Dans une démonstration de maîtrise technologique en milieu extrême, la Chine a officiellement mis en service l’une des centrales photovoltaïques les plus hautes du monde. Située sur les hauts plateaux du Sichuan, la centrale Suorong affiche une puissance de 1 gigawatt (GW) et s’intègre dans une stratégie énergétique innovante combinant solaire et hydroélectricité.

Un projet d’envergure dans un environnement hostile

Développée par Yalong River Hydropower Development Co., Ltd., une filiale du géant public State Development & Investment Corporation (SDIC), la centrale Suorong est implantée dans le comté de Litang, sur le territoire de la préfecture autonome tibétaine de Ganzi. Son altitude avoisinant les 4 600 mètres en fait la troisième installation photovoltaïque la plus haute de la planète, derrière des projets à plus de 5 000 mètres d’altitude. Cette réalisation témoigne des ambitions de la Chine en matière d’énergies renouvelables et de son savoir-faire pour les déployer dans des conditions climatiques et géographiques difficiles.

La construction et l’approvisionnement ont dû surmonter des défis logistiques majeurs, incluant des routes escarpées, des chutes de neige, de la grêle et des risques de coulées de débris. Pour livrer les millions de modules nécessaires, les fabricants JA Solar et Yingli Solar ont dû optimiser leurs chaînes logistiques et leurs emballages. Yingli Solar rapporte ainsi avoir livré plus de 650 000 modules sans aucun dommage dû à l’abrasion, un exploit dans un tel environnement.

L’intégration hydro-solaire, clé de la stabilité du réseau

La particularité majeure du projet Suorong ne réside pas seulement dans son altitude, mais dans son intégration systémique au complexe hydroélectrique existant du fleuve Yalong. Cette approche « hydro-solaire » est au cœur de la stratégie énergétique de la région du Haut-Yangtsé.

Le principe est le suivant : l’énergie solaire, par nature intermittente, produit de l’électricité principalement durant les heures diurnes et ensoleillées. En couplant cette production avec des centrales hydroélectriques en amont, il est possible d’utiliser la flexibilité de l’hydroélectricité comme une « batterie naturelle ». Lorsque le solaire produit, la production hydraulique peut être réduite, conservant l’eau dans les réservoirs. Lorsque le soleil disparaît, les turbines hydroélectriques peuvent prendre le relais, assurant une production stable et continue. Ce couplage intelligent permet de lisser la courbe de production, de réduire les pertes d’énergie et d’optimiser l’utilisation des infrastructures de transport d’électricité existantes.

Le complexe énergétique du fleuve Yalong

Le projet Suorong n’est pas un cas isolé. Il s’ajoute à un vaste complexe énergétique développé par SDIC sur le fleuve Yalong, dont la capacité hydroélectrique cumulée atteint environ 21 GW. Dans cette même région, la centrale photovoltaïque Chabulang, d’une capacité similaire de 1 GW, est également en opération. Cette concentration de moyens fait du bassin du Yalong un laboratoire à ciel ouvert pour l’intégration des énergies renouvelables à grande échelle. Pour en savoir plus sur les politiques énergétiques chinoises, vous pouvez consulter le site de l’Administration Nationale de l’Énergie de Chine (en chinois).

Innovations et perspectives pour le solaire en zone montagneuse

Le développement de méga-centrales solaires en haute altitude et sur terrain complexe pousse à l’innovation. Récemment, des chercheurs de sociétés énergétiques chinoises, comme Yunnan Longyuan New Energy, ont proposé de nouvelles méthodologies pour la conception optimale de parcs photovoltaïques dans les zones vallonnées. Ces modèles prennent en compte l’ensoleillement variable selon les pentes, les ombres portées et les contraintes du terrain pour maximiser la production énergétique par hectare.

Ces avancées sont cruciales pour des pays au relief accidenté comme la Chine, où les vastes plaines idéales pour les grands parcs solaires sont limitées. Elles ouvrent la voie à l’exploitation de nouvelles surfaces, notamment sur les plateaux tibétains et himalayens, qui bénéficient d’un ensoleillement exceptionnel. L’Agence Internationale pour les Énergies Renouvelables (IRENA) suit de près ces développements technologiques qui pourraient bénéficier à d’autres régions montagneuses du globe.

La mise en service de la centrale Suorong de 1 GW est bien plus qu’un record d’altitude. Elle symbolise la maturité atteinte par l’industrie solaire chinoise, capable de projets gigantesques dans des conditions extrêmes, et illustre la voie vers des systèmes électriques plus flexibles et résilients grâce au couplage intelligent des énergies renouvelables. Ces projets d’envergure contribuent significativement aux objectifs de la Chine en matière de transition énergétique et de neutralité carbone.

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