut-être une adaptation aux enjeux contemporains de souveraineté industrielle et de diversification des approches dans la transition énergétique.

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