« Le solaire est entré dans le troisième âge » : à l’Heroes Day organisé à Lyon par POwR Connect, Xavier Daval, président du bureau d’études kiloWattsol, a résumé la mutation en cours. Après l’âge du panneau puis celui du kilowattheure, la valeur se déplace vers le système — production, stockage, courbe de consommation, contraintes réseau et pilotage.

En bref

  • Deuxième édition de l’Heroes Day, à Lyon, après une première à Nantes en mars qui avait réuni près de 400 participants.
  • 26 exposants présents : fabricants de modules, d’onduleurs et de systèmes de fixation.
  • Cinq thématiques : réglementation et dynamiques de marché, modèles d’affaires, économies d’énergie chez les particuliers, financement du stockage commercial et industriel, déploiement des batteries.
  • 2 000 emplois perdus en un an dans la filière en Auvergne-Rhône-Alpes.
  • Thèse centrale : l’installateur devient « orchestrateur énergétique ».

Les trois âges du solaire

L’analyse proposée par Xavier Daval structure toute la journée. « Le premier âge a été celui du panneau. L’enjeu était technologique et industriel : améliorer les rendements, fiabiliser les équipements, réduire les coûts et déployer rapidement des capacités de production. »

« Le deuxième âge a été celui du kilowattheure : le secteur s’est structuré autour du coût de production, des tarifs d’achat, des appels d’offres et des contrats d’électricité. Toute la chaîne de valeur s’est organisée pour optimiser la production et sécuriser un revenu. » C’est le modèle qui s’achève avec le retrait progressif des mécanismes de soutien public.

« Nous entrons désormais dans un troisième âge : celui de la valeur système. Elle naît de la rencontre entre la production photovoltaïque, le stockage, la courbe de consommation, les contraintes du réseau, la recharge des véhicules électriques, les données et le pilotage. » En clair : produire de l’électron ne suffit plus, il faut produire au bon endroit, au bon moment et pour le bon usage — une logique cohérente avec les analyses de RTE sur la flexibilité du système électrique.

Le stockage n’est pas une solution magique

Le développement des batteries illustre cette évolution, mais l’intervenant écarte l’idée d’une réponse universelle : la pertinence d’un stockage dépendra toujours d’une courbe de charge, d’un tarif, d’une contrainte réseau et d’un scénario d’exploitation. Autrement dit, la même batterie peut être rentable sur un site et inutile sur le voisin.

De l’installateur à l’orchestrateur

La conséquence porte sur le métier lui-même. « Le client de demain n’achètera plus seulement des panneaux, un onduleur et éventuellement une batterie. Il attendra une performance dans le temps : une facture maîtrisée, une puissance garantie, une disponibilité énergétique, une recharge optimisée ou un niveau de résilience », explique Xavier Daval. « La valeur se déplace donc progressivement du matériel vers le logiciel, la donnée, le pilotage et les services. Si un chantier d’installation dure quelques jours, la valeur client se construit pendant plus de vingt ans. »

Cela suppose de nouvelles compétences : comprendre les usages, analyser les courbes de charge, intégrer plusieurs technologies, anticiper les évolutions tarifaires et piloter les actifs dans la durée. « L’installateur ne disparaît pas, son rôle devient plus important. Il devient un orchestrateur énergétique. » Cette montée en compétence s’appuie sur des référentiels d’efficacité énergétique documentés notamment par l’ADEME.

Un optimisme à contre-courant du climat du secteur

Le propos tranche avec la situation immédiate de la filière : 2 000 emplois perdus en un an en Auvergne-Rhône-Alpes. « La vague solaire ne s’essouffle pas, elle change juste de nature », soutient pourtant l’intervenant. La survie des professionnels passerait par la diversification et la coopération, avec l’apparition de nouveaux métiers — celui de chargé de valorisation, par exemple.

Floriane de Brabandère, présidente de la Fédération nationale de l’énergie solaire et fondatrice de Solar People, invite pour sa part les acteurs à « sortir leurs antennes », estimant que le contexte géopolitique actuel rebat les cartes du développement.

Solaire : de l installateur à l orchestrateur énergétique

Une affluence en retrait

L’événement, organisé en bordure de Saône, a réuni 26 exposants — parmi lesquels les fabricants de modules Longi, TCL, Trina Solar, Solis, DMEGC et Tongwei, les fournisseurs d’onduleurs SMA, Huawei, Atmoce, Sungrow et Sofar Solar, ainsi qu’AdiWatt et K2 Systems pour les systèmes de fixation. La fréquentation est toutefois restée en retrait par rapport à l’édition nantaise de mars et ses quelque 400 participants.

« Le photovoltaïque, aujourd’hui, c’est comme une bicyclette qui aurait perdu ses roulettes », résumait en ouverture Charles Kepinski, country manager France de Sofar Solar — une image qui dit assez bien la situation d’une filière sommée de rouler sans le soutien public qui la stabilisait.

Questions fréquentes

Qu’appelle-t-on la « valeur système » du solaire ?

C’est la valeur créée par la combinaison de la production photovoltaïque avec le stockage, la courbe de consommation du site, les contraintes du réseau, la recharge des véhicules électriques et le pilotage par la donnée. Elle remplace le seul coût du kilowattheure produit comme critère de performance d’un projet.

Pourquoi le stockage n’est-il pas une solution universelle ?

Parce que sa rentabilité dépend du profil de consommation du site, du tarif applicable, des contraintes de raccordement et du scénario d’exploitation retenu. Une installation identique peut être pertinente sur un site et sans intérêt économique sur un autre.

Qu’est-ce qu’un « orchestrateur énergétique » ?

C’est le rôle vers lequel évolue l’installateur : au-delà de la pose, il analyse les usages et les courbes de charge, intègre plusieurs technologies — solaire, stockage, recharge —, anticipe les évolutions tarifaires et pilote les actifs sur toute leur durée de vie.

Quelle est la situation de l’emploi dans la filière ?

La région Auvergne-Rhône-Alpes a perdu 2 000 emplois dans le photovoltaïque en un an, dans un contexte de retrait progressif des mécanismes de soutien public.

En résumé — le diagnostic présenté à Lyon est cohérent avec ce que vit la filière : le modèle fondé sur un tarif garanti s’efface, et ce qui le remplace se joue sur le pilotage, la donnée et les services vendus dans la durée. Reste que le discours sur la montée en compétence se tient devant une salle clairsemée et dans une région qui a perdu 2 000 emplois en un an — la mutation décrite n’a rien d’automatique.

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