La guerre en Ukraine a brutalement exposé la vulnérabilité énergétique de l’Europe. Alors que le continent tente de se défaire du gaz russe, il se retrouve dans une nouvelle dépendance, cette fois-ci vis-à-vis du gaz naturel liquéfié (GNL) américain, dont l’impact climatique est plus lourd et la fiabilité géopolitique incertaine. Dans ce contexte, la souveraineté énergétique n’est plus une option, mais une nécessité stratégique. Un levier majeur et souvent sous-estimé pour y parvenir est la décarbonation de la chaleur, qui représente près de la moitié de la consommation finale d’énergie en Europe. La France, avec son nouveau plan national pour le solaire thermique, se positionne pour faire de cette technologie un pilier de son autonomie.
Contrairement à d’autres technologies qui dépendent de chaînes d’approvisionnement mondialisées, la filière du solaire thermique européenne est largement autonome. Elle fabrique sur son sol l’essentiel des capteurs et des systèmes, offrant une solution industrielle locale et créatrice d’emplois. Ces systèmes produisent directement des « calories vertes » pour chauffer l’eau, les bâtiments, ou alimenter des processus industriels, réduisant ainsi la dépendance aux combustibles fossiles pour des décennies. Le potentiel est immense, notamment dans les secteurs du résidentiel collectif, de l’industrie et des réseaux de chaleur.
La feuille de route est désormais officielle. Le décret de la troisième Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), publié en février, fixe un cap clair : multiplier par huit la puissance du parc solaire thermique installé, pour passer de 2 GW à 16 GW d’ici 2035. Cela représente un objectif de production de 10 TWh de chaleur renouvelable et nécessite d’installer plus d’1 GW par an à partir de 2030. Pour atteindre cet objectif, un plan d’action national dédié a été élaboré en concertation avec l’ADEME, la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) et les acteurs de la filière.
Le Fonds Chaleur, doté de 800 millions d’euros pour 2026, reste un instrument clé de soutien. Bien que jugé insuffisant pour financer tous les projets de réseaux de chaleur matures, il permet de prioriser les installations solaires thermiques dans le cadre du dispositif « EnR Choix ». La réussite du plan national repose également sur une dynamique territoriale forte. Les collectivités locales, dans le cadre de leur planification chaleur-froid, jouent un rôle central pour identifier les gisements et accompagner les projets. Des initiatives régionales, soutenues par des structures comme SOCOL, voient déjà le jour pour structurer la filière et faciliter le montage d’opérations.
La mobilisation de tous les acteurs – industriels, collectivités, bureaux d’études, installateurs – est essentielle pour réussir ce changement d’échelle. C’est l’objet des États Généraux de la Chaleur Solaire 2026, qui se tiendront le 17 juin à Paris. Cet événement sera un moment crucial pour partager les retours d’expérience, identifier les freins et construire une feuille de route collective. En attendant, la filière propose des webinaires d’information les 17 mars et 14 avril pour approfondir les aspects techniques et financiers des projets.
Le défi est de taille, mais la trajectoire est tracée. Face à l’urgence climatique et géopolitique, la chaleur solaire apparaît comme une solution pragmatique, rapide à déployer et créatrice de valeur locale. En dotant la filière d’un plan national ambitieux et en mobilisant les territoires, la France peut non seulement renforcer sa sécurité énergétique, mais aussi bâtir une industrie compétitive au service de la transition écologique. L’accélération du solaire thermique n’est plus une simple ambition ; c’est une condition nécessaire pour une véritable souveraineté énergétique.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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