L’agrivoltaïsme, qui combine production agricole et production d’énergie solaire sur une même parcelle, est présenté comme une solution d’avenir pour la transition écologique. Pourtant, son développement rapide soulève des questions cruciales sur l’équilibre entre rentabilité énergétique et souveraineté alimentaire. Christian Dupraz, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), alerte sur les risques de dérive et appelle à un cadre plus strict pour garantir la durabilité de cette pratique.
Pour Christian Dupraz, ingénieur agronome, l’agrivoltaïsme bien conçu représente « l’une des plus belles formes d’intensification durable de l’agriculture ». Son efficacité se mesure par le coefficient de rendement équivalent, généralement compris entre 1,5 et 1,7. Concrètement, une parcelle agrivoltaïque produit 50 à 70 % de plus que si les usages agricole et énergétique étaient séparés sur deux surfaces distinctes.
Pour illustrer cette efficacité, le chercheur propose une comparaison frappante : « Un hectare de blé destiné à l’éthanol permet à une voiture thermique de parcourir 20 000 km, quand un hectare de panneaux photovoltaïques permettrait à une voiture électrique de rouler près de trois millions de kilomètres. Le rapport est d’un à 150 ! » Cette performance positionne l’agrivoltaïsme comme une piste sérieuse face à d’autres filières énergétiques agricoles.
Malgré ce potentiel, Christian Dupraz émet de vives critiques à l’encontre du cadre réglementaire français. Selon lui, la loi actuelle est « hypocrite » car elle entretient une confusion sur les impacts réels. « La loi prétend qu’avec des taux de couverture de 30 à 40 % par les panneaux, on ne peut pas dépasser une perte de rendement agricole moyenne de 10 %. Ce n’est biologiquement pas possible », affirme-t-il.
La réalité sur le terrain serait bien différente : « A de rares exceptions près, une couverture de 40 % provoque une baisse de rendement de 30 à 40 %. Je vois des projets avec des taux de couverture de 55 ou 60 %, c’est beaucoup trop ! » Cette situation s’explique par la logique économique des porteurs de projets, principalement des énergéticiens, qui cherchent à maximiser la surface couverte pour rentabiliser leur investissement.
Le chercheur pointe un conflit d’intérêt structurel. Les agriculteurs sont souvent incités à accepter des taux de couverture élevés car leur loyer est indexé sur la surface occupée par les panneaux. « Plus la surface est couverte, plus le loyer augmente. » Pour corriger cette dérive, l’INRAE propose de lier la rémunération de l’agriculteur non pas à la surface, mais à la puissance électrique installée. Ce changement dissuaderait l’installation excessive de panneaux au détriment de la culture.
La compatibilité avec l’agrivoltaïsme varie considérablement selon le type de culture :
Christian Dupraz appelle à la plus grande prudence vis-à-vis des études souvent mises en avant par les promoteurs de projets. Il distingue deux effets des panneaux : un effet de compétition pour la lumière (négatif et permanent) et un effet de protection contre les aléas climatiques (positif mais aléatoire).
« L’intérêt de l’agrivoltaïsme est donc réel dans les régions de plus en plus touchées par le réchauffement climatique. Mais cela se mesure avec la moyenne statistique sur plusieurs rotations de culture ou années », précise-t-il. Il critique ainsi les études menées sur de courtes périodes ou dans des conditions optimales, dont les résultats « très séduisants sur le plan marketing » ne peuvent être extrapolés à long terme. Une vision scientifique rigoureuse, comme celle promue par l’INRAE, est essentielle pour éviter les désillusions.
En conclusion, si l’agrivoltaïsme détient un potentiel immense pour une agriculture résiliente et productrice d’énergie, sa réussite dépend d’un cadre exigeant qui place la production agricole au cœur du projet. La recherche, la transparence des données et un modèle économique repensé sont les clés pour que cette innovation tienne toutes ses promesses.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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