La Chine réoriente sa stratégie industrielle : fin des crédits d’impôt à l’export pour le solaire et les batteries

Dans un mouvement significatif de rééquilibrage économique, la Chine a annoncé la suppression progressive des crédits d’impôt à l’exportation pour ses fabricants de panneaux solaires et de batteries. Cette décision, rapportée initialement par Les Échos, marque un tournant dans la politique de soutien industriel du pays dans les technologies propres. Elle intervient dans un contexte de tensions commerciales internationales et de volonté de rationalisation interne du marché.

La fin d’un dispositif historique de soutien à l’export

Instauré dès 1985, le mécanisme de crédits de TVA remboursables avait pour objectif initial de renforcer la compétitivité des entreprises chinoises à l’international et d’éviter les effets d’une double imposition. Ce système a été un pilier du développement fulgurant des géants chinois du solaire photovoltaïque et du stockage d’énergie. En protégeant les marges des exportateurs, il a permis des baisses de prix agressives qui ont propulsé la Chine en position de leader mondial, mais ont également créé des distorsions majeures de concurrence sur les marchés globaux.

Un calendrier de suppression établi

Le retrait de ces aides ne sera pas immédiat mais suivra un calendrier précis :

  • Pour les panneaux solaires : La suppression totale du crédit d’impôt interviendra le 1er avril 2026.
  • Pour les batteries : Le taux de remboursement de la TVA sera d’abord réduit de 9% à 6% à partir du 1er avril 2026, avant une suppression complète prévue en 2027.

Des conséquences immédiates sur les marchés financiers et la structure des prix

L’annonce a eu un impact direct sur les cours boursiers des principaux acteurs concernés. Le titre de CATL, le leader mondial des batteries, a par exemple reculé de 5%. D’autres fabricants majeurs comme Eve Energy ou Gotion High-Tech ont également enregistré des baisses significatives.

Cette décision intervient après une période de chute vertigineuse des prix. Selon le cabinet d’analyse Wood Mackenzie, le coût des panneaux solaires a été divisé par deux en un peu plus d’un an, passant d’environ 20 centimes de dollar par watt au premier semestre 2023 à seulement 7-9 centimes en 2024-2025. Cette guerre des prix, alimentée par les subventions, a entraîné une forte érosion des marges et des pertes financières colossales pour le secteur, évaluées à près de 4,4 milliards de dollars pour les neuf premiers mois de 2025 selon le média économique Caixin.

Les motivations derrière ce changement de politique

La révision de cette politique n’est pas seulement une réponse aux pressions internationales. Elle s’inscrit dans une logique interne profonde à la Chine.

Rationaliser un marché en « involution »

Les autorités chinoises cherchent à apaiser une concurrence interne jugée destructrice, souvent qualifiée d’« involution ». En retirant ces aides, Pékin espère rationaliser le secteur, favoriser une consolidation naturelle du marché et mettre fin à la surenchère productive qui grève les finances de nombreuses entreprises.

Un geste envers les partenaires commerciaux

Cette décision peut également être interprétée comme un geste d’apaisement envers l’Union européenne et les États-Unis, dont les industries locales se plaignaient depuis longtemps de concurrence déloyale due aux subventions massives. Elle pourrait potentiellement ouvrir la voie à des relations commerciales moins tendues dans le domaine des technologies vertes.

Une nouvelle philosophie industrielle

Ce retrait s’inscrit dans une tendance plus large de désengagement de l’État. Pour la première fois depuis dix ans, le secteur des véhicules électriques n’a pas été intégré comme priorité dans le 15ᵉ plan quinquennal chinois (2026-2030). Cela suggère que Pékin souhaite désormais laisser les forces du marché jouer un rôle plus important dans la consolidation et la maturation de ses industries de pointe, après des années de soutien public massif.

Perspectives et implications pour l’industrie mondiale

La fin de ces crédits d’impôt va probablement remodeler la dynamique concurrentielle mondiale. Une remontée modérée des prix à l’exportation des produits chinois est anticipée, ce qui pourrait redonner un peu d’air aux fabricants européens et américains. Cependant, l’avantage d’échelle et la domination technologique de la Chine dans ces secteurs restent considérables. Cette politique marque peut-être le début d’une nouvelle ère, où la compétition se fera davantage sur l’innovation et la qualité que sur le seul prix, avec des implications majeures pour la transition énergétique globale.

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