Décarbonation de l’industrie : un appel urgent à sanctuariser les financements publics

Alors que les discussions budgétaires pour 2026 s’engagent, un collectif d’acteurs majeurs de l’industrie française tire la sonnette d’alarme. Face aux risques de coupes budgétaires, ils demandent aux pouvoirs publics de sanctuariser les fonds alloués à la transition écologique, un enjeu désormais critique pour la compétitivité et la souveraineté nationale.

Un collectif industriel lance un signal d’alerte

Dans un contexte de préparation du Projet de Loi de Finances (PLF) 2026, plusieurs fédérations industrielles – dont l’UNIFA, Ufip Énergies et Mobilités, le SNFS, UP’Chaux, Aluminium France et France Ciment – ont adressé un courrier solennel au gouvernement. Leur message est clair : toute réduction des financements dédiés à la décarbonation mettrait en péril la trajectoire climatique de la France, sa souveraineté industrielle et l’attractivité de son territoire.

Ces secteurs, souvent intensifs en énergie et en capital, font face à un défi double : investir massivement dans des technologies bas-carbone tout en maintenant une production locale compétitive sur un marché mondialisé.

Les contrats de transition écologique en manque de visibilité

Le dispositif clé de cette transition repose sur les contrats de transition écologique. Signés en 2023 par les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO2, sur invitation du Président de la République, ces contrats formalisent un engagement réciproque. Les industriels s’engagent à investir dans la décarbonation, en échange d’un soutien public stable et prévisible.

Ces engagements ont déjà porté leurs fruits, comme en témoigne le succès de l’industrie française lors du dernier appel à projets du Fonds pour l’innovation de l’Union européenne, avec 14 projets retenus. Cependant, les fédérations pointent du doigt l’instabilité et l’insuffisance des soutiens actuels. Sans visibilité financière à long terme, il devient impossible pour les entreprises de construire des modèles économiques viables et de planifier les investissements nécessaires, qui se chiffrent en milliards d’euros.

Le marché carbone européen, une ressource cruciale à réinvestir

Un levier de financement essentiel provient du Système d’échange de quotas d’émission (SEQE-UE ou ETS) de l’Union européenne. Les recettes générées par la mise aux enchères de ces quotas, qui devraient atteindre 1,6 milliard d’euros pour la France en 2025, sont appelées à augmenter significativement dans les prochaines années.

L’industrie demande que ces sommes soient prioritairement et intégralement réinvesties dans l’accompagnement de la décarbonation des sites soumis à ce marché carbone. Ce réinvestissement est d’autant plus crucial que les quotas alloués gratuitement aux industriels diminuent progressivement, augmentant leur facture carbone.

Les contrats carbone pour différence, un outil de sécurisation attendu

Pour garantir la rentabilité des lourds investissements dans des technologies comme l’hydrogène vert, le captage de CO2 ou l’électrification des procédés, les industriels plaident pour la mise en œuvre effective de contrats carbone pour différence (CCfD).

Ce mécanisme, déjà discuté au niveau européen, garantit un prix plancher du carbone aux investisseurs. Il permet de combler l’écart entre le coût de la technologie décarbonée et le prix de marché de l’énergie ou du carbone, offrant ainsi la visibilité et la sécurité financière indispensables pour lancer des projets d’envergure. La concrétisation de cet outil est présentée comme une condition sine qua non pour débloquer les financements privés.

Un enjeu de souveraineté nationale et européenne

Au-delà de l’impératif climatique, l’appel des fédérations soulève un enjeu stratégique majeur : la souveraineté industrielle. Une baisse des financements risquerait de créer une distorsion de concurrence avec d’autres régions du monde, comme les États-Unis avec leur Inflation Reduction Act, qui subventionnent massivement leur industrie verte.

Sanctuariser le budget de la décarbonation, c’est donc aussi protéger les emplois, les savoir-faire et la capacité de la France à produire des biens essentiels (ciment, aluminium, engrais, etc.) sur son sol, tout en les transformant pour les aligner avec les objectifs de neutralité carbone. C’est un pilier fondamental de la stratégie de réindustrialisation et de la compétitivité future du pays.

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