Énergie en France : la nouvelle PPE, un pari risqué sur le nucléaire au détriment des renouvelables ?

La publication de la troisième Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3) a relancé le débat sur la trajectoire énergétique de la France. Si le texte acte une ambition pour l’électrification et le nucléaire, de nombreuses voix, dont un collectif d’associations spécialisées, s’alarment d’un déséquilibre qui pourrait freiner le déploiement des énergies renouvelables et menacer la sécurité d’approvisionnement.

Une ambition affichée, mais un équilibre en question

Les associations signataires d’une tribune publiée dans Les Échos saluent la publication de la PPE3, qui démontre une volonté politique de maintenir le cap sur la transition énergétique. Elles reconnaissent la nécessité d’électrifier massivement l’économie pour atteindre la souveraineté énergétique et les objectifs de décarbonation.

Cependant, elles pointent un manque de cohérence flagrant. La programmation fixe des objectifs jugés irréalistes pour les énergies renouvelables non électriques (comme la chaleur renouvelable) pour 2030, tout en ralentissant le déploiement de l’éolien et du solaire photovoltaïque. Ces dernières technologies, pourtant matures et compétitives, disposent d’un potentiel de croissance rapide bien plus important. Ce déséquilibre fait craindre un échec à respecter les engagements européens de la France en matière d’énergies renouvelables.

Le nucléaire, une assurance incertaine pour l’électrification

La PPE3 mise largement sur l’énergie nucléaire, via la prolongation du parc existant et la construction de nouveaux réacteurs (EPR2), pour fournir l’électricité de base. Pourtant, cette stratégie comporte des risques.

L’argument central des associations repose sur l’historique mondial du parc nucléaire : plus de 200 réacteurs ont déjà été arrêtés, et aucun n’a fonctionné commercialement au-delà de 60 ans. Seuls deux réacteurs dans le monde ont dépassé les 55 ans d’exploitation. Le parc français, dont les réacteurs ont entre 26 et 47 ans, voit donc sa prolongation systématique au-delà de 60 ans s’appuyer sur un pari technologique et industriel inédit.

Dans ce contexte, il est difficile de garantir avec certitude une capacité nucléaire suffisante à l’horizon 2035, date à laquelle l’électrification des transports, de l’industrie et du bâtiment aura considérablement accru la demande. Comme le rappelle l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), la diversification du mix électrique est un pilier de la sécurité d’approvisionnement.

Le ralentissement critiqué de l’éolien terrestre

La PPE3 prévoit un net ralentissement du développement de l’éolien terrestre, souvent justifié par des problèmes d’acceptabilité locale. Les associations contestent cet argument. Elles citent des sondages indiquant un taux d’approbation élevé de l’éolien en France, qui augmente même à proximité des parcs existants.

Elles dénoncent une manipulation des oppositions locales par des intérêts énergétiques divergents et leur récupération politique. Par ailleurs, l’éolien terrestre représente un levier économique majeur pour les territoires, avec plus de 2 milliards d’euros de retombées fiscales annuelles pour les collectivités locales.

La nécessité d’une électricité abondante et compétitive

Le succès de tout plan d’électrification repose sur une condition sine qua non : la garantie d’une électricité abondante et à un prix maîtrisé. Les investisseurs dans les pompes à chaleur, les véhicules électriques ou les procédés industriels décarbonés doivent avoir cette assurance sur le long terme.

Un mix déséquilibré, trop dépendant d’une seule technologie dont la disponibilité future n’est pas absolument certaine, constitue un risque. Un excédent temporaire de production renouvelable est bien moins dommageable qu’une pénurie d’électricité, comme celle qui a été frôlée durant l’hiver 2022.

Les propositions pour un mix énergétique résilient

Pour sécuriser la transition, les associations appellent à un rééquilibrage de la PPE3. Elles demandent :

  • Une relance ambitieuse et simplifiée du déploiement de l’éolien terrestre et du solaire, en autorisant notamment des machines plus puissantes et plus hautes, à l’instar de nos voisins européens.
  • L’intégration de leurs expertises dans les groupes de travail gouvernementaux pour réduire les coûts des renouvelables, optimiser l’usage des réseaux et accélérer l’électrification des usages.
  • Une vision plus réaliste et plus dynamique, alignant les objectifs français avec les potentiels techniques et économiques réels de chaque filière.

Comme l’analyse régulièrement le Réseau REN21, les énergies renouvelables sont devenues le moteur de la nouvelle économie énergétique mondiale. La France ne peut se permettre de ralentir leur déploiement sans compromettre ses objectifs climatiques, économiques et de souveraineté.

Cette analyse s’appuie sur une tribune collective signée par Jean-Louis Bal (Agir pour le Climat), Stéphane His (Energies renouvelables pour tous), Vincent Jacques le Seigneur (Observ’ER) et Cédric Philibert (Avenirs énergétiques).

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