L’année 2025 marque un tournant historique pour le système électrique chinois. Selon les données officielles de l’Administration nationale de l’énergie (NEA), le pays a installé un volume sans précédent de 315 gigawatts (GW) de nouvelles capacités solaires. Cette performance extraordinaire porte la capacité photovoltaïque cumulée à 1,2 térawatts (TW) et permet, pour la première fois, aux sources d’électricité non fossiles de dépasser la production thermique en termes de capacité installée.

Les chiffres clés d’une année record pour les renouvelables

Les statistiques du secteur électrique publiées le 28 janvier révèlent l’ampleur de la transformation. Outre les 315,07 GW de solaire, la Chine a ajouté 119,33 GW d’énergie éolienne en 2025, établissant également un record annuel dans cette filière. À la fin du mois de décembre, la capacité électrique totale installée du pays atteignait 3,89 TW, en hausse de 16,1 % sur un an.

La répartition du mix de capacité est désormais la suivante :

  • Solaire : 1,20 TW (+35,4 %)
  • Éolien : 0,64 TW (+22,9 %)
  • Ensemble solaire et éolien : 47,3 % de la capacité totale.

En incluant l’hydroélectricité et le nucléaire, la part des sources non fossiles dans la capacité installée totale s’élève à 60,4 %, contre 39,6 % pour les centrales thermiques (charbon, gaz). Ce basculement structurel est un jalon majeur dans la transition énergétique du plus grand émetteur de CO₂ au monde.

Une accélération en fin d’année et des défis d’intégration

La dynamique d’installation a connu une nette accélération au dernier trimestre 2025, avec plus de 40 GW de solaire ajoutés pour le seul mois de décembre. Ce volume mensuel est comparable à la capacité annuelle installée par de grands marchés photovoltaïques nationaux. Cette frénésie est attribuée aux échéances de mise en service des projets et au déploiement massif des grandes bases éoliennes et solaires dans les régions de l’ouest et du nord du pays.

Cependant, cette croissance exponentielle pose des défis d’intégration au réseau. Les données de la NEA indiquent que le facteur de charge moyen des grandes centrales (6 MW et plus) a baissé de 312 heures par rapport à 2024, pour s’établir à 3 119 heures. Ceci reflète une variabilité accrue de la production et une pression sur les mécanismes d’ajustement du réseau, soulignant l’urgence de développer le stockage d’énergie et de moderniser les infrastructures.

Perspectives 2026 : un ralentissement anticipé après l’explosion

Malgré l’année 2025 exceptionnelle, la plupart des analystes prévoient un recul des nouvelles installations solaires en 2026. L’effet d’une base de comparaison très élevée, la marchandisation progressive des prix de l’électricité et les ajustements dans la chaîne d’approvisionnement sont les principaux facteurs cités.

L’Association chinoise de l’industrie photovoltaïque (CPIA) a présenté en janvier trois scénarios pour 2026 :

  • Un scénario conservateur autour de 185 GW.
  • Un scénario central entre 215 et 220 GW.
  • Un scénario optimiste pouvant atteindre 275 GW.

Son scénario principal table sur une baisse annuelle de l’ordre de 20 % à 25 %. D’autres organismes, comme BloombergNEF, maintiennent des prévisions plus optimistes, autour de 273 GW (en courant alternatif). Un consensus se dégage néanmoins sur la domination future des projets à grande échelle (bases dans les déserts), tandis que le segment de la production décentralisée (toitures) reste une source d’incertitude.

Les nouveaux enjeux : intégration au réseau et réformes du marché

Avec une capacité solaire cumulée désormais supérieure à 1 TW, la priorité du marché chinois évolue. L’enjeu n’est plus seulement d’ajouter de la capacité, mais de l’intégrer de manière efficace et stable au système électrique. Les défis principaux pour les années à venir incluent :

  • L’accès et la connexion au réseau pour les nouveaux projets.
  • Le déploiement massif des solutions de stockage (batteries) pour lisser la production intermittente.
  • La poursuite des réformes du marché de l’électricité pour favoriser la flexibilité et valoriser les services réseau.

La capacité de la Chine à relever ces défis déterminera le rythme et la durabilité de sa transition énergétique au-delà de 2026, alors qu’elle vise la neutralité carbone d’ici 2060.

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