La Commission européenne a dévoilé le projet de règlement Industrial Accelerator Act (IAA), une initiative clé de son Plan Industriel pour le Pacte Vert. Destiné à renforcer la souveraineté industrielle, ce texte impose des critères de contenu « Fabriqué dans l’UE » pour les projets d’énergie solaire et de stockage bénéficiant de fonds publics. Si le secteur salue la reconnaissance de l’urgence, de nombreuses voix s’élèvent pour critiquer le manque d’ambition et la lenteur de mise en œuvre du dispositif, jugé insuffisant face à la domination du marché par les importations asiatiques.

Les mesures phares de l’Industrial Accelerator Act

Le projet de règlement cible spécifiquement les marchés publics, les enchères pour les technologies « net-zéro » et autres aides d’État. Ses principales dispositions sont :

  • Critères de contenu local : Les projets solaires devront intégrer des onduleurs et des cellules photovoltaïques fabriqués dans l’Union européenne.
  • Périmètre géographique : La mention « Made in EU » devra couvrir les pays de l’UE et de l’Espace Économique Européen (EEE).
  • Délai de mise en œuvre : Ces obligations s’appliqueront trois ans après l’entrée en vigueur de la loi, soit potentiellement autour de 2027-2028.

Pour Dries Acke, directeur général adjoint de SolarPower Europe, cette approche est équilibrée : « En se concentrant sur les composants les plus stratégiques, la Commission évite des exigences trop restrictives à un stade précoce, sans compromettre le déploiement rapide du solaire. »

Les critiques : un texte trop timoré face à l’urgence industrielle

Malgré cette volonté affichée, la proposition est vivement contestée pour son manque d’ampleur.

Une chaîne de valeur européenne incomplète

Le Conseil Européen de la Fabrication Solaire (ESMC) exprime une « profonde déception ». L’organisation estime que limiter les critères aux onduleurs et aux cellules laisse de côté des maillons essentiels comme les wafers et les polysilicium, empêchant la relocalisation d’une chaîne d’approvisionnement complète. « Nous avons besoin du « Made in Europe » pour garantir notre sécurité énergétique à long terme », insiste Christoph Podewils, son secrétaire général.

Un calendrier jugé trop lent

Le délai de trois ans est perçu comme un risque majeur. Dans un contexte de concurrence internationale féroce et de pressions sur les prix, beaucoup craignent que des fabricants européens ne fassent faillite avant même que les règles ne s’appliquent. « Si l’industrie doit attendre jusqu’en 2030 pour une application pleine et entière, il sera trop tard », alerte l’ESMC.

Le défi crucial de la stimulation de la demande

Au-delà de l’offre, les experts pointent l’absence de mécanismes robustes pour créer un marché stable. Kirsten Scholl d’Epico souligne : « Les quotas d’approvisionnement sont fixés trop bas pour stimuler une demande significative de produits bas-carbone. La Commission doit présenter un plan progressif pour les augmenter. »

Manon Dufour, directrice exécutive d’E3G Bruxelles, abonde : « L’Europe a les projets et les technologies, mais trop sont bloqués. Sans un cadre fiable pour stimuler la demande, incluant une clarté sur le marché carbone (ETS) et les marchés de l’électricité, ces investissements risquent de ne pas se concrétiser. »

Conclusion : un premier pas qui en appelle d’autres

L’Industrial Accelerator Act marque une prise de conscience politique de la nécessité de défendre l’industrie solaire européenne. Cependant, il est largement perçu comme une mesure minimale. Son succès dépendra de sa capacité à être rapidement renforcée – en élargissant le périmètre des composants concernés, en accélérant son calendrier et, surtout, en étant couplée à des politiques volontaristes pour créer une demande européenne durable. La bataille pour une véritable souveraineté industrielle dans le solaire est loin d’être gagnée.

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