La présentation des nouveaux appels d’offres photovoltaïques de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3) par le gouvernement, le 2 avril, a suscité des réactions contrastées dans le secteur. Si l’objectif de 48 gigawatts crête (GWc) installés d’ici 2030 est réaffirmé, les modalités pratiques inquiètent les acteurs du solaire de taille moyenne, qui craignent d’être marginalisés au profit des grandes centrales.
Le point de tension majeur identifié par l’association Le Solaire Territorial est la création d’un futur appel d’offres « toutes technologies ». Prévu pour l’automne 2026, ce dispositif fusionnerait les segments du photovoltaïque sur bâtiment, des ombrières, des sols dégradés et des petites surfaces. Pour l’association, cette mise en concurrence directe, basée uniquement sur le critère du prix, désavantage structurellement les projets de taille modeste.
« Les toitures industrielles, les ombrières de parking ou les installations sur friches ne pourront jamais rivaliser, en termes de coût au mégawattheure, avec les immenses centrales au sol », alerte-t-elle. Cette logique de compétitivité-prix pure pourrait, selon elle, étouffer la diversité des projets et leur ancrage local, pourtant essentiel à l’acceptation sociale et au maillage du territoire.
Le gouvernement a exprimé la volonté de maximiser l’autoconsommation pour les installations de moins de 100 kWc. Cependant, Le Solaire Territorial déplore l’absence de mesures concrètes pour lever les obstacles réglementaires qui entravent ce développement.
L’association cite notamment deux leviers absents du programme : la suppression de l’obligation de fourniture à un fournisseur tiers et celle de la composante « soutirage » du Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité (TURPE) pour les installations en autoconsommation. Sans ces ajustements, la rentabilité de nombreux projets reste compromise.
Un autre écueil majeur pointé du doigt est la règle du « premier arrivé, premier servi » pour l’accès au réseau de transport (RTE). Cette règle crée une saturation artificielle des postes sources sur le réseau de distribution (Enedis). En effet, de grands projets, en file d’attente sur le réseau RTE, consomment théoriquement la capacité disponible, empêchant physiquement le raccordement de centaines de projets plus modestes en basse et moyenne tension. Enedis et RTE doivent trouver des solutions pour débloquer cette situation.
Du côté du Syndicat des Énergies Renouvelables (SER), l’annonce est accueillie plus favorablement. Le syndicat se félicite du lancement immédiat d’un appel d’offres simplifié de 288 MWc et d’un appel d’offres pour centrales au sol de 925 MWc. Il souligne néanmoins le manque de visibilité sur les volumes qui seront alloués aux appels d’offres de fin d’année, alors que la PPE3 prévoit 2,9 GWc pour 2026.
Considérant l’enjeu de souveraineté industrielle comme fondamental, le SER appelle à l’introduction rapide d’un critère « Made in Europe » dans les futurs appels d’offres. Il estime que le règlement européen Net-Zero Industry Act (NZIA) ne garantit pas à lui seul des retombées suffisantes pour la filière solaire européenne et qu’une mesure plus contraignante est nécessaire.
Le gouvernement affiche l’ambition que 41% des volumes solaires soient attribués aux petites et moyennes toitures. Pour Hadrien Clément, président du Solaire Territorial, cet objectif restera « un vœu pieux » sans un mécanisme de soutien dédié et sans la levée des blocages réglementaires, notamment sur le raccordement. « Nous ne laisserons pas le solaire territorial disparaître au nom d’une compétitivité-prix qui ne s’applique qu’à lui », conclut-il.
La réussite de la transition énergétique française repose sur la capacité à développer simultanément les grands parcs et une multitude de projets décentralisés. Les prochains mois devront préciser les garde-fous qui permettront de concilier ces deux impératifs.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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