Foncier élargi pour le solaire : les nouveaux terrains de jeu du photovoltaïque en France

Alors que la pression sur les terres agricoles et naturelles s’intensifie, le secteur photovoltaïque français est à la croisée des chemins. La recherche de nouvelles surfaces d’installation, ou « foncier élargi », est devenue un enjeu stratégique pour atteindre les objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE). Retour sur les perspectives ouvertes lors du Forum Energaïa et les solutions émergentes pour solariser l’espace déjà artificialisé.

Le défi de l’acceptabilité et la quête de nouveaux espaces

Le développement du solaire en France se heurte à des contraintes croissantes : préservation des espaces naturels, sobriété foncière et conflits d’usage. Après l’équipement des toitures et des terrains les plus faciles d’accès, l’acceptabilité locale des grands parcs au sol devient un point critique. Dans ce contexte, diversifier les lieux d’implantation n’est plus une option, mais une nécessité pour accélérer la transition énergétique.

Comme l’a souligné Caroline Plaza, directrice générale France de l’Institut Becquerel, lors du Forum Energaïa : « L’accroissement du gisement de foncier disponible est un levier structurant pour les acteurs du photovoltaïque ». Cette approche, dite du « foncier élargi », vise à mobiliser des surfaces déjà artificialisées ou marginales, limitant ainsi l’artificialisation de nouveaux sols.

Le potentiel immense du photovoltaïque sur foncier élargi

Mais que recouvre exactement ce concept ? Il désigne un vaste panel de surfaces propices à l’installation de panneaux solaires sans concurrencer d’autres usages primaires :

  • Surfaces aquatiques : lacs, barrages et retenues d’eau pour le photovoltaïque flottant.
  • Infrastructures de transport : bordures d’autoroutes, de routes nationales, de voies ferrées et de canaux, ainsi que les aires de repos, les ronds-points et les digues.
  • Parkings : ombrières photovoltaïques sur parcs de stationnement publics et privés.
  • Zones portuaires et aéroportuaires : quais, passerelles et terrains en bout de piste.
  • Pistes cyclables : équipement des abords ou de la chaussée elle-même.

Le photovoltaïque linéaire, un réservoir de 40 GWc

Parmi ces solutions, le photovoltaïque linéaire – l’installation de panneaux le long des infrastructures linéaires comme les routes ou les voies d’eau – présente un potentiel estimé à près de 40 GWc en France. Frédéric Storck, de la Compagnie nationale du Rhône, cite l’exemple du projet Ophélia à Caderousse : une ombrière photovoltaïque de 900 mètres le long de la Via Rhôna, bien acceptée par les usagers. « Tout est question d’acculturation à la présence du solaire », résume-t-il.

Surmonter les défis techniques et économiques

Si le potentiel est colossal, des obstacles persistent. Le photovoltaïque linéaire peut engendrer des coûts plus élevés (environ 2,30 €/Wc) et des pertes énergétiques de 10 à 20% dues à la longueur des câbles. Sa viabilité économique nécessite des optimisations technologiques et, peut-être, des mécanismes de soutien spécifiques, comme le suggère Frédéric Storck : un appel d’offres de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) dédié, sur le modèle des Pays-Bas qui visent à solariser 35 000 km de pistes cyclables.

Un changement de paradigme nécessaire

Arnauld de Sainte-Marie, de Wattway by Colas, parle d’un « changement de paradigme ». L’enjeu est de taille : le déploiement massif des véhicules électriques en Europe nécessiterait à lui seul près de 400 GWc de puissance supplémentaire d’ici 2030, soit l’équivalent de 400 000 hectares de panneaux solaires. « Ça n’a rien de marginal », souligne-t-il, insistant sur l’urgence de mobiliser ces « réservoirs conséquents » que sont les surfaces artificialisées.

L’accompagnement public pour sécuriser les projets

La massification de ces solutions passe par un cadre sécurisé. Le Cerema, centre d’expertise public, travaille activement à identifier et valoriser ces gisements. Sophie Guillemotonia, directrice de projets transition écologique au Cerema, détaille les travaux en cours avec les Directions interdépartementales des Routes (DIR) pour solariser les aires de repos et les échangeurs autoroutiers.

Son message est clair : « Si le potentiel est réel, la massification se construira par l’exemple. Elle passera par la pédagogie, par des expérimentations robustes et des cadres juridiques et économiques sécurisés ». L’objectif est de donner confiance aux collectivités et gestionnaires publics, véritables clés de voûte de ce déploiement sur le foncier élargi.

En conclusion, la conquête de ces nouveaux gisements fonciers représente bien plus qu’une simple alternative technique. C’est une condition sine qua non pour concilier développement ambitieux de l’énergie solaire, préservation des paysages et acceptation sociale, ouvrant ainsi une nouvelle page pour la transition énergétique française.

Abonnez-vous maintenant à la Newsletter.
Inscription gratuite !

Commentaires

  • Il n'y a pas encore de commentaires.
Ajouter un commentaire