La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) 2024-2033 a été publiée au Journal Officiel le 13 février 2024. Ce texte cadre, attendu de longue date, définit la stratégie énergétique de la France pour la décennie à venir. Si sa publication est un signal positif pour la filière des énergies renouvelables, son contenu, jugé peu ambitieux pour le solaire photovoltaïque, suscite des interrogations. Nous décryptons les enjeux avec les analyses de Daniel Bour, président d’Enerplan, le syndicat des professionnels de l’énergie solaire.
La publication de la PPE3 met fin à une longue période d’incertitude. Pour Daniel Bour, c’est une « excellente nouvelle » qui permet de « rassurer le secteur ». Cependant, la déception est palpable concernant les objectifs chiffrés. Le texte acte un objectif de 48 gigawatts (GW) de puissance solaire installée d’ici à 2030, en nette régression par rapport aux 54 GW envisagés en début de discussions. Cette baisse de 1,5 GW par an en moyenne aura un impact significatif sur le rythme des installations et la dynamique industrielle.
Cette programmation intervient dans un contexte politique tendu, où les débats sur l’énergie restent, selon le président d’Enerplan, « hautement politisés ». La clause de revoyure prévue en 2027, année d’élection présidentielle, ajoute une couche d’incertitude sur la pérennité de cette feuille de route. Pour suivre l’évolution des politiques énergétiques en Europe, vous pouvez consulter les publications de l’Agence Internationale pour les Énergies Renouvelables (IRENA).
Au-delà du cadre général, la filière attend désormais des actes concrets pour se développer.
La priorité immédiate est la relance effective et pérenne des appels d’offres (AO). Un premier AO pour les installations sur bâtiments a été relancé avec une date de dépôt fixée à mi-avril 2024. La filière demande maintenant un calendrier précis et des volumes clairs pour les prochains appels d’offres (AO Sol, multi-technologies, simplifié). Cette visibilité est cruciale pour permettre aux industriels de planifier leurs investissements et leurs projets.
L’un des grands absents de la PPE 2024 est le stockage d’énergie, et notamment les batteries. Daniel Bour déplore cette omission, estimant qu’aujourd’hui, le stockage se fait « sous le manteau », alors qu’un « plan stockage » national est indispensable. Le développement du solaire fait baisser le « prix capté » de l’électricité, ce qui représente un coût pour l’État. Sans déploiement massif de solutions de stockage pour lisser la production, cette situation risque de se dégrader. Enerplan a d’ailleurs missionné le cabinet Clean Horizon pour une étude sur l’impact du stockage sur le marché.
La filière réclame plus de transparence et de simplification administrative. Plusieurs dossiers techniques critiques doivent être clarifiés : les procédures de contractualisation, les dates de mise en service, le traitement des projets en file d’attente et, surtout, les problèmes de raccordement au réseau électrique. L’enjeu est d’assurer « une insertion optimale sur le réseau des nouvelles capacités ». La gestion du volume croissant de projets en autoconsommation, qui ne passent pas par des appels d’offres, nécessite également une vision claire.
La possibilité de réviser la PPE en 2027 inquiète certains acteurs, qui craignent un frein aux investissements à long terme. Daniel Bour relativise : les investisseurs ont déjà intégré le calendrier électoral. Pour lui, la question fondamentale est ailleurs : « Croyons-nous ou pas dans l’accélération de l’électrification des usages ? ».
Le développement de la mobilité électrique, l’accueil des data centers et des infrastructures liées à l’intelligence artificielle vont drastiquement augmenter la demande en électricité bas carbone. La France dispose d’un mix nucléaire et renouvelable solide pour répondre à ce défi. Si la demande est réévaluée à la hausse, la clause de 2027 pourrait devenir un tremplin pour rehausser les objectifs en énergies renouvelables, faisant du solaire un levier crucial pour l’indépendance énergétique. Le rapport 2023 de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) souligne d’ailleurs le rôle central du solaire dans la transition énergétique mondiale.
Alors que la PPE évoque la création de milliers d’emplois, la réalité terrain est contrastée. La réduction des objectifs et le climat d’incertitude pèsent sur le moral des entreprises. Daniel Bour constate « un grand attentisme » et des « recrutements en roue libre ». La filière solaire française, selon lui, « va perdre des emplois à court terme », mais probablement moins que si la PPE n’avait pas été publiée du tout. La relance des appels d’offres et la clarification du cadre réglementaire seront déterminantes pour inverser cette tendance et créer les emplois non-délocalisables promis par la transition énergétique.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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