Agrivoltaïsme en France : Défis et Opportunités d’un Modèle en Pleine Évolution

L’agrivoltaïsme, qui consiste à concilier production agricole et production d’électricité solaire sur une même parcelle, connaît un essor spectaculaire en France. Avec plus de 200 projets en activité et près de 2000 dossiers en cours d’instruction, ce secteur prometteur est pourtant à un carrefour. Il doit concilier les impératifs de la transition énergétique, la préservation du foncier agricole et la viabilité économique des exploitations, dans un cadre réglementaire encore en construction.

Un cadre légal récent mais encore perfectible

La notion d’agrivoltaïsme a été officiellement définie et encadrée par la loi du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables (loi dite APER). Ce texte, complété par le décret du 8 avril 2024, pose des principes fondamentaux pour éviter le « greenwashing » et garantir la primauté de l’activité agricole. Il stipule notamment que la perte de rendement agricole ne doit pas excéder 10% (hors élevage) et que les revenus agricoles doivent être maintenus. Cependant, l’application concrète de ces critères, notamment leur mesure dans le temps face aux aléas climatiques et économiques, reste un défi majeur.

Une territorialisation qui crée une mosaïque de règles

Le décret de 2024 confie aux territoires une responsabilité clé via l’élaboration de « documents-cadres ». Pilotés par les Chambres d’agriculture sous l’égide des préfectures, ces documents cartographient les zones éligibles aux projets photovoltaïques au sol, dont l’agrivoltaïsme. Cette approche vise à adapter le développement aux spécificités locales, mais elle génère une forte hétérogénéité. Certains départements, comme la Haute-Marne, sont très ouverts, tandis que d’autres orientent les projets vers des friches ou des toitures. Pour les développeurs, cette disparité est source d’incertitude et rallonge les délais.

Le rôle crucial des chartes départementales volontaires

Pour compléter le cadre réglementaire, de nombreuses Chambres d’agriculture ont initié des chartes agrivoltaïques départementales. Bien que non contraignantes, ces chartes fixent des principes éthiques et techniques : implication réelle de l’agriculteur, modalités de suivi, plafonds de puissance. Elles reflètent la volonté du monde agricole de garder la main sur l’évolution de son foncier et de prévenir les dérives, comme la simple location de terres à des fins énergétiques.

Les défis économiques et structurels à surmonter

Si l’agrivoltaïsme est présenté comme un complément de revenu vital pour des agriculteurs confrontés à la volatilité des marchés et au changement climatique, plusieurs risques persistent.

Le risque d’inflation foncière et de marginalisation

Les acteurs agricoles craignent une flambée des prix des terres et des loyers, rendant impossible l’installation de jeunes agriculteurs déjà lourdement endettés. Par ailleurs, la complexité administrative et juridique du secteur favorise naturellement les grands exploitants et les grands développeurs, au détriment des structures plus modestes. Enfin, seules les parcelles planes, bien exposées et proches des réseaux électriques sont attractives, laissant de côté une majorité d’exploitations.

L’impératif de coopération et d’innovation

L’avenir du modèle passe par une coopération renforcée entre agriculteurs, développeurs, collectivités et services de l’État. Des projets pilotes innovants, comme les serres photovoltaïques adaptées à l’arboriculture ou au maraîchage, montrent la voie d’une synergie réussie. Pour les 85% des terres moins adaptées aux grands projets, les solutions d’autoconsommation à petite échelle représentent une alternative pertinente. La réussite de l’agrivoltaïsme dépendra de sa capacité à créer une valeur équitablement partagée et à s’intégrer durablement dans les paysages et les économies locales.

Alors que la France doit à la fois accélérer son déploiement d’énergies renouvelables et repenser la résilience de son agriculture, l’agrivoltaïsme, à condition d’être encadré avec rigueur et équité, peut devenir un pilier de cette double transition.


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