L’agrivoltaïsme, qui consiste à associer production agricole et production d’électricité solaire sur une même parcelle, cristallise les débats au sein du monde agricole. Perçu par certains comme un levier essentiel de modernisation et de résilience, il est dénoncé par d’autres comme une menace pour le foncier et la souveraineté alimentaire. Cet article explore les arguments des agriculteurs, pour et contre, afin de dresser un panorama complet de cette pratique en plein essor.
Pour de nombreux exploitants, l’agrivoltaïsme représente une opportunité concrète de sécuriser et de développer leur activité face à des défis économiques et environnementaux croissants.
Johan Bernardin, agriculteur aux Jardins charentais à Rétaud, incarne cette vision positive. Lors d’un colloque organisé par l’Institut national de l’énergie solaire (INES), il a témoigné du rôle crucial de l’agrivoltaïsme pour son installation. Confronté à un refus bancaire pour financer une nouvelle serre, il a pu, grâce à un partenariat avec un développeur photovoltaïque, réaliser son projet. Le modèle est simple : le partenaire finance l’infrastructure solaire via la vente d’électricité, tandis que l’agriculteur investit dans les cultures et équipements agricoles.
« C’est un bon outil pour répondre aux attentes sociétales, comme les objectifs de la loi Egalim en restauration collective, qui nécessitent des capacités d’investissement », explique-t-il. Au-delà de la production d’énergie, il voit dans ce système un moyen de créer des emplois stables – il en a créé 15 en CDI – et de faciliter l’accès au foncier pour les jeunes agriculteurs, dans un contexte de vieillissement de la profession.
À l’opposé, une partie du monde agricole, notamment représentée par des syndicats comme la Confédération paysanne, alerte sur les dérives potentielles de cette pratique.
Nicolas Fortin, éleveur bio dans la Vienne et secrétaire national à la Confédération paysanne, exprime des réserves fondamentales. Pour lui, la priorité des terres agricoles doit rester la production alimentaire. Il souligne que les objectifs de développement du photovoltaïque pourraient être atteints en priorisant d’autres surfaces, comme le préconise l’Agence de la transition écologique (Ademe), en utilisant les toitures, friches et parkings.
Son principal grief concerne l’impact sur le marché foncier. Les loyers proposés par les développeurs pour installer des panneaux (jusqu’à 6 000 €/ha) sont sans commune mesure avec les loyers agricoles classiques (150 à 200 €/ha). Cette rente, selon lui, provoque une spéculation et une rétention foncière, certains agriculteurs conservant leurs terres à la retraite pour ce revenu, au détriment de l’installation de nouveaux exploitants.
Nicolas Fortin pointe également du doigt certains projets qu’il estime « anarchiques », notamment dans l’élevage ovin où les animaux serviraient surtout d’« alibi » pour l’entretien des parcs solaires. Il dénonce une forme de « salariat déguisé » où l’activité agricole devient accessoire par rapport à la production d’électricité, contredisant ainsi le principe même d’une synergie vertueuse.
Le débat sur l’agrivoltaïsme met en lumière une tension entre deux impératifs : la transition énergétique et la souveraineté alimentaire. Son développement durable semble conditionné à un cadre réglementaire strict, garantissant que la production agricole reste l’activité principale et que les bénéfices soient équitablement partagés. La recherche, comme celle menée par l’INES, et un dialogue constructif entre tous les acteurs sont essentiels pour que cette pratique innovante devienne un véritable pilier de l’agroécologie et de la résilience des fermes françaises.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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