Data centers et transition énergétique : l’étude prospective de l’ADEME pour 2060

L’explosion du numérique, portée par l’intelligence artificielle générative et le cloud computing, place les data centers au cœur des défis énergétiques et climatiques de la France. Dans une étude prospective publiée en janvier 2026, l’Agence de la transition écologique (ADEME) alerte sur la trajectoire de consommation électrique de ces infrastructures. Sans régulation forte et changement de paradigme, leur impact pourrait compromettre les objectifs nationaux et européens de neutralité carbone.

La consommation électrique des data centers en France : état des lieux et projections

En 2024, la France comptait 352 centres de données actifs, consommant environ 10 TWh d’électricité par an, soit l’équivalent de la consommation résidentielle d’une ville comme Lyon. Cette demande est tirée par des technologies énergivores comme l’IA, la blockchain et l’Internet des objets.

Le scénario tendanciel de l’ADEME est alarmant : la consommation électrique des data centers sur le territoire national pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035. À l’horizon 2050, elle pourrait atteindre 55 TWh, et même représenter plus de 250 TWh au niveau mondial pour répondre aux seuls usages numériques des Français. Cette croissance exponentielle s’accompagnerait d’une multiplication par plus de sept des émissions de gaz à effet de serre associées d’ici 2050, malgré un mix électrique français relativement décarboné.

Les cinq scénarios prospectifs de l’ADEME pour 2060

L’étude modélise cinq trajectoires possibles, dessinant des choix de société distincts :

Scénarios de sobriété et de régulation

Les scénarios « Génération frugale » et « Coopérations territoriales » prônent une approche sobre. Ils combinent une régulation des usages numériques (comme la limitation de la résolution vidéo en streaming), une intégration locale des data centers dans les plans d’urbanisme et le développement de l’économie circulaire. Dans ces visions, la consommation électrique pourrait se stabiliser, voire décroître après 2035.

Scénarios techno-optimistes et leurs risques

À l’opposé, les scénarios « Technologies vertes » et « Pari réparateur » misent sur l’innovation technique (refroidissement avancé, efficacité énergétique) et la compensation carbone. Ils entraînent une hausse massive de la demande électrique, avec un risque accru de délocalisation des capacités de calcul à l’étranger, soulevant des questions cruciales de souveraineté énergétique et numérique pour la France.

Les leviers d’action pour une numérisation soutenable

L’étude identifie plusieurs pistes pour infléchir la courbe de consommation.

Récupération et valorisation de la chaleur fatale

La chaleur produite par les serveurs (chaleur fatale) représente un gisement sous-exploité. L’ADEME estime que sa récupération pour chauffer des logements, des piscines ou des serres agricoles pourrait couvrir 20 à 25% de la consommation électrique des data centers d’ici 2035. Cependant, son déploiement se heurte à des freins économiques et au manque d’infrastructures de réseau de chaleur à proximité.

Intégration au système électrique et pilotage de la demande

L’avenir passe par une meilleure intégration des data centers dans le système électrique. Cela implique de les faire fonctionner comme des charges flexibles, capables de moduler leur consommation en fonction de la disponibilité des énergies renouvelables intermittentes comme l’éolien et le solaire. Le développement du stockage d’énergie est également un axe clé.

Une régulation plus stricte, inspirée par exemple des mesures prises en Irlande ou en Singapour, pourrait conditionner l’implantation de nouveaux centres à leur efficacité énergétique (PUE – Power Usage Effectiveness) et à leur contribution à la flexibilité du réseau.

Un impératif : intégrer le numérique dans la planification énergétique

Le rapport de l’ADEME constitue un signal fort pour les pouvoirs publics et les acteurs du numérique. Il rappelle que la transition numérique et la transition énergétique sont indissociables. Sans pilotage stratégique, les data centers deviendront un facteur majeur de tension sur le réseau électrique, pouvant compromettre la sécurité d’approvisionnement et les objectifs climatiques.

Cette prospective invite à un débat de société sur nos usages numériques et à une action coordonnée, mêlant régulation, innovation et sobriété, pour construire une stratégie numérique responsable alignée avec les impératifs écologiques.

Pour aller plus loin : Vous pouvez consulter et télécharger l’étude complète de l’ADEME, « Les data centers dans le système énergétique français à l’horizon 2035-2060 », sur le site de la librairie de l’ADEME.

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