Le paysage énergétique européen a connu une transformation majeure en 2025. Selon le dernier rapport d’Eurelectric, l’association européenne du secteur de l’électricité, l’énergie solaire photovoltaïque a fourni 12,5 % de l’électricité totale produite dans l’Union européenne, établissant un record historique. Cette croissance fulgurante redéfinit le mix électrique tout en révélant les défis structurels à surmonter pour assurer une transition stable et efficace.

Le solaire, moteur principal de la croissance électrique européenne

Avec une production dépassant les 340 térawattheures (TWh) en 2025, le solaire est devenu la source d’énergie affichant la plus forte croissance. Cette hausse annuelle de plus de 60 TWh – équivalente à la consommation annuelle du Portugal – a été cruciale pour compenser les baisses de production de l’hydraulique (-13%) et de l’éolien (-4%) sur la même période. En France, la part du solaire dans le mix électrique, bien qu’en progression, reste inférieure à la moyenne européenne, s’établissant à 5,52% en 2025.

Cette montée en puissance des renouvelables a permis de contenir la production à partir de combustibles fossiles, contribuant ainsi à la réduction des émissions de CO2. Parallèlement, l’énergie nucléaire a maintenu un rôle stable et fondamental, assurant environ 24% de la production européenne et fournissant une source d’électricité bas-carbone et pilotable indispensable à la sécurité d’approvisionnement.

Volatilité des prix et découplage partiel avec le gaz

Le prix moyen de gros de l’électricité s’est établi à 88 €/MWh en 2025. Bien qu’inférieur aux niveaux extrêmes de 2022, ce prix reste marqué par une forte volatilité. Le système a enregistré des prix négatifs pendant environ 3,3% des heures de l’année, souvent dus à une surproduction solaire aux heures de pointe, et des pics supérieurs à 150 €/MWh pendant 9,3% des heures, généralement liés à une faible production éolienne ou hydraulique.

Une tendance positive émerge cependant : la dépendance des prix de l’électricité au coût du gaz diminue. En 2019, le prix de l’électricité était supérieur au coût de production d’une centrale à gaz pendant 74% du temps en moyenne dans l’UE. En 2025, cette proportion est tombée à seulement 32%. Cette évolution, détaillée par des analyses de RTE et de la bourse EPEX SPOT, démontre l’impact des énergies renouvelables pour découpler partiellement les marchés.

La dégradation de la valeur du photovoltaïque, un défi économique

La croissance massive du solaire génère un nouveau défi : la dévalorisation de sa production. En 2025, la valorisation moyenne de l’électricité solaire sur le marché de gros n’était plus que de 35,87 €/MWh, avec un « taux de capture » (capture rate) tombé à 59%. Cela signifie que les producteurs solaires ne reçoivent en moyenne que 59% du prix moyen du marché annuel, un chiffre en baisse constante (68% en 2024, 86% en 2023). Cette baisse est directement liée à la surproduction aux heures les plus ensoleillées, qui fait chuter les prix, et au retard de l’électrification des usages qui permettrait d’absorber cette production excédentaire.

L’impératif : accélérer l’électrification et la flexibilité

La consommation d’électricité en 2025 est restée stagnante, inférieure d’environ 7% à son niveau de 2021. Cette faible demande, combinée à une production solaire intermittente, accentue les déséquilibres du réseau. Pour sécuriser la transition et maximiser les bénéfices des renouvelables, Eurelectric insiste sur deux leviers prioritaires :

  • Accélérer l’électrification des transports, du chauffage et de l’industrie pour stimuler la demande d’électricité verte et absorber la production excédentaire.
  • Renforcer la flexibilité du système par des investissements massifs dans les solutions de stockage (batteries), la réponse à la demande (effacement) et le développement d’interconnexions. L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) souligne également ce besoin dans ses analyses sur l’intégration des renouvelables.

En conclusion, l’année 2025 a confirmé le solaire comme un pilier de la transition énergétique européenne. Cependant, le record de 12,5% de la production masque des tensions sur le réseau et le marché. La prochaine étape, cruciale, consiste à adapter l’ensemble du système électrique à cette nouvelle réalité en favorisant une demande flexible et des investissements ciblés dans les infrastructures de réseau et de stockage.


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